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Vikash Dhorasoo, footballeur de la mélancolie ou semeur de zizanie ?

Un footeux international, ça mene la belle vie à Miami, ça gagne un max, ça roule en Audi R8 GT ou en Bentley… Vikash Dhorasso, on ne peut pas lui reprocher en tout cas de ne pas affirmer ses opinions. En novembre 2017, dans une interview pour le media en ligne Brut, il se disait proche de la France Insoumise, déclarant croire à la lutte des classes.

Ses parents étaient originaires de l’île Maurice, mais avaient émigré vers la France bien avant sa naissance. Il commence des études universitaires en économie, avant de devenir footballeur professionnel. En 1997-1998, il est couronné meilleur joueur du championnat de France. Et s’affirme comme l’un des grands espoirs du football français. 

Lors de sa reconversion, ses centres d’intérêt paraissent être multiples : joueur de poker, (en 2019, la somme de ses gains en tournois s’est élevée à 527 453 €), acteur, écrivain, homme politique. Il  a même tenté d’être président de club, et s’est prononcé contre le sectarisme et la discrimination dans le sport. Il contribue à la lutte contre la pauvreté dans des pays comme l’Inde par l’intermédiaire de plusieurs programmes.

Atypique. Vikash Dhorasoo était un joueur un peu à part, coulé dans son propre moule, solitaire et déroutant. Pendant la coupe du monde en Allemagne, relégué au rang de remplaçant, Dhorasoo se promenait dans les couloirs du château de Münchhausen avec une caméra super-8. 

La presse indienne s’était trompée quand elle indiquait que c’était le premier joueur ayant des racines indiennes à participer à une phase finale de coupe du monde, puisqu’il y avait eu avant lui Aron Winter, natif du Surinam, et ayant participé aux phases finales avec les Pays-Bas en 1990-1994-1998.

Quand fut révélé que les séquences filmées allaient faire l’objet d’un film, stupeur chez les joueurs français, colère du sélectionneur.

Ce qu’on lui reprochait était-ce d’être un joueur à part, un intello, de prendre les autres de haut, malgré sa petite taille (1,68 m) ? 

Il s’est mis à dos la quasi-totalité des coachs qui ont eu affaire à lui. Est-il besoin de rappeler que ses relations avec ses partenaires n’étaient pas évidentes ? Le gardien Gregory Coupet avait mis son poing dans la figure de Dhorasoo à la mi-temps d’un match de Lyon contre Arsenal en 2001. 

Il est à l’origine du mouvement collectif Tatane qui veut valoriser le football comme un lieu de jeu sans enjeu : la défaite doit être dédramatisée, et la victoire relativisée.

Comment devient-on footballeur ?

« C’est tout simple. Le foot est le sport mondial. Donc quand on vient comme moi d’un petit quartier populaire du Havre, quand on a un père mauricien qui y joue déjà un peu, eh bien on joue au foot après l’école. Et comme on s’est aperçu que j’étais bon, on m’a encouragé.

Je suis entré dans le club d’à côté, et puis j’ai vraiment aimé ça. J’ai joué très vite à un bon niveau, et dès l’âge de 15 ans, j’étais sous contrat – aujourd’hui c’est encore plus jeune, dès 11 ans-. Mais j’adorais la compétition, le défi personnel, la pression, gagner à l’arraché. Mes idoles c’étaient les professionnels du Havre. C’était aussi une autre époque. On s’entraînait sur le même terrain que les pros, dans l’autre moitié. C’était hallucinant : il n’y avait aucune distance entre eux et nous, pas de barrières, ni de flics, ni toute la sécurité d’aujourd’hui. On était du même club, et j’étais à la fois joueur, et supporteur des grands ».

Quels ont été vos plus beaux moments ?

« D’abord au Havre, puis surtout à Lyon. Il y a eu deux ans formidables. Je jouais, ça marchait bien, et cela s’est fini par 5 matchs de standing ovation. Sans doute ceux qui me fêtaient alors étaient les mêmes qui, un an plus tôt, étaient 40 000 à chanter « Dhorasoo est une salope » parce que je jouais avec Bordeaux à qui Lyon m’avait prêté. Après j’ai signé au Milan AC comme remplaçant, à mon poste il y avait déjà Kaka, Pirlo, Gattuso, je savais déjà à quoi m’en tenir ; ça n’a pas été décevant comme dans la coupe du monde 2006 où j’espérais quand même jouer. Même si c’était le club de Berlusconi. Même si, au départ, c’est le club qui refusait les étrangers – ce pourquoi ils ont créé l’Inter, un 2ème club dans la ville-. C’est aussi le club du prolétariat dans la ville. Tout est si paradoxal dans le football… »

C’est un peu comme une oscillation constante entre la gloire et la honte…

« Ces mots sont un peu forts, non ? Plutôt entre plaisir et frustration. C’était ça ma coupe du monde 2006 : quand je suis resté presque tout du long sur le banc. J’avais envie de jouer, de faire plaisir à ma famille qui était dans les tribunes avec mon maillot sur le dos et qui me voyait ne pas jouer. Maintenant c’est vrai que quand je me suis fait siffler par tout le stade parce que j’ai remplacé Zidane à la place de Ribéry, et qu’après j’ai tout raté (match de préparation contre le Mexique avant la coupe du monde en Allemagne) ou quand je suis passé en zone mixte, et qu’on devient carrément invisible, et que personne ne vous regarde ou de manière méchante ou compatissante, mais tout le monde a connu ça. On se fait massacrer un jour ou l’autre, à part Zidane. Il peut mettre un coup de boule en finale, le lendemain Chirac lui dit : Bravo. Mais c’est un cas à part.

