Société

Une fatwa contre le directeur du CHU de Guadeloupe 

Ils ont lancé une fatwa contre le directeur du CHU de Guadeloupe !

A tous ceux qui ne veulent pas voir, ne veulent pas savoir, ne veulent pas comprendre qu’au nom du peuple antillais, dorénavant, on excommunie, on éradique… En pa tend, Yo pa di mwen, En pa vwè pour prendre à rebrousse-poil une expression d’Ibo Simon…

Les fatwas censurent au nom du peuple, tuent, sacrifient, grillent au feu de l’enfer et dévorent les insoumis.

Par l’édit d’un commandeur des croyants, imam sporadique, ou d’illettrés lanceurs de fatwa anti-vaccinales, les médecins du CHU de Guadeloupe sont dorénavant des exfiltrés de la fabrique des apostats.

Salman Rushdie, dont la vie pendant des années a été celle d’une bête traquée, a eu la chance de bénéficier de la protection de la police de son pays européen d’adoption.

Il est donc devenu possible en Guadeloupe à n’importe quel imam spontané de prononcer une sentence de mort à l’encontre de n’importe quel guadeloupéen « renégat ».

Une nouvelle machine a été inventée, celle du guadeloupéen humilié.

Les nouveaux délires sur la non-humanité des hôpitaux, ne font que traduire  l’appauvrissement théorique et culturel de nos îles.

L’historien Barnavi disait que la véritable infrastructure des sociétés est mentale.

En 2008, le cheikh saoudien Mohammed al-Mounajid a demandé l’extermination de toutes les souris, y compris celles dessinées, dont fait partie Mickey Mouse. « L’érudit » a ajouté que derrière ces images se cache Satan. Derrière chaque médecin guadeloupéen se cache un Satan.

Une véritable peine infamante, opprobre des nouveaux temps guadeloupéens d’inculture, se déchaîne sur Gérard Cotellon.

Un dispositif de pensée est mis en place, comme le remarquait Catherine Kintzler dans « Les Temps Modernes ». Il ne suffit pas qu’au au motif légitime de sa protection, ce directeur  soit placé en état de réclusion « hors droit ».

Comble de perversité, certains, au travers des soutiens, viennent l’achever, comme la corde soutient le pendu par leur formulation habilement dubitative : n’aurait-il pas tout de même, tenu des propos excessifs, ne pourrait-il pas faire comme en Guyane ou en Martinique, alors que les mêmes procédures seront lancées dans ces deux départements – l’application dans le temps a juste été plus tardive en fonction de l’état d’urgence sanitaire dans ces deux régions ?  

« Commençons par la version douce : soutien, mais tout de même ; conservons notre esprit critique en faisant quelque réserve… Manière qui, invitant à regarder ailleurs, s’aveugle au consentement donné à ce qui n’est rien d’autre qu’une peine de mort », précise Catherine Kintzler.

La lecture d’« Intégrismes » de Jean Szpirko dans les lettres de la SPF (2016) nous le confirme.

Aucune religion d’amour (donc aucune religion syndicale), n’a échappé à la séduction de réduire, dépouiller, tuer ceux qui ne partageaient pas les mêmes façons « d‘aimer ».

Il faudrait évoquer les abominations, les génocides, contre des populations entières orchestrées par l’Eglise romaine contre les Cathares, les « hérétiques », ariens, manichéens. Les autodafés, les tortures secrètes et publiques, les massacres répétés de protestants, en particulier ceux dits de la Saint-Barthélémy – qui contrairement à la légende, se sont prolongés pendant des mois. « « Qu’on les tue tous ! », était déjà l’injonction. 

On se demande comment le personnel soignant et administratif fait pour trouver le courage, la force, de se rendre tous les jours dans ce CHU, en dépit des menaces, des insultes, des crachats, des coups…

Avec le soutien des franciscains, les Oustachis de Croatie instaurèrent une dictature révolutionnaire particulièrement meurtrière, pendant la deuxième guerre mondiale. Ils ont tenté de convertir les serbes au catholicisme. Ils  ont arraché avec zèle les yeux des orthodoxes serbes qui refusaient de se convertir et les enfermaient dans leurs églises pour les y brûler vifs. 

La religion, la « nationalité », ou l’appartenance à un groupe, quel qu’il soit est censé conférer une identité. Les leaders intégristes, nationalistes ou religieux, offrent l’opportunité à leurs adhérents de ne connaître ni tiraillements doctrinaux, ni états d’âme, ou de les conjurer. Il suffit de trouver à lutter contre une cause extérieure, des ennemis, qui en sont déclarés responsables, et qu’il s’agit alors d’anéantir.

Ceux qui prétendent parler au nom du Prophète lancent cependant leurs propres demandes de reconnaissance, et ils veulent recevoir les dévotions qu’ils susciteraient comme autant de signes qui les confirment dans leur croyance  en leur rapport privilégié à Dieu.

C’est pour cela que le LKP demande inlassablement la venue de l’Etat français qu’il est censé abhorrer.

Disposer du talent de convaincre des hommes et des femmes de mourir en leur garantissant les félicités les plus extraordinaires renforce leur certitude d’être réellement des élus.

Comme il y a des « surmusulmans », il y a des « surguadeloupéens »

Le syndicaliste Zou, de Force Ouvrière, a pu déclarer qu’ils pouvaient mourir pour la cause. Dans un ultime éclair de lucidité, il a quand même ajouté : « même si nous ne serions qu’1 % ».

Dans le monde musulman, où pouvoir religieux et pouvoir temporel restent inséparables, chaque faction trouve des bénéfices considérables à repérer, à dénoncer les blasphèmes.

Comme il y a des « surmusulmans », (ce terme est issu du livre de Fethi Benslama), il y a des  « surguadeloupéens », qui cherchent aussi à remédier à une sorte de passivité historique des « croyants », et tentent, en quelque sorte de revivifier la foi des tièdes de l’archipel, par des déclarations, des actes « en excès ».

La multiplication des fatwas mobilise des foules d’hommes avides d’identité. 

Le syndicat a tellement répété au personnel du CHU – site sacré de l’UGTG -, depuis des décennies, qu’il n’était qu’une masse servile affreusement dominée par des colonialistes que certains ont pu croire qu’ils étaient comme les Pakistanais – population de travailleurs la plus importante au service de l’Arabie Saoudite qui contrôle le site sacré de la Mecque. 

Traités par un mépris total, misérablement rémunérés, c’est dans ces seuls appels religieux qu’ils peuvent trouver une légitimité identitaire toute transitoire : lorsque, contre des livres qu’ils n’ont pas lus, des images imprimées dans une presse qu’ils ignorent, ils sont conviés à manifester en masse, à protester à coups de slogans contre des blasphémateurs désignés, précise Jean Szpirko. 

Les intégristes, ont un rapport particulier au langage. Il leur faut exclure toute lecture, toute interprétation considérées comme non conformes.

L’Eglise a pu, par exemple, récemment déclarer sa solidarité avec ceux qui se sentaient outragés par le projet de loi relatif au « mariage pour tous ». Mais si d’aucuns considéraient même que cette loi était contre nature, que Christiane Taubira a été déguisée en guenon, aucun appel au meurtre n’a été formulé.

Revenons à notre Guadeloupe chérie. Après le directeur de l’hôpital et les médecins de Guadeloupe, nous pouvons prédire que la prochaine fatwa sera lancée contre les journalistes, ou « certains journalistes », car dans cet archipel des compromissions, toute vérité n’est pas bonne à dire.

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Théo LESCRUTATEUR

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