Société

Un ratage politique multiforme aux proportions inédites

Le Président de Région, Ary Chalus, a vu sa garde à vue levée, sans aucune charge retenue contre lui.

Il est encore trop tôt pour savoir le nombre de « filous isolés » qu’on comptabilisera dans la nouvelle opération Mains Propres en Guadeloupe.

Ainsi, en Guadeloupe, dans ce ratage multiforme aux proportions inédites qu’est devenu l’archipel, tout d’abord écologique, (ils osent parler d’une agence régionale de la biodiversité des îles de Guadeloupe, alors que le massacre de l’environnement se poursuit, – il n’y a qu’à regarder ce qui se passe dans la zone de Jarry- pourtant Sylvie Gustave dit Duflo peut frétiller d’aise, car elle a été élue à la présidence de cet outil), industriel, (catastrophe de l’unité sucrière de Marie-Galante), humain (exode massif des jeunes laissant la Guadeloupe exsangue), intellectuel (écoles à l’abandon), dans cette déréliction d’ordre quasi-spirituel, nous avions feint d’oublier que la corruption gangrénait l’archipel, que les systèmes de détournements de fonds mis en place comme dans celui de la Communauté du Sud-Basse-Terre sont édifiants – l’affaire des prévenus de la CA Grand Sud Caraïbe a été renvoyée au 27 septembre prochain en raison de la situation sanitaire liée au Covid 19 – ou dans l’affaire Molinié (condamné en appel le 16 avril 2019 à 2 ans de prison ferme et 10 ans d’inéligibilité, à 100 000 euros d’amende délictuelle et plus d’un million d’euros solidairement et/ou à titre personnel au profit de la commune de Terre de Haut).

Mario Chiesa était un homme politique italien, membre du Parti socialiste italien à Milan.
Le 17 février 1992, lorsqu’il était président du Pio Albergo Trivulzio, il fut pris sur le fait par la police alors qu’il empochait un pot de vin de sept millions de lires ( environ 3500 euros), de Luca Magni, propriétaire d’une petite entreprise. Il s’agissait de la première arrestation de l’opération Mains propres (Mani pulite), qui conduisit à l’arrestation de plusieurs hommes politiques ainsi qu’à l’effondrement de la Première république.

Luca Magni, fatigué de payer des pots de vin de 10 % de la valeur du marché public, avait contacté les carabiniers. L’affaire était connue. Antonio Di Pietro, le procureur adjoint de Milan, avait déjà réalisé des enquêtes sur le sujet et savait déjà beaucoup sur le compte de Mario Chiesa. Le problème, était que cet homme pris la main dans le sac était un proche de Bettino Craxi, leader du Parti socialiste italien ( PSI).

A l’annonce de cette arrestation, Bettino Craxi, secrétaire du Parti socialiste, définit Mario Chiesa comme un « filou isolé », car selon ses dires le parti socialiste était intègre.

Pour ne pas servir de bouc émissaire, Mario Chiesa se mit à parler. C’est tout un système qui s’effondre.
L’opinion publique s’émeut. Avec son slogan « Roma Ladrona », la ligue du Nord est parvenue à faire passer la Démocratie chrétienne sous la barre des 30 % pour la 1ère fois de son histoire.

Mais tandis qu’à Milan l’enquête avance, à Palerme, le juge anti mafia Giovanni Falcone, meurt dans un attentat sur la route de l’aéroport, par l’intermédiaire de cinq quintaux d’explosifs. Le juge Paolo Borsellino, le juge qui aurait dû prendre la place de Giovanni Falcone à la tête du pool anti mafia sera lui aussi assassiné.
Corruption, crise politique et violence plongeront l’Italie dans la plus grave crise de l’après-guerre.

L’année 1993 ne fut pas plus calme. Arrestations, suicides, inculpations pour corruption et collusion avec la mafia. La classe politique au plus mal, voit émerger une nouvelle force qui a compté pendant les 20 années suivantes, Forza Italia. Ce slogan est inspiré des supporters de foot. Silvio Berlusconi, fort de sa fortune, se fait élire sur sa capacité à gérer le pays comme il a géré ses entreprises. A 24 reprises, il sera traduit devant les tribunaux, en ne cessant d’insulter les magistrats.

Conclusion : la forme change, les pratiques demeurent.

Même avec le plus de bienveillance, le film d’horreur politique guadeloupéen aux épisodes terrifiants, parait avoir été écrit en pilotage automatique, avec des commandants de bord zombies et une conduite générale des affaires publiques affligeante.

Ils ont définitivement enterré toute possibilité de se surpasser.

Normalement, une femme ou un homme politique c‘est comme une figure christique, vers laquelle les forces convergent ou s’entrechoquent violemment.

Privés d’un idéal à préserver, nos héros politiques guadeloupéens n’ont littéralement aucun but, sinon détruire leurs adversaires dans l’arène électorale. Un néant imaginatif que des kilotonnes d’images de synthèse, concerts Kassav, applaudissements nourris lors du tour cycliste de la Guadeloupe, routes du rhum, ne suffisent pas à étouffer.

La lueur de désespoir qui illumine leurs regards, est capable de vous émouvoir. Et vous vous dites presque que ce ne sont pas eux qui ont été condamnés. Vous oubliez presque que les faits sont têtus. Le 28 janvier 2021, dans l’affaire des lampadaires du Lamentin, la Cour d’appel de Basse-Terre n’a pas contredit le jugement du tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre rendu le 26 avril 2018.

