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Je ne pense pas donc je… guadeloupéanise ?

Je guadeloupéanise. Tu martiniquises. Il guyanise. Nous antillons. Vous ultramarinez. Ils oublient de penser. Répété sa si zot nomm’ !

@montage97land

Je ne vais pas à l’école, donc je suis guadeloupéen : Faites, je vous prie que je n’y aille plus !

Enfant guadeloupéen, seras-tu comme Jules Vallès, L’Enfant, Le Bachelier, L’Insurgé ? Considéreras-tu qu’en Guadeloupe, l’école a une atmosphère de prison, de caserne ou de couvent, que la liberté physique de l’homme y est restreinte et que cette restriction est également présente sur le plan mental, que c’est un lieu obscur et malsain qui diminue la vitalité de ceux qui y pénètrent, faisant d’eux des malades et des êtres peureux et mesquins ? Que la liberté de penser y est également menacée ?

Proposeras-tu un programme radical, suppression du baccalauréat, des examens, liberté absolue de l’enfance dans ton club étudiant, comme Jules Vallès?

Notons au passage que l’écrivain anarchiste Vallès n’a pas été ministre de l’Instruction publique dans le gouvernement de la Commune, comme le prétendait, non sans malice, Edmond de Goncourt, mais il a fait partie de la Commission de l’enseignement.

La contribution de Vallès à une possible réforme de l’éducation se limita à cette tentative de programme. L’urgence était autre, il faut en convenir. « La grammaire étant le plus grand des préjugés, la plus sotte des conventions, la Commune de Paris décrète : Article unique. Liberté de l’orthographe ». (Le père de Jules Vallés, d’abord maître d’école, avait préparé l’agrégation de grammaire, admissible en 1845, il fut nommé professeur au collège royal de Nantes. Vallès aura eu des relations conflictuelles avec son père)

Vallés combattra toute sa vie l’enseignement, puis le gouvernement, qui est « le collège de l’adulte ». En prenant les armes dans la Commune, il ne fait que se lancer à l’assaut du lycée, « cette bastille à raser ». Il écrit pour célébrer l’avènement de la Commune : « Fils de désespéré, tu seras un homme libre ! »

Enfant guadeloupéen, fils de désespéré, te voilà désormais libre. Le matraquage éducatif que l’on t’a fait subir, le leitmotiv abrutissant de l’excellence scolaire, ont enfin disparu avec tes écoles covidées, cadenassées. Tu es fondateur d’une nouvelle histoire. Tu peux désormais raconter au monde comment tes pédagogues abjects de leurs mains ensanglantées, te tendaient une ardoise où tu devais déchiffrer ces lettres : FUCK FOUILLOLE ! FUCK SCHOELCHER !

J’utilise des permis de construire frauduleux pour édifier un temple hindou, donc je suis guadeloupéen.

Il y a fraude lorsque le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l’administration sur la réalité de son projet, sauf en Guadeloupe. L’incurie et la déliquescence des services communaux saintannais, sont à l’origine de tensions raciales, (comme si la Guadeloupe a besoin de ça).

Nous étions assez fiers de la tolérance en matière de liberté des cultes et des pratiques religieuses en Guadeloupe. Mais nous ne pouvions imaginer qu’une supercherie d’élevage de cabris, on zagalakatéléman, soit transformée par un coup de baguette magique en temple, sur l’autel de la complaisance et du favoritisme. Chat ka tété rat !

Aucun plan d’occupation des sols raisonné, une gestion erratique des permis de construire, et nous ne pouvons que nous plaindre d’une Guadeloupe à l’abandon, sur un plan urbanistique, que des cités entières se retrouvent avec des remontées de matières fécales, que l’ARS ne puisse que constater la dégradation continue des eaux de baignade à cause de systèmes d’évacuation des eaux usées non conformes, de stations d’épuration obsolètes, de tout à l’égout ne respectant pas les normes.

Je ne lis ni Césaire (ki pa janmè vin en Gwada), ni Victor Hugo, donc je suis guadeloupéen. En préféré voyé kout’ lang, on lo bel pawol initil.

Je tremble de plaisir quand on me rapporte qu’on a décapité des statues, donc je suis martiniquais. Nou ka fê lafèt èvê sé kolonyalis  la!

Je mange, donc je suis guadeloupéen… Sakré AGOULOU GRAN FAL !

Meghan CLARKE m’a fait pleurer avec cette méchante famille qui s’inquiétait de la couleur de sa progéniture (car bien sûr chez nous aucune grand grand-mère n’a jamais critiqué sa petite fille sortant avec un neg nwè kon chabon), mais pas les dizaines de petites footballeuses haïtiennes violées (une centaine selon nos sources), donc je suis caribéen. Il ne faut pas jeter le discrédit sur le football de la première nation noire.

Le Paris Saint-Germain m’a fait trembler et pleurer de joie, mais je n’ai pas versé une larme pour le Club Franciscain, (de toutes façons, l’accès au match était réservé à la Martinique, encore merci le Portail des Outre-mer) donc je suis guadeloupéen.

Nos liens interhumains sont essentiellement langagiers. Nous vivons actuellement en Guadeloupe dans une réalité brouillée par la monstruosité du langage, donc je suis Ary CHALUS.

Lors de la Commission départementale de coopération inter communale, la déréliction du langage, la volonté de surenchère du président du Conseil Régional, ont atterré les observateurs. On a cru voir un acteur politique qui se noyait dans l’océan de la violence. « En sé on mobilèt san frin apwezan ! Ils ont ouvert leur gueule ! Ni moun ké pwan kou tou bonman apwezan »

La parole politique, tend à devenir, comme le dit Herbert Marcuse, «  souvent puérile et clownesque ».

L’homme politique guadeloupéen ne serait-il que l’ombre de son propre langage disqualifié ?

La politique ne peut se passer du langage. Le paradoxe du langage se résume ainsi : sans le langage rien n’est possible, il n’y a pas de pensée politique. Mais en même temps, avec le langage, et par le langage, tout est possible, même le pire.

L’abâtardissement du langage est, comme le dit Vladimir Jankélévitch, la frénésie d’une conscience dédoublée, crucifiée.

Certains se positionneraient-ils en futurs crucifiés ?

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Théo LESCRUTATEUR

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