On est seul, on a deux, trois copains, pas plus, et on finit toujours par se faire descendre ».

Un peu comme dans la mafia ?

« Non, là encore c’est un métier, ce n’est pas une affaire de vie et de mort. Et on gagne beaucoup d’argent, du moins quand on a la chance de jouer au niveau où j’ai pu jouer. Donc il n’y a pas à se plaindre. Et c’est bien de savoir s’arrêter. Regardez l’anniversaire de la victoire du 12 juillet avec tous les anciens de 1998. C’était pathétique ce match. Quel était leur but ? Passer à la télé ? Mais ils vont finir dans le Loft ou dans la Ferme des célébrités, ces mecs-là…

Malgré tous les aléas, ne conservez-vous que du bonheur ?

Oh que non ! J’ai pratiquement joué toute ma carrière avec des douleurs partout ; ça a commencé tout de suite, à 15 ans j’ai été opéré d’une pubalgie, c’est-à-dire rien d’autre que du surmenage physique car dès qu’on arrête de jouer, on n’a plus mal. Et les douleurs ont duré jusqu’au bout. Jusqu’à l’absurde : à Milan, on m’a fait arracher une dent parfaitement saine et on m’a posé un appareil dentaire, en me disant qu’avec ça j’allais mieux jouer parce que la mâchoire c’est important pour l’équilibre. Et moi j’ai accepté, c’est fou ! Plus quotidiennement, je démarrais certains entraînements en ne pouvant même pas taper dans le ballon, même si au bout d’une heure, on ne sent plus les douleurs.

Un jour, je suis même allé voir le médecin, parce que j’étais inquiet : je n’avais mal nulle part !

On carbure tous aux mêmes régimes : aux anti-inflammatoires, aux anti-douleurs. C’était un calvaire. Mais j’aimais tellement jouer au foot…

LA PREMIERE FOIS EN EQUIPE DE FRANCE

Je suis allé à Clairefontaine dès l’âge de 15 ans, c’étaient l’équivalent des sélections de moins de 15 ans. 

Je disparais par la suite des sélections nationales. Je fais les JO d’Atlanta en 1996, avec les Olympiques qu’entraîne Domenech.

Arrive 1999. 1ère sélection chez les A. En 1999, pour moi c’est croiser les champions du monde. Je me souviens. Ils marchaient sur l’eau, les Zidane, Deschamps. Ils jouaient tous la « Coupe des champions », et moi la coupe UEFA.

Qui est cet indien au Château ? devaient-ils se demander. «  Qu’est-ce qu’il fout là le petit gars mal rasé ? Et bien non, j’ai été bien accueilli mais je n’étais pas à ma place. Ils étaient trop forts ces gars. Le fossé était trop grand.

En 2004 Domenech devient sélectionneur. Je joue au grand Milan AC même sans être un titulaire indiscutable. J’ai ma place à table, dans le bus et dans le vestiaire. Je me suis senti fort même quand Zizou est revenu. Nous nous sommes qualifiés pour la Coupe du monde.

Malheureusement, le match de préparation contre le Mexique m’a été fatal. Je devais remplacer Zidane pour sa 100 ème et dernière au stade de France.

La marche était trop haute pour moi. Je suis rentré sous les sifflets car le public espérait Ribéry. J’ai roulé sur le ballon, j’ai raté une passe, puis un contrôle.

Le lendemain à l’entraînement, si j’avais été dans une cour de récréation, je me serais fait casser la gueule. J’ai senti du mépris dans le regard de mes partenaires. Ribéry est arrivé, il est devenu titulaire. Je me suis retrouvé sur le banc.

L’équipe de France, c’est trop beau et c’est très dur. Il ne faut pas rater son entrée au château, car si on n’est pas indiscutable, le château peut vite devenir trop grand.

 

Son exclusion du PSG, qui était une première dans le foot français

Le club PSG reproche à son milieu de terrain deux fautes professionnelles très graves, un refus de s’entraîner aux conditions fixées par son employeur, et le vol d’un document confidentiel, le programme de soins des joueurs que Dhorasoo voulait montrer à la presse. 

Le licenciement pour motif disciplinaire constituait une grande première dans l’histoire du football français.

Le contexte : l’hostilité existant entre le joueur et son entraîneur, Guy Lacombe.  

L’affaire s’est terminée par un accord à l’amiable.

Finissons par deux déclarations devenues cultes de Dhorasoo

Dhorasoo avait dit avant la nomination de Deschamps au poste de sélectionneur: Pas Deschamps, ça fait trop Chasse, Pêche, Natur,e traditions.

Le journal, le Parisien du 19 mars 2013  posait la question à l’entraîneur sur la pertinence de la formule et si ça le gênait. Ce dernier répondit : Pourquoi ? Je ne vais pas répondre à tout le monde. Il y a des gens que je respecte, mais que je n’aime pas. La caricature ne me gêne pas. Tant pis si je suis aux Guignols. Moi, personnage public, je suis préparé à cela. Mais pas mon entourage.

Lors de la Coupe du monde de 2010, Viskash s’est exprimé sur l’équipe de France : « le pouvoir a été abandonné aux caïds, et c’est ce que l’on retrouve en équipe de France ».


Le foot, la gloire et la frustration entretien avec Vikash Dorasoo : entretien réalisé par Vincent Casanova, Marion Lary, Pierre Zaoui dans Vacarme 2008

Yahoo sports 15 novembre 2016

Article de Grégory Schneider du 5 octobre 2006 dans Libération.

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Théo LESCRUTATEUR

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