José Toribio a été condamné à 6 mois de prison avec sursis assortis de 20 000 euros d’amende pour sa responsabilité dans cette affaire des lampadaires solaires, avec interdiction d’exercer toute fonction publique pour 5 ans. De son lit d’hôpital, il avait presque fini par nous faire pleurer, « J’ai 16 000 enfants », en parlant de la population du Lamentin.

Le 30/04/2013, la Cour de Cassation devait confirmer la condamnation de Reinette Juliard pour prise illégale d’intérêt après l’embauche de son fils. Elle avait embauché ce dernier à la tête du service informatique de la Mairie du Lamentin. Elle avait été condamnée à une peine de trois mois de prison avec sursis, à 10 000 € d’amende et à deux ans de privation de ses droits civils, civiques et de famille « valant l’inéligibilité ». AU NOM DU FILS, tel pouvait être le titre de ce vaudeville politico-familial, et non AU NOM DE MON PAYS.

Le tribunal administratif par jugement du 6 mai 2021, a établi que Claudine Bajazet, maire de Sainte-Rose, n’avait pas respecté la réglementation en terme de comptes de campagne. Déclarée inéligible pour une période de 30 moi, elle a fait appel de cette décision.

Le politologue Georges Calixte, interviewé par Guadeloupe 1ère Télé, signalait que les déboires judiciaires ne devraient pas déstabiliser nos élus, pour ceux qui pourront continuer à briguer les suffrages de leurs concitoyens.
L’influence sur l’électorat devrait être limitée.

Ce personnel politique va crier haut et fort que l’exercice de la responsabilité politique n’est pas sans risques, et qu’ils ne peuvent pas tout contrôler, même s’ils apparaissent comme de grands benêts à qui on peut faire avaler n’importe quelle couleuvre. L’affaire Respire + est un cas d’école. On se demande s’il n’y a aucun conseiller pour crier au loup, si nos élus seront en permanence ridiculisés, moqués pour leur gestion approximative et naïve des dossiers, si leur complaisance à l’égard de leurs favoris sera illimitée.

En tout cas, ces conseillers ne s’habilleront jamais comme Dominic Cummings, qui soufflait à l’oreille de Boris Johnson qui l’avait introduit au cœur du pouvoir, et qui est dorénavant son ennemi juré. Le magazine masculin GQ avait décerné à cet adepte des bonnets de laine, T-shirts informes, et vestes polaires, le titre d’homme le plus mal habillé du monde.

En Guadeloupe et en Martinique, ces conseillers seraient bien avisés de proposer à leurs leaders de faire le ménage dans leurs rangs, et dans leur entourage.

Nous avions déjà évoqué Robert Colonna d’Istria dans la revue Atlantico du 29 juillet 2013, qui indiquait à quel point les voyous sont présents dans la société. « Si on oublie qu’ils ont du sang sur les mains, ou qu’ils sont d’efficaces artisans de la toxicomanie qui détruit la jeunesse… il faut admettre que certains sont des garçons cordiaux, amusants, charmeurs, bien élevés… »

On pourrait évoquer notre « frère » YoungChang qui se la joue en repenti sur Instagram, « c’est dur, frère, la détention, va à l’école c’est mieux. … Je sais qu’il faut que je paye.
J’ai le cœur lourd pour plein de choses, j’essaie d’être heureux, il y a des trucs que mon âme s’est cassée, si des fois je suis mauvais, c’est pas par hasard, S’il y a un mec qui a les couilles de te dire je peux te pardonner, c’est une leçon de vie pour moi ».

Pourtant Robert Colonna d’Istria traite bien des élus. Il poursuivait :
« Ce n’est pas tant la corruption de certains tenants du pouvoir qui signe une mafia, que la préparation des esprits. Quand un peuple admet ce phénomène. Quand il ne se révolte pas. … Quand plusieurs sont élus démocratiquement personnellement ou par épouse, fils, beau-frère ou cousins interposés, à la tête de municipalités, voire au conseil général ou à l’assemblée territoriale. Beaucoup qui se cachent à peine de leurs activités délictueuses, occupent des fonctions parfaitement officielles ».

Aux Antilles, devrons-nous faire appel alors à ceux qui sont considérés comme de vrais révolutionnaires ? On peut en douter. Les caudillos issus du peuple, et qui l’incarnaient, au Mexique, Francisco Villa, le rebelle de l’Etat du Chihuahua, et Emilano Zapata, l’archange indien de l’Etat du Morelos, avec son armée de paysans portant la machette, seront tous deux assassinés par ceux-là mêmes qu’ils ont aidés à s’emparer des terres.

Mais le mieux n’est-il pas de tout diriger depuis sa prison ?

Condamné en appel en février 2021 à cinq ans d’emprisonnement, dont trois ferme, pour viol et agression sexuelle en réunion sur une collaboratrice, l’ancien secrétaire d’Etat Georges TRON chargé de la fonction publique, a été frappé d’une peine de six ans d’inéligibilité. Mais, comme il s’est pourvu en cassation, ces condamnations demeurent suspensives. Et l’édile continue de gérer sa ville depuis sa cellule de la prison de la Santé (Le Monde du 11 mai 2021).

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Théo LESCRUTATEUR

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