Société

AMJ « La crise a révélé la fragilité de notre système de santé en Martinique »

Extraits de l’intervention d’Alfred MARIE-JEANNE lors de la 5ème Session de l’Assemblée de l’OECS en présence du Directeur Général de l’Organisation Mondiale de la Santé.

 

Permettez en premier lieu que je remercie l’OECS pour cette capacité donnée à la Martinique quel que soit notre statut, d’échanger librement et dignement avec des représentants d’organismes internationaux dont certaines décisions peuvent impacter notre territoire. Après l’Organisation Mondiale du Commerce vendredi dernier, c’est avec l’Organisation Mondiale de la Santé que nous sommes amenés à échanger ; cette fois-ci sur les perspectives de transformation basées sur les expériences de la Martinique dans la lutte contre le COVID…

Que faut-il retenir de la gestion de la crise en Martinique ? La crise a révélé la fragilité de notre système de santé en Martinique.

Au plus fort de la crise, nos hôpitaux ont dû se concentrer sur la prise en charge des patients atteints du COVID-19 ; tous les efforts étaient réorientés sur le traitement des maladies broncho pulmonaires. Les soins à apporter aux personnes atteintes de maladies cardiovasculaires, rénales ou du diabète ont été, il faut l’avouer, quelque peu « négligés ».

Cette fragilité de notre système de santé est la résultante de politiques menées depuis longtemps, celle de réduction du nombre de lits, de diminution des durées d’hospitalisation et de restriction des moyens des hôpitaux. La logique d’économies budgétaires est celle qui prévalait et qui prévaut encore ; et nous sommes arrivés à un point où l’hôpital n’est plus en mesure de répondre à sa mission, à savoir, prendre en charge le patient quel que soit sa maladie.

…Dans cette gestion, la Collectivité a dû par conséquent, suppléer en dons de masques et en achats d’équipements spécialisés. La crise a par ailleurs, accentué notre fragilité en termes d’approvisionnement en médicaments. Nous avons dû nous adresser à nos voisins de la Caraïbe qui heureusement ont répondu positivement ; et j’en profite pour remercier à nouveau, la Dominique et Sainte-Lucie qui nous ont « prêté » des médicaments à un moment crucial de tension d’approvisionnement.

Cette situation d’isolement n’avait pas été anticipée. Or, de par notre insularité, nos hôpitaux ont besoin d’être en capacité d’autonomie de gestion. Il faut donc réinvestir dans la santé !

Nous Collectivité Territoriale de Martinique, avons demandé que l’Etat révise sa politique en matière de santé notamment en incluant la Collectivité dans les processus de décision. Nous avons besoin de plus d’autonomie sanitaire. La crise a montré qu’il nous faut aussi être en capacité de recevoir des malades pour des soins spécialisés.

C’est ainsi que la Collectivité que je préside, a investi pour la Martinique et pour la Caraïbe, dans le domaine de la détection et du traitement du cancer,  en finançant la construction de l’Institut Caribéen de Médecine Nucléaire qui sera équipé d’un cyclotron et de tep scan, et en contribuant à la mise en place de la première Société Caribéenne d’Imagerie Nucléaire, le 18 mars dernier.

Pour consolider cette solidarité sanitaire caribéenne, nous devons valider des mécanismes de coopération encore plus fonctionnels, pour être en réelle capacité d’entraide.  Les systèmes d’assurance publiques et privées doivent se concerter pour faciliter la prise en charge de personnes devant se faire soigner en Martinique. A ce titre, la crise nous a permis de démystifier la coopération médicale avec Cuba ; ce ne fut pas chose aisée, mais la Martinique a pu bénéficier pour la première fois, de la présence d’une équipe médicale cubaine pendant trois mois…

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