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Ouvrez, c’est l’infortuné roi de Guadeloupe !

Une mascarade historicopolitique digne de notre Mi-Carème…

Nul doute que ce fut le cri lancé par Guy LOSBAR devant les grilles de l’Elysée, lors de sa rencontre récente avec le chef de l’état, alors qu’Emmanuel MACRON lui demandait : Qui heurte (la porte) à cette heure ?

La réponse fut à peu près celle-là.

« Nous sommes les frères égarés, grands et petits, l’infortuné peuple de Guadeloupe, « dans cette cour des miracles coincée entre la mer silencieuse et la ville hurlante, le ventre de la terre, un autre monde, l’apocalypse, une bande de terre désolée où certains hommes vivent heureux. Ils forment un peuple sans pays, un peuple de damnés, de délaissés, de réprouvés. Borgnes, crève-la-faim, ivrognes, demeurés, ils n’en sont pas moins savants, libres penseurs, poètes ou musiciens. Ce qui les unit, ces laissés-pour-compte, les éloigne du reste des hommes. Pourtant apparemment, ils sont comme les autres hommes, ils naissent, aiment, trahissent, pensent, jouissent et crèvent dans cette Guadeloupe des infortunes. Mais leur esprit refuse la civilisation de la modernité. Alors, ils se payent le luxe d’une crasse organisée, (sur le marché de Bergevin, à la Marina de Pointe-à-Pitre, dans les rejets nauséabonds des dépotoirs et des consciences) » »*.

Emmanuel MACRON jubila. Il pourrait parler tant de l’Histoire de France que celle de l’ancienne colonie de Guadeloupe Oui, il avait bien saisi l’allusion.

« Ouvrez, c’est l’infortuné roi de France ». C’était la supplique lancée le 26 août 1346 par Philippe VI, dit Philippe de Valois, aux gardes du château de la Broye. Le souverain fuyait Crécy, au début de la guerre de cent ans, où les Anglais avaient acculé les Français au désastre.

Edouard d’Angleterre bat les français à Crécy (1346). Edouard III, est soutenu par une armée d’archers disciplinés, remarquables tireurs qui ne manquaient pas leur but à deux cents mètres (plus loin que les fusils à l’époque de Napoléon, 5 siècles plus tard), et pouvaient lancer douze flèches à la minute.

Philippe de Valois, lui, est défendu par une vaste coalition bien supérieure en nombre de chevaliers médiévaux en armure, mais qui se battent selon les règles des tournois. Quand on put compter les morts, les Anglais n’avaient perdu que cent hommes, et les Français quatre mille, dont mille cinq cents chevaliers.

Historiquement, Crécy marque le début de la fin de la chevalerie en tant qu’ordre d’élite.
Le 27 août 1345, au soir de la bataille de Crécy, blessé et hagard, Philippe trouve refuge avec une petite escorte, au château de Labroye.

Le soir de la funeste bataille de Crécy, le roi, dit le chroniqueur Froissart, chevaucha tout lamentant et complaignant jusqu’au château de la Broye. Quand il vint à la porte, il la trouva fermée et le pont levé, car il était nuit, et faisait moult épais. Adonc vint le châtelain sur ses guérites et demanda tout haut : Qui est là ? qui heurte à cette heure ? ». Le roi Philippe répondit et dit : « Ouvrez c’est l’infortuné roi de France ».

Ce fut tout naturellement alors que le Président de la république et le président du conseil départemental évoquèrent les terres de Petit-Bourg réputées pour avoir été un lieu de grand marronnage. En 1826, l’arrestation à Petit-Bourg de Mocachi, chef d’un camp de marrons, en fuite depuis de nombreuses années, fit couler beaucoup d’encre.

Les archives historiques le désignent comme « le chef de camp le plus fameux des marrons modernes… il avait de la force d’âme et toutes les qualités d’un homme supérieur, fait pour commander d’autres », cita le président de la république, avisant Guy LOSBAR qui jubila.
Ce dernier lui montra son tee-shirt : An sé on neg mawon.

Toutefois, poursuivit Macron, dans sa séance du 23 décembre 1818, le Conseil privé de la Guadeloupe le décrivait comme un « très mauvais sujet, marron depuis dix sept ans, connu parmi les noirs sous la dénomination de Roi des bois ».

Cela sembla perturber le président du conseil départemental, qui regardant l’hôte de l’Elysée droit dans les yeux, indiqua nerveusement que Victor Schoelcher signalait d’ailleurs toujours en 1842 la présence significative de camps de marrons dans les Hauteurs de la Lézarde à Petit-Bourg.

Savons-nous encore penser politiquement le monde ? interrogea alors Guy LOSBAR. Les totalitarismes historiques n’entendent-ils pas subordonner étroitement tous les individus et toutes les dimensions de l’existence sociale ?

Tocqueville ne disait-il pas dans De la Démocratie en Amérique, qu’il « semble que si le despotisme venait à s’établir chez les nations démocratiques de nos jours, il aurait d’autres caractères, il serait plus étendu et plus doux, et il dégraderait les hommes sans les tourmenter ?
Que penser de l’actuelle injonction théologico-politico-sanitaire ? ».

Le président de la République crut bon de clore les débats.
– Et si on parlait de la rencontre Guadeloupe-Cap-Vert ? Quel est votre pronostic ?

– Honnêtement Patron, je suis le supporter n°1 des Gwada Boys, mais un mercredi, aller à Orléans, c’est vraiment le bout du monde.

– Je vous pensais plus patriote…

– Ah, mais c’est la faute de la ligue, de la fédé, du Préfet, du Covid…


*article relatif à L’Olympe des infortunes de Yasmina Khadra de Marine de Tilly le Point du 31/01/2011

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Théo LESCRUTATEUR

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