ROGER RASPAIL ET LE TAMBOUR KA ‘l’Ambassadeur d’une Communauté’
Roger Raspail : LE TAMBOUR KA « l’Ambassadeur d’une Communauté »
Roger Raspail, originaire de la Guadeloupe, de la petite commune de Capesterre Belle Eau. Très tôt initié par les grands maitres du Ka Rodolph Copry ou Henri Moninel à son tour, on le surnomme le maitre du Ka, percussionniste et professeur de musique traditionnelle diplômé d’Etat. Il fait du tambour Ka, un instrument international. Il explore le travail avec des musiciens de tout les pays aussi bien Didier Malherbe ou Chico Freeman, que Papa Wemba, ou Pierre Akendengué. Il partage sa culture antillaise avec toutes les différentes cultures quand il joue du gnawa avec Hasnia el Bécharia, accompagne Eugène Mona ou Ralph Tamar. Qu’ils soient Indiens, Africains, Européens ou autres, il essaye de pratiquer toutes les musiques, afin d’échanger et aussi de pouvoir s’épanouir et vivre au quotidien en tant que musicien professionnel.
97L : On pense au Boulevard Raspail à Paris. Avez-vous effectué des recherches sur votre patronyme ?
Je n’ai rien à avoir avec le Boulevard Raspail si ce n‘est que mes parents portent le nom d’Esclavagistes. Dans cette histoire de déportation, ils ont perdu leurs vrai nom et leur identité Africaine.
97L : Le Ka se transmet de génération en génération. Vous êtes professeur diplômé d’état ; quels sont les masters class que vous enseignez ?
J’ai appris le Tambour, car à l’époque, tout se passait autour des Tambours et pour écouter de la musique, à cette période là, il fallait pouvoir le faire soit même. Les Tambours bien qu’ils fussent interdits, ont beaucoup servi aux grands rassemblements et surtout dans les grandes grèves des ouvriers agricoles. Nos arrières grands parents s’en sont également servis et de la musique qui va avec pour pouvoir se libérer. J’anime plusieurs Master Classe Percussions Gwo-ka et autres types de Tambour, dans le cadre des Festivals de Jazz, dans des conservatoires nationaux, et dans plusieurs école de musique, dans des pays comme la Tunisie, la Norvège, St Lucie et les Etats-Unis d’Amérique.
97L : La construction du tambour Ka, les différentes peaux, le nombre rythmes ?
D’après les anciens de ma commune et mes maitres, tel-que Rodolph Copry ou Henri Moninel. Les esclaves Antillais, Guadeloupéens, étant attachés et privés de liberté, ne pouvant pas faire ce que les gens d’Afrique faisaient c’est à dire aller dans la brousse, abattre un arbre puis creuser un tronc et en faire un Tambour, ils se servaient des tonneaux de viande salée et de vins qui arrivaient dans les bateaux Négriers et de la corde récupérée sur les mêmes bateaux, puis utilisaient la peau de chèvres où tout autre animal pour monter sur ce fût en forme de tonneau, afin de confectionner un tambour. La Peau la plus utilisée est celle du Cabrit.
97L : Vous montrez les différentes sonorités du tambour Gwo Ka qui s’harmonisent avec des jazzmen tels Alain Jean-Marie, Jacques coursil, Marion Canonge ?
Si vous voulez parler de sonorités, le son du Tambour peut-être associé à toutes les musiques et pratiquement tous les instruments, car le Tambour Ka est un instrument à part entière et s’adapte à tout.
97L : Votre rencontre avec la famille Diabaté d’Aubervilliers d’origine Malienne des griots ? Comment la magie opère entre l’instrument totémique le Djembé et tambour Ka ?
Comme j’aime bien le dire, le passé et l’histoire nous ont joués de mauvais tours, mais que nous avons pu transposer en positivité et en trésor. Avec les Diabaté, j’ai retrouvé ma famille Africaine, nous nous sommes retrouvés grâce à la musique et nous avons crée une nouvelle identité et une nouvelle base de l’Afro-Caraïbénisme .
97L : Vous êtes multi-instrumentiste : les congas, le Tambour Ka et percussionniste, quelles sont les variances de couleurs de tous ces instruments ?
Chaque instrument a sa propre personnalité, sa propre identité et sa couleur. Après, tout est une question d’approche et du travail.
97L : Comment voyez-vous l’évolution des cours du Ka avec les associations Afro-caribéennes parisiennes ?
Je pense, que pour l’évolution des cultures, il est utile de former,, de partager, et de transmettre, donc les cours de Gwo-ka sont et a