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« Moi, 1er Lord Lieutenant noir de la Reine, je ne crois pas que la famille royale soit raciste »

Sir Kenneth Olisa est Lord-Lieutenant pour le Grand Londres, le représentant officiel d’Elizabeth II dans la capitale, haut bailli et chercheur du sanctuaire de l’abbaye de Westminster. Il a publié dans le Daily Mail un article, défendant la famille royale : « Pourquoi moi, le premier Lord-Lieutenant noir de laReine, je ne crois pas que la famille royale est raciste (et oui, ma femme et moi avons discuté de la couleur de notre enfant métis avec notre famille)». Extraits.

L’une des affirmations les plus controversées de l’interview des Sussex par Oprah Winfrey la semaine derniere était celle sur la couleur de peau de l’enfant de Meghan, un membre de la famille royale s’inquiétant de sa pigmentation.

Le tollé qui s’en est suivi a été assourdissant, le mot «racisme» revenant dans presque tous les reportages.

Je quémande quelques instants de calme et de réflexion, avant de conclure que ce propos soit vulgaire et raciste. Il faut reconnaître que nous ne connaissons ni le contexte ni l’intention derrière cette formulation.

Je m’appuie sur ma propre expérience. Ma femme Julia et moi avons été questionnés de la même manière – dans un esprit bienveillant – par ma belle-mère Muriel peu de temps avant la naissance de la première de nos deux filles en 1980.

Je dois souligner ici que, à l’inverse de Meghan et Harry, je suis noir et Julia blanche.

Ma belle-mère aujourd’hui décédée, enthousiasmée par l’arrivée de son premier petit-enfant, souhaitait utiliser ses aiguilles à tricoter et voulait simplement savoir quelle couleur de vêtements conviendraient au teint du nouveau-né.

Elle l’a fait avec la même innocence que chacun de nous se demandant : le bébé aura-t-il les cheveux de sa mère ou le nez de son père ?

Cette conversation a eu lieu dans le cadre d’une famille aimante, avec l’intention de résoudre une question d’achat de pelote de laine – ce qui montre que si vous ne connaissez pas à la fois le contexte et l’intention, vous ne pouvez pas juger.

À la lumière de cet entretien, je suis vraiment triste qu’après notre réponse collective au défi du Covid, mettant en lumière les valeurs de fraternité britannique, la nation soit confrontée maintenant au grave danger de division sur la question du racisme.

En 2015, Sa Majesté la Reine m’a nommé son Lord-Lieutenant du Grand Londres – le premier non blanc à ce poste.

À ce titre, je soutiens la reine et la famille royale, les aidant à etablir des passerelles et des connexions entre personnes, organisations et renforcer le sentiment d’appartenance des Londoniens à une capitale inclusive.

En conséquence, j’ai eu le privilège de rencontrer tous les membres de la famille royale à de nombreuses reprises – et je peux témoigner qu’ils sont charmants et ouverts d’esprit. Ce n’est pas seulement ma perception – c’est celle partagée par les milliers de personnes que j’ai vues réagir lors de leurs rencontres avec ses visiteurs royaux.

En tant que chef de la nation, le souverain agit comme un guide pour l’identité nationale, l’unité et la fierté; elle donne un sentiment de stabilité et de continuité. Ses liens étroits et son affection pour le Commonwealth nous rappellent son affiliation pour tous ses sujets, quelle que soit leur couleur ou leur croyance.

Je suis né en 1951, dans une petite chambre, dans le quartier le plus pauvre de Nottingham, élevé par ma mère célibataire blanche après le retour de mon père – un étudiant en droit nigérian – dans sa ville natale de Lagos.

Les toilettes etaient sur le palier, je beneficiais des repas gratuits dans mon école publique, mais ma mère m’a inculqué ces valeurs britanniques de confiance en soi et de travail et j’ai eu la chance de gagner une bourse au Fitzwilliam College, Université de Cambridge.

