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MON PRESIDENT ETAIT NOIR MAIS JE RESTE EN PRISON

TA-NEHISI COATES est un écrivain et journaliste américain né le 30 septembre 1975 à Baltimore. Il a reçu le prestigieux National Book Award en 2015 pour son livre Between The World and Me, traduit en français par Une Colère Noire (Edition Autrement, 2015).

Dans une importante collection d’essais réunis dans la traduction française, sous le titre Huit ans au pouvoir, (Présence Africaine),  il faisait retentir les échos tragiques du passé américain dans l’élection sans précédent d’un président noir Barack OBAMA, suivie de la victoire tout aussi inattendue de Donald Trump.   

Pendant tout son mandat présidentiel, OBAMA a opposé au spectre d’une pathologie noire, aux caricatures étriquées des mères qui vivent de l’aide sociale, et des pères au bout du rouleau, la réalité d’une famille noire bourgeoise. 

Lui, gosse maigrichon au nom bizarre, côtoyant deux mondes, devenu président, a écrit qu’il avait fait saigner du nez un enfant blanc qui l’avait traité de « sale nègre », s’être énervé à cause des remarques racistes d’un entraîneur de tennis et s’être vexé parce qu’une femme blanche de son immeuble avait dit au gérant qu’il la suivait. 

TA-NEHISI COATES indique qu’Obama a été élu dans un contexte de désarroi général. Durant ses 8 années de mandat, il est apparu comme un gardien de l’ordre et comme un architecte soucieux de l’équilibre. Il a mis en place le cadre d’un système national de santé à partir d’un modèle conservateur. Il a empêché l’effondrement de l’économie, et s’est refusé à poursuivre ceux qui étaient en grande partie  responsables de cette situation.

Il a mis un terme à la torture sanctionnée par l’Etat, mais poursuivit la guerre menée depuis des décennies au Moyen-Orient.

Sa famille, sa belle et charmante épouse et ses deux adorables filles, les chiens, semblaient sortis d’un catalogue de Brook Brothers. 

Il a évité les gros scandales et la corruption.    

Il était extrêmement déterminé et se voyait comme le gardien de l’héritage sacré du pays. Il croyait que l’action des Etats-Unis serait bénéfique pour le monde.

Pourtant, l’idée défendue dans ce livre est que sous l’angle individuel comme sous l’angle politique, que « le bon gouvernement noir » a pour résultat le plus souvent, d’accroître la suprématie blanche qu’il cherche à combattre.

Ta-Nehisi Coates met en parallèle la première présidence noire avec l’après-guerre de Sécession, une brève période de progrès vite suivie par une régression des droits des Afro-américains.

Trump ne serait pas sorti du néant, mais de ces huit années menant à une revanche identitaire blanche.

Il est certain qu’on est amené à s’interroger sur le système carcéral américain. 

La communauté noire y est sur-représentée. L’épidémie de crack dans le centre-ville aurait même donné naissance à une nouvelle forme d’horreur. « Une sous-classe biologique, une génération de bébés physiquement abîmés par la cocaïne, dont l’infériorité biologique est imprimée dès la naissance », déclara sans vergogne le chroniqueur du Washington Post, Charles Krauthammer. 

De nombreux Afro-Américains reconnurent que le crime était un problème. Jesse Jackson confessa en 1993 : « Il n’y a rien de plus douloureux pour moi à ce stade de ma vie que de marcher dans la rue, d’entendre des pas derrière moi, de penser que quelqu’un veut me voler, et en regardant autour de moi, de me sentir soulagé quand c’est un Blanc. »

Il évoquait la peur très réelle du crime violent qui hante la communauté noire.  

L’écrivain raconte sa rencontre avec deux habitants de Détroit. 24 ans séparent Taylor de Shakur, un écart qui se reflète dans leur vision de Détroit. Shakur qui a 42 ans, se souvient d’une ville ravagée par la désindustrialisation, une ville où le chômage était endémique, et dont les institutions sociales, en pleine déconfiture, étaient remplacés par des gangs. « La communauté s’était effondrée », dit Shakur. Notre système de valeurs était devenu : survivre plutôt que vivre. Les drogues, les gangs, le manque d’éducation, tout cela avait pris le dessus. Avec la prison et l’incarcération ».

Taylor, qui a 66 ans, se souvient d’une communauté plus porteuse d’espoir, où des Noirs exerçant des professions libérales vivaient à côté d’ouvriers noirs qui travaillaient en usine, de femmes de ménage noires, et de gangsters noirs. Les rues étaient pleines de bars, d’ateliers et de restaurants. 

Ce monde était le fruit de l’oppression, mais c’était un monde aimé par ceux qui y habitaient.

Les Noirs incarcérés dans ce pays ne sont pas comme la majorité des Américains. Ils sont originaires de communautés pauvres, qui en outre, ont été mises en danger dans un passé lointain et immédiat et continuent à être aujourd’hui. 

Si le péril transgénérationnel est une trappe dans laquelle tous les Noirs sont nés, l’incarcération est la porte de la trappe qui se referme sur tête. Les Afro-Américains sont différents des Latinos et des Blancs, indique-t-il en rapportant les propos de Robert Sampson,  soulignant lainsi ’imprégnation historique.

 Même quand on compare des individus qui ont la même situation familiale et les mêmes antécédents criminels, nous trouvons des différences sensibles. La privation exacerbée de leurs droits, constitue un défi pour les Afro-Américains, face auquel même toutes les caractéristiques que nous considérons comme protectrices sont impuissantes.

Pour les Afro-Américains, la privation de liberté constitue la norme historique. En 1900, la différence des taux d’incarcération dans le Nord entre  Noirs et Blancs était de 7 à 1, globalement la même qu’aujourd’hui au niveau national.

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Théo LESCRUTATEUR

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