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LES FAMILLES BERNIER, MICHAUX, BANGOU : UN HERITAGE POLITIQUE TRANSGENERATIONNEL ?

Qui est LAURENT BERNIER, maire de Saint-François en Guadeloupe, plus que jamais sous les feux de l’actualité, du fait de sa présidence du Syndicat de l’eau en Guadeloupe ?

Après avoir passé son bac littéraire au lycée Faustin Fléret de Morne-à-l’eau, et accompli son service militaire, il opte pour une école de commerce et de gestion à La Défense. De retour en Guadeloupe, il est salarié de diverses entreprises commerciales. Il fut consultant par la suite.

Il est le seul petit-fils de Lucien BERNIER, maire de Saint-François et président du Conseil Général de la Guadeloupe en 1973. Ce dernier a gardé la présidence jusqu’en mars 1976, puis l’a retrouvée de mars 1979 à mars 1982. Il est alors au sommet de son influence.

Lucien bernier

Lucien Bernier

Battu aux élections municipales de 1989, il décède quelques jours plus tard.

« J’étais le seul garçon de ses propres enfants » Les autres sont des filles, indique Laurent BERNIER.

Ma grand-mère avait avec lui des rapports de soumission d’une Guadeloupe qui n’existe plus; le vouvoiement à son époux était de rigueur.

Je n’ai pas été élevé dans du cocon, et j’ai toujours été proche des gens du bourg en fuyant les réceptions, les grands dîners, ou les déjeuners.

J’étais l’enfant de la famille élargie : j’avais environ 10 ans lors de ma première cérémonie hindoue. Je n’y ai pas été conduit par mes parents, mais par des gens qui travaillaient chez mes parents. Mon père Alain s’est engagé sans succès en politique, mais il s’agit d’un homme d’un conseil fabuleux.

Les anciens titillent Laurent BERNIER. Il est bon d’être jeune et de porter un tel patronyme ! lui signifient-ils.

Laurent BERNIER finit par rentrer en politique au début des années 1990 à l’occasion d’une élection cantonale. Il a à peine 22 ans, et suscite un intérêt évident. On ne doit sûrement pas voir beaucoup de candidats défiler au sein du groupe carnavalesque MATAMBA. C’était le début de sa carrière politique.

 stfr

La transmission des mandats politiques qui prospère en Guadeloupe, semble être le fruit vénéneux d’un passé proche. Comment l’appartenance à une famille prestigieuse peut-elle attribuer un droit à être élu ou désigné ?

Jean-Claude LEFORT a pu parler d’héritage transgénérationnel en Guadeloupe.

Si le phénomène est visible un peu partout sur la planète, à l’instar de la famille Kennedy aux Etats-Unis, et de la famille LE PEN en France,  il a pris une ampleur inégalée en Guadeloupe. Neuf familles politiques sont passées au crible : Les familles Michaux, Bangou, Jalton, Bernier, Toribio, Tirolien, Lacavé, Louisy, Girard.

L’avertissement de Fred Deshayes, maître de conférences en droit public à l’université des Antilles, « Le constituant de la troisième République avait cru bannir l’hérédité dans la dévolution du pouvoir. Certes aucun mandat politique n’est acquis par filiation, chacun doit subir l’épreuve du suffrage universel, mais l’évidence est là, le fils, ( la fille ), le petit-fils, le neveu ( s’ asseoient ) dans le siège de l’ancêtre ( en Guadeloupe ). »

Pierre-Yves CHICOT, également maître de conférences à l’université des Antilles, cite les travaux de Max Weber. La succession en politique en Guadeloupe sur le mode de la transmission du pouvoir par le nom, traduit une forme de privatisation du pouvoir. Ce «  régime patrimonial » selon la définition de Weber se caractérise par la confusion entre les domaines public et privé.

 « Il y a assimilation entre fonction administrative et fonction domestique, les agents du pouvoir et de la bureaucratie politique se recrutant parmi les proches et les fidèles et opérant comme des serviteurs, chargés de s’occuper du domaine du prince,  celui-ci agissant de telle sorte que la fonction ( politique qu’il exerce ) ne peut être distinguée de la personne de son titulaire ».

 Un autre BERNIER alors, à la tête de Saint-François ? NON s’horrifie Laurent BERNIER qui ne souhaite pas voir son fils, ou sa fille rentrer en politique.*

L’ancien maire de Pointe-à-Pitre et sénateur Henri Bangou, l’ ancienne présidente de collectivité ( département puis région ), et ancien maire de Basse-Terre Lucette Michaux-Chevry ont pourtant confié les clefs de «  leur » ville à leurs fils et fille. Ce sera l’occasion pour nous de retracer le parcours de ces « fils et filles de » dans notre prochaine chronique, et de nous interroger. Peut-on y voir le reflet d’une société bloquée ?

SIGMUND FREUD ne nous a -t-il pas fait comprendre que la révolte contre le père était un acte sain ? ET MALHEUR A CELUI QUI NE FAIT PAS MIEUX QUE SON PERE, disait Thomas SANKARA.

*source : Les grandes familles politiques de la Guadeloupe  de Jean-Claude LEFORT Editions l’Harmattan

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Théo LESCRUTATEUR

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