Quel choc ! Je me souviens avoir pensé, lors mon premier banquet aux chandelles dans une vénérable pièce lambrissée, où il y avait plus d’argenterie pour moi que dans tout notre tiroir à couverts à la maison. Aussi étrange que ce soit, je me suis toujours senti bien accueilli par mes camarades et mes professeurs.

Bien sûr, en grandissant, j’ai été confronté au racisme et aux préjugés. C’était l’époque post-Windrush lorsque les maisons d’hébergement fermaient leurs portes aux «Noirs et Irlandais».

Le père de ma première petite amie était consterné qu’elle sorte avec un noir et lui a interdit de me voir (bien qu’il ne m’ait jamais rencontré !) – une injonction que nous avons allègrement ignorée.

Au cours de ma vie, un long chemin à été parcouru, et cela résumé pour moi dans deux images de l’année dernière.

Prenons l’exemple de Patrick Hutchinson, un manifestant britannique de Black Lives Matter qui, lors d’affrontements avec des activistes blancs d’extrême droite, sauve un homme menacé d’etre lynché par une foule de jeunes noirs en colère avant de le remettre en toute sécurité à la police.

L’image de M. Hutchinson portant son agresseur potentiel demeure une démonstration spectaculaire de l’espoir d’un avenir meilleur dans lequel l’humanité gomme les divisions raciales.

Une autre image puissante vient de la commémoration par Sa Majesté du centenaire de la tombe du soldat inconnu à l’abbaye de Westminster.

En raison du confinement, la reine n’était accompagnée que de son écuyer.

La photo la montre debout, recueillie alors que le major Nana Kofi Twumasi-Ankrah, né au Ghana, s’agenouille pour déposer une gerbe au pied de la tombe. Le devoir et l’inclusion ainsi illustrés dans cet environnement sacré.

Nous avons fait des progrès depuis le jour où mon père est arrivé de Lagos. Mais je suis le premier à admettre que bien que l’évolution soit positive, nous avons encore un long chemin à parcourir. Et, comme Black Lives Matter nous l’a rappelé, nous devons passer un cap.

Nous devons apprendre à parler de racisme – réel et perçu. Par exemple, je crois que de nombreux chefs d’entreprise blancs au Royaume-Uni ne font rien pour faire avancer la cause de la diversité raciale au seul motif qu’ils ont peur d’en discuter et d’offenser quiconque par inadvertance.

Nous devons toujours nous focaliser sur le contexte et l’intention avant de juger. Nous ne devons pas avoir peur d’aborder les questions de race et de couleur de peau – même si nous commettons des erreurs – tant que notre objectif est honnête…

Au cours de ma carrière, j’ai appris à ne pas être offensé par des erreurs bien intentionnées où qu’elles se produisent…

Avant le confinement, Julia et moi étions en vacances et avons rencontré un type dans un bâtiment religieux. Il a semblé incrédule quand ma femme lui a dit que j’étais Lord-Lieutenant de Londres.

« Quel arrondissement » ? a-t-il demandé; sous-entendant qu’un noir ne pouvait détenir un grade élevé. Quand Julia a expliqué que mon rôle englobait tous les arrondissements, il a semblé gêné.

Plus tard, alors que nous partions, il s’est précipité pour s’excuser. Il semblait penser ses regrets nécessaires mais en fait cela ne me dérangeait pas du tout.

Son erreur était bienveillante. Il était gentil et courtois. Et je crois toujours que, dans l’ensemble, notre nation l’est aussi. Certes, nous nous inspirons de notre monarque – et en fait de toute la famille royale – qui reste un brillant exemple de probité, d’inclusivité et de décence.

Au cours de mes années de collaboration étroite avec eux, je n’ai jamais rencontré la moindre trace de racisme. En effet, dans tout ce qu’ils font, ils s’efforcent de réparer les failles, pas de les créer.

J’espère que lorsque nous nous remémorons ces événements, nous nous souviendrons de ce qu’il y a de merveilleux dans notre nation, reconnaissons la force de nos valeurs collectives, reconnaissons le chemin parcouru, puis donnerons un coup d’accélérateur pour le processus de célébration de notre talents.

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