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Le Président de la République salue le destin d’une femme libre

COMMUNIQUÉ

« Les gens comme nous n’écrivent pas » : cette phrase entendue petite fille en Guadeloupe, Maryse Condé aura construit sa vie et bâti une œuvre pour la démentir. Sa disparition est celle d’une des voix les plus lues, les plus aimées, les plus admirées de notre langue française.

Née le 11 février 1934 à Pointe-à-Pitre, Maryse Boucolon était la benjamine d’une famille de descendants d’esclaves, qui frayaient les chemins de l’intégration républicaine. Sa mère fut ainsi l’une des premières institutrices noires de sa génération et son père se hissa dans les échelons de l’administration publique : ils élevèrent leur fille dans le culte de l’école et de la littérature. Bercée par les figures de femmes libres de sa famille, imprégnée des grands romans de la littérature mondiale, Maryse Condé se forgea très vite une âme en quête d’affranchissement.

Quittant la Guadeloupe à seize ans, elle fut pionnière dans ses études, du lycée Fénelon aux bancs de la Sorbonne. Là, dans le bouillonnement littéraire et politique parisien des années 1950, où passaient les échos de la « négritude » et de l’existentialisme, Maryse Condé fit sien le combat anticolonial et rencontra son premier mari, Mamadou Condé, acteur d’une pièce de Jean Genet.

« Le retour au pays natal » prôné par Aimé Césaire prit chez elle le chemin d’une espérance africaine. En 1959, elle devint professeure de français en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Ghana, puis au Sénégal, au gré d’une « Vie sans fards » (2006). La désillusion née des remous de l’indépendance comme de la dureté des conditions d’existence l’amenèrent à trouver refuge dans la lecture de Frantz Fanon comme dans l’écriture de ses premiers textes.

Auteure de premiers textes de théâtre, elle rejoignit en 1970 la maison d’édition Présence africaine à Paris, après un détour à Londres, où elle rencontra son second époux, Richard Philcox, professeur d’anglais devenu son traducteur. En 1976, elle publia sa thèse et son premier roman, « Hérémakhonon ».

Huit ans plus tard, la parution de « Ségou » changea sa vie comme l’histoire de la littérature du XXe siècle. Fresque épique et populaire, histoire de la chute d’un royaume bambara, le roman marqua l’époque pour son art du récit et sa langue, inclassable, un français charriant la verve de trois continents. Le livre suscita un retentissement mondial et inaugura d’une période intense d’écriture dont « Moi, Tituba sorcière…Noire de Salem », paru en 1986, roman sur l’esclavage dans la Caraïbe, ou « La Migration des cœurs », en 1995, réplique antillaise aux « Hauts de Hurlevent » qui obsédaient Maryse Condé depuis qu’elle l’avait lu adolescente.

Avec sa langue d’une poésie incomparable et d’une ironie tendre, déjouant chaque fois les assignations identitaires, dépassant et façonnant les débats sur l’écriture créole, Maryse Condé composait une œuvre en correspondance avec les auteurs de tous les siècles et de tous les continents, de Brönte à Mauriac en passant par Toni Morrison.

La force de son œuvre et son charisme personnelle l’inscrivit comme une intellectuelle de premier plan. Voix majeure de la Caraïbe, amoureuse du destin d’Haïti, professeure invitée à Columbia où elle créa et dirigea le Centre des études françaises et francophones, elle fut nommée par le Président Jacques Chirac à la tête du Comité pour la mémoire de l’esclavage et proposa le 10 mai comme Journée de commémoration de l’esclavage.

« Indépendantiste guadeloupéenne », irréductiblement attachée au gré d’une relation tumultueuse à son île, où elle créa entre autres le Prix des Amériques insulaires en 2000, elle continua sans cesse d’écrire, sur son destin ou sur une condition humaine dont elle persistait à penser que c’est par le roman qu’elle apparaît dans sa complexité et sa lumière. Après des distinctions reçues sur les deux rives de l’Atlantique, Maryse Condé obtint le « Prix Nobel alternatif », prix de littérature de la Nouvelle Académie à Stockholm en 2018, reconnaissance pour son œuvre admirée partout et son statut d’inspiration vivante pour une génération de romanciers et d’intellectuels dans le monde.

Le Président de la République et son épouse saluent le destin d’une femme libre se jouant des barrières et des frontières, force de vie et de création qui sut réinventer notre langue pour peindre les rêves et les chagrins universels, de la Guadeloupe à l’Afrique, de la Provence à l’Amérique.
Ils adressent à son époux, à sa famille, à ses proches et ses lecteurs d’hier et d’aujourd’hui leurs condoléances attristées.

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