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PANEM AND CIRCENSES :  Mèsi Bowis é Félix !

Cette formule latine de Juvénal (Satires, X, 81) visait à dénoncer la nourriture et les jeux du Cirque, opium d’un peuple romain soumis à ses tyrans. Que dire des deux événements sportifs majeurs des îles sœurs ?

Boris carène un dieu

Fos pou Bowis

felix merine

UFR douvan douvan

 Nos dieux des îles

Tour des Yoles en Martinique, Tour cycliste de la Guadeloupe, le sport événementiel est devenu la morphine des classes populaires antillaises. Pour être rangé parmi les marginaux, il suffit de bâiller devant des mats en bois côte ou ne pas être à l’écoute de crevaisons successives au pied des Mamelles. L’antillais qui passe une semaine loin des foules en délire est un être « san manman san papa ». Marc Perelman dans Sport barbare écrit « La critique est devenue impossible. Le sport est devenu une seconde nature, c’est comme le soleil, on ne critique pas le soleil. »

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Le peuple sur le sable, les plus fortunés et chanceux sur des bateaux. Lors du tour, la hiérarchie sociale est bien respectée.

« Le sport n’exprime aucune protestation, seulement la sujétion à l’ordre établi ». Celui qui oserait établir un barrage sur l’île aux belles eaux en période de tour serait taxé par tous d’incivisme, de traîtrise, un « initil » . Une spectatrice parlait de « fête nationale de Gwada », idée partagée par Josette Borel-Lincertin. Mais ici pas de support mémoriel, pas de sang du peuple, pas de référence à des sacrifices collectifs, pas d’idéal d’une Guadeloupe meilleure : le supporter « toujou en fom » se déplace en famille et se pense grand nationaliste en mangeant son dombré et queue. La suppression d’une étape en période cyclonique suscite l’ire du « fan yoleur ». Les sportifs devenus des surhommes l’espace d’une semaine sont priés de mettre leur vie en danger. Et le fonctionnaire 40 % en vacances enrage d’apprendre que ces athlètes vivant dans ce temple de la société de consommation entourés par des voiliers sur lesquels coule le champagne et sur terre la foule secouant des fanions commerciaux (Il ne manquera plus que d’entendre la foule martiniquaise scandant : TF1 (Tout Foyalais 1er), BRED (Bal Rat Epi Diab), à vous d’en inventer d’autres) souhaiterait obtenir une récompense financière pour efforts consentis.

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La couleur à la mode en Guadeloupe. Idée spontanée ? On s’étonne du nombre de maillots jaunes distribués au fil des étapes…

photo ary

Une étape, une photo pour Ary Chalus en compagnie du champion

Bien utilisé, le sport peut se mettre au service du politique. Dans ces îles où un électeur sur deux a daigné se déplacer en mars 2010 pour choisir ses conseillers régionaux (49,82 %  en Guadeloupe, 55,53 % pour la Martinique), chaque voix vaut son pesant d’or. Lancés dans  la course aux élections de décembre Victorin Lurel s’est « jaunisé », Ary Chalus « carénisé », Melina Seymour Gradel faisant campagne sur le thème « oui à la Guadeloupe qui gagne » en profite. Le maire de Baie Mahault Ary Chalus détenant le record de photos avec Carène à toutes les arrivées, « fier kon Artaban » aux côtés du vainqueur arborait comme slogan sur son tee shirt  jaune ASBM au final à Basse Terre « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire ». Le soufflet infligé au président de la région incitait le soir ce dernier à réclamer que le tour ne soit pas le prétexte à de la récupération politique après avoir couvert la Guadeloupe de jaune. Et les langues se déliant, il est dit que la tension palpable sur ce 65ème tour serait liée à la pression exercée par les politiques sur les meilleurs guadeloupéens du peloton, les incitant à sauver l’honneur du pays. Au tour des Yoles, les maires menacent de ne pas subventionner les étapes si le trajet proposé ne leur plaît pas, les frais générés grévant le budget des communes. Mais le retour de bâton ne risque-t-il pas d’être terrible de la part des aficionados ? Il est beaucoup plus prudent d’être sur les photos aux cotés du vainqueur, le conseil régional finançant à hauteur de 55 % les frais de la ligue des yoleurs calmant toute velléité de révolte de leur part. Et qu’importe le montant des dépenses : « le tour fait marcher l’économie » dit-on au contribuable. Y a-t-il des études et des chiffres confirmant cette affirmation ?

le sabre et le goupillon

de gauche à droite : Josette Manin Présidente Conseil Général, Euzhan Palcy, Mgr David Macaire, Camille Chauvet cons. régional, Alfred Monthieux maire du Robert, Catherine Conconne Vice présidente Conseil Régional @Ville du Robert

 

Marx disait que la religion est l’opium du peuple (Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel), mais admettait qu’elle puisse servir de protestation contre la détresse. Dans nos régions, alliée à la jeunesse, elle symbolise désormais l’allégresse et est présente dans les manifestations. L’archevêque David Macaire au tour des Yoles, très à l’aise au milieu des politiques (iconographie semblable aux images de la société de l’ordre de la fin du XIXème siècle du sabre et du goupillon) a fait un tabac sur les réseaux sociaux. Le père Olivier Lucenay appliquant les principes du clergé séculier, invitait ses ouailles à participer au monde réel : il semble qu’il soit entendu. Boris Carène a été sanctifié, Dieu appelé à son secours « les anges et tous les saints » suite à sa chute. A toutes les étapes, des chrétiens d’une autre chapelle (mauvais jeu de mots) vêtus de jaune bien sûr et munis de sacs poubelle rappellent la nécessité de faire le ménage dans les têtes (par la prière) et dans l’île. Ne manquait que le pasteur Jesse Jackson pour nos « Dieux des Tours » bien que le Dalaï Lama aurait certainement trouvé des mots de paix et réconfort pour le couple de l’année : Ruffine/Turpin.

Culte de la performance, culte de l’être suprême à défaut d’avenir. « Le sport lamine tout sur son passage et devient le seul projet d’une société sans projet » constate Marc Perelman. Les tours surmédiatisés laissent peu de place à la réflexion, des techniciens chargés de penser pour les autres et les moindres faits et propos livrés à la foule. L’animation est avant, dans, après la course, dans la foule, parmi les équipes, au staff presse… Et si la politique était l’art de gouverner les peuples devenant en dernier lieu l’art d’empêcher qu’ils ne s’ennuient ?

Jam pridem, ex quo suffragia nulli vendimus, effudit curas : nam, qui dabat olim imperium, fasces, legiones, omnia, nunc se continet, atque duas tantum res anxius optat, Panem et circenses.

Depuis qu’on ne vend plus les suffrages, eh bien! La tourbe de Rémus n’a plus souci de rien. Ce peuple impérieux, qui dispensait naguère légions et faisceaux dans la paix, dans la guerre, stupide, enseveli dans un repos fangeux,  Il ne demande plus que du pain et des jeux! 

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Joël DIN

Joël DIN

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