Société

Se battre pour les voitures à pain n’est pas un combat culturel ni identitaire

A propos des voitures à pain par Germain Beautin

En Guadeloupe, la voiture à pain et son klaxon tonitruant n’est pas un fait culturel. C’est juste une profession qui ne tardera pas à disparaitre avec la modernité et la recherche du bien-être que connaît la société guadeloupéenne.

Se battre pour les voitures à pain n’est pas un combat culturel ni identitaire.

Régulièrement nous entendons que la voiture à pain est un fait culturel guadeloupéen que l’on doit défendre et préserver vaille que vaille. Nous sommes surpris d’entendre ce type de raisonnement.

Est ce que la marchande de sorbet est un fait culturel guadeloupéen ?  Elles ont quasiment toutes disparues dans l’indifférence générale.

Est ce que la marchande de gâteau devant les églises était un fait culturel guadeloupéen ?

Nous ne devons pas confondre une profession qui répond à un certain moment à un besoin de la population avec un fait culturel intangible.

Une profession correspond à un moment du développement social et économique du pays. Et quand le tissu économique et social se transforme, cette profession se transforme voire disparaît.

La voiture à pain est une pratique qui disparaîtra comme d’autres pratiques ont disparu avec la modernité. Dans peut-être 30 ans qui se rappellera qu’il y a eu en Guadeloupe des voitures à pain ?

Qui aujourd’hui se rappelle qu’il y a eu des lavandières au bord des rivières et elles ont été remplacées par la machine à laver. Cette pratique était pourtant un moment social et culturel incontournable qui existait depuis nanni-nannan.

Des milliers de Guadeloupéens ont tué durant des décennies le bœuf et le cochon sous le manguier. Les nécessités de la traçabilité pour empêcher les vols de bétail et pour préserver la sécurité sanitaire des populations ont entraîné l’interdiction de ces pratiques dans un consensus quasi général.

La profession de voiture à pain va disparaitre qu’on le veuille ou non. Elle disparaîtra parce qu’elle n’est plus adaptée à cette Guadeloupe qui est rentrée dans la modernité. Et cela n’est pas une question de blanc, de noir, de français, de Suisse, d’Européen ou autre.

Dans près de 80% du territoire guadeloupéen il n’y a déjà plus de voiture à pain. Les jeunes délaissent cette profession pas rentable qui occasionne des nuisances sonores qui devient de plus en plus invivable pour une société ou le bien être est devenu source de droit, de réglementation et de sanction.

La disparition des voitures a pain n’est pas seulement dûe aux injonctions de l’état. Elle est dûe aussi à l’évolution de notre société et au désir de tranquillité des populations de plus en plus agacées par les klaxons tonitruants du petit matin.

De nombreuses pratiques culturelles vont à plus ou moins long terme disparaitre en Guadeloupe et en France, comme les combats de coqs, la chasse et la tauromachie. Ces pratiques culturelles disparaîtront inéluctablement à cause du combat pour le bien-être animal qui mobilise de plus en plus de jeunes.

En Guadeloupe, les courses de bœuf-tirant sont aussi dans le collimateur au nom du respect de l’animal. De nombreux jeunes Guadeloupéens désapprouvent aujourd’hui ces pratiques culturelles les considérant comme inacceptables dans la Guadeloupe du 21e siècle.

Pour accompagner la disparition des combats de coqs le gouvernement, suite à des discussions avec les propriétaires de Pitt a coq, a décidé qu’ils devront fermer au décès de leur propriétaire qui ne pourront pas les transmettre ni à leurs descendants ni les vendre. Là est un exemple intéressant d’accompagnement en douceur de la fin d’une pratique culturelle inadéquate avec la société actuelle.

La fin du tonitruant klaxonnage des voitures à pain est aussi une demande d’une Guadeloupe qui s’est embourgeoisée. Les voitures à pain ne rentrent pas dans les résidences de la classe moyenne fonctionnarisée. Elle s’est barricadée avec digicode et barrière de sécurité.

La demande de sécurité et de tranquillité prédomine partout mais seules les classes populaires subissent le plus souvent insécurité et nuisances sonores.

Nous devons accompagner ces changements en tenant compte de ne pas diviser la population Guadeloupéenne sur de faux combats.

Les klaxons doivent baisser en tonalité, la majorité des résidents ne doivent pas subir le désir de certains sans avoir leur mot à dire sous prétexte d’habitude ou de fait culturel. La discussion et la négociation doivent prédominer pour le passage ou non des voitures dans les résidences et les cités. Il est faux de croire que seuls les étrangers sont dérangés.

Si une procédure illégale a été employée contre cette voiture à pain cela doit être dénoncé avec force et détermination mais le problème n’est ni culturel ni identitaire.

Nous avons de vrais combats culturels à mener comme par exemple l’obligation de l’enseignement de la langue créole de la maternelle à l’université. Et pour l’instant, personne ne se mobilise sur cette question, personne n’en parle. Pourtant sans cette obligation scolaire, la langue créole disparaîtra inéluctablement.

Tous les spécialistes du créole le disent. Pourtant le créole est plus qu’un fait culturel, c’est l’identité même du peuple Guadeloupéen.

Ne mettons pas la question culturelle et identitaire à toutes les sauces au risque de la faire perdre toute sa substance.
Previous post

Le départ de la Route du Rhum sera le mercredi 9 à 14h15

Next post

Réunion publique de l'Assaupamar

97land

97land

Des infos, des potins, des événements... Toute l'actu du 97.

1 Comment

  1. Loïc
    novembre 7, 2022 at 01:19 — Répondre

    Tout à fait d’accord sur le réel enjeu culturel identifié qui devrait susciter davantage d’intérêt.

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *