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ANTILLES : LE PLAN BANANE DURABLE 1 EVALUÉ

Christine Cardinet et Céline Fabre pour le Centre d’études et de prospective (CEP) au ministère de l’Agriculture viennent de publier une analyse du Plan Banane Durable 1.

En 2007, la filière banane dans les Antilles Françaises fragilisée un plan de soutien, le Plan Banane Durable 1 (PBD1) était mis en oeuvre pour la période 2008 à 2013. Ce plan a fait l’objet d’une évaluation ex post en 2014, avec le double objectif de faire le bilan de son application et de proposer des améliorations pour la poursuite du dispositif sur la prochaine période de programmation 2014-20201.

L’évaluation souligne l’intérêt d’élaborer de nouvelles orientations dans une perspective de développement durable, en particulier sur le volet économique avec la création d’un référentiel technico-économique et d’outils de suivi précis. Elle préconise également la définition d’une stratégie de différenciation de la banane de Guadeloupe et de Martinique.

Un plan aux objectifs ambitieux

Ce plan regroupait l’ensemble des aides à la filière relevant de différents programmes et fonds existants. Il s’est doté d’objectifs ambitieux à l’horizon 2013, déclinés en deux volets :

– un premier, socio-économique, avec la préservation de la main-d’œuvre agricole (10 000 emplois directs et indirects) et un maintien des volumes de production (minimum de 80 % des tonnages de référence) ;

– un second, environnemental, avec l’homogénéisation des pratiques culturales, la réduction de l’usage des pesticides (moins 50 % entre 2008 et 2013), le suivi et la diminution des impacts environnementaux de la production de banane (eau, sol, GES, biodiversité, déchets).

Une efficacité différenciée selon les volets et selon les régions

En matière environnementale, l’objectif de réduction de l’utilisation de pesticides était très ambitieux et en avance par rapport au plan Ecophyto4. Les progrès sont indéniables et le plan a permis une mutation de la filière vers un modèle plus respectueux de l’environnement, grâce à une dynamique forte de recherche et de diffusion des innovations par l’encadrement technique, ce qui a permis la vulgarisation de nouvelles techniques évitant l’emploi de pesticides (plantes de couverture, jachères, vitro-plants, biopièges, etc.). Cependant, l’évaluation montre des résultats différents entre les deux îles.

L’objectif a été atteint en Martinique avec une diminution de 51 % des quantités de matière active par hectare entre 2006 et 2013, passant ainsi en moyenne de 11 à 4-5 kg/ha. Cette baisse est essentiellement liée à la réduction d’emploi d’herbicides.

En Guadeloupe, la diminution de 35 % des quantités de matière active par hectare, passant en moyenne 9 à 7,5 kg/ha, s’explique par un moindre recours aux nématicides. Sur le volet socio-économique, près d’1/3 des dépenses réalisées dans le cadre du PBD1 concernent les investissements agricoles.

Plus de 80 % des planteurs ont bénéficié d’une ou plusieurs mesures FEADER (aides à l’investissement, ICHN et MAE), toutes intégrées au PBD1. La dynamique est cependant contrastée entre les deux îles.

Pour ce qui est du maintien des capacités de production, la Guadeloupe a atteint l’objectif avec des rendements et des volumes en hausse et en parallèle, des soutiens forts aux investissements dont bénéficient l’ensemble des producteurs.

En Martinique, le taux de pénétration des aides à l’investissement est beaucoup moins important, ce sont surtout les grosses exploitations qui y ont accès et la situation semble plus difficile pour les plus petites exploitations. Le taux de diffusion des aides surfaciques (ICHN, MAE) est moins fort qu’en Guadeloupe, surtout pour les exploitations de plus de 20 ha.

Toujours sur le volet économique, l’axe « promotion-commercialisation » a aidé à définir des signes d’identification (logos, affiches, etc.), lesquels sont encore utilisés. Ces réalisations ont été centrées sur la France métropolitaine…

Des effets induits qui profitent à l’agriculture antillaise

Le PBD1 a eu des effets positifs sur la filière banane, mais aussi plus globalement sur l’agriculture des Antilles. Il a permis d’initier un projet commun entre les deux îles (définition d’objectifs partagés, d’une ligne directrice) et d’améliorer le dialogue entre les différents acteurs. Les moyens techniques développés par la filière banane ont pu profiter à d’autres filières, notamment avec la création de l’Institut technique tropical et avec l’homologation de biopesticides, utilisables par d’autres cultures fruitières.

Selon l’évaluateur, il y a donc bien un « avant » et un « après » Plan Banane Durable 1 pour la filière, notamment sur le plan de l’évolution des pratiques respectueuses de l’environnement et pour le système de développement qui l’accompagne…

Si le Plan Banane Durable 1 a globalement répondu aux enjeux de la filière banane, les objectifs d’un prochain plan devront s’inscrire davantage dans une perspective de développement durable. Parmi les principaux enjeux identifiés :

*La nécessité de disposer de référentiels technico-économiques fiables permettant de mesurer les incidences et la durabilité des changements de pratiques,

*La recherche d’alternatives à la compétitivité par le prix par une stratégie de différenciation de la banane antillaise française (à travers les signes de qualité, le développement de la production biologique,

* La recherche de nouvelles variétés,

* La nécessité de mieux assurer les besoins de recrutement et de renouvellement des compétences de la filière.

Enfin, un futur plan gagnerait en cohérence et en efficacité en étant mieux articulé avec le POSEI, dispositif très structurant pour la durabilité économique de la filière mais qui ne comporte pas de volet environnemental en tant que tel.

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