Société

JBL maître d’oeuvre : faut-il rire ou pleurer ?

Il y a des annonces qui font sourire et d’autres qui font atrocement rire ou souffrir. Madame Borel-Lincertin actuelle présidente du Conseil Général et ancienne présidente du Conseil Régional s’est déclarée candidate pour les prochaines élections régionales, afin de construire avec nous « le péyi Gwadloup » Vous avez bien entendu, construire le pays, ce qui semble être une nouveauté et un aveu, que pendant toutes ses années au pouvoir à la tête des deux assemblées majeures de la Guadeloupe, la construction du pays ne fut pas sa première préoccupation.

Construire le pays ? Mais comment croire au sérieux de cette annonce ? Ce pays n’existait-il pas auparavant ? Et ces mots péyi et gwadloup désignent-ils une réelle volonté politique d’affranchissement de la France, avec des lois faites par et pour des guadeloupéens ? Aucunement. Ce slogan mi français-mi créole résume l’eternelle ambivalence : plus de responsabilités dans un carcan national, les initiatives locales brimées par la logique hexagonale.

Nous ne mettons pas en doute la volonté de modernisation du département et de la région de JBL, mais quelle personne possédant toutes ses capacités d’analyse peut donner crédit à cette annonce ? Nous ne mettons pas non plus en cause l’âge de la candidate née en 1941 puisque dit-on, l’âge amène la sagesse. Mais est-ce vraiment sage de partir pour un nouveau combat alors que l’on a dépassé largement l’âge ou la société reconnaît qu’un individu doit pouvoir se reposer, ayant la satisfaction d’avoir travaillé suffisamment longtemps pour cela ?

La Guadeloupe connaît tellement de problèmes, qu’on pourrait la considérer comme une sorte de laboratoire ou tout ce qui ne va pas est réuni, et que tout le monde tourne autour du pot sans chercher une porte de sortie salutaire. Il faudrait un électro-choc fort pour bouleverser les choses et créer un climat de confiance capable de faire bouger les lignes.

En Guadeloupe, il y a trop de magouilles à tous les niveaux pour qu’on s’attarde sur des projets à l’emporte-pièce qui n’ont pour vocation que d’anesthésier et d’endormir la population. Les jeunes n’ont pas de travail et les personnes largement en âge de se reposer, persistent dans leur désir de ne jamais laisser la place aux autres. Et dire que des gens  sont sensibles aux discours de ceux et de celles qui ne reculent devant rien pour se maintenir au devant de la scène. Nous saluons ce vœu pieux de la présidente du département, que de vouloir enfin construire le pays, mais sans jeu de mot, il n’est pas certain qu’en cas d’élection, le pays se construira au-delà de ce que nous connaissons et subissons depuis de décennies.

Mais si la politique (comme ils disent) apporte plus de soucis que de satisfaction, pourquoi ne pas avoir le courage de passer la main ? Et si on faisait un sondage en demandant à la population si elle est satisfaite de ses élus, on serait probablement surpris du résultat, mais cela ne se fera pas car nous n’aimons pas entendre la vérité.

Alors, en attendant, persiste la logique du pourrissement et lorsque la ficelle sera suffisamment usée, elle finira par se rompre d’elle même. A ce moment-la, il nous restera nos yeux pour pleurer, et les prières pour tarir nos désillusions.

 

Luc Bernardini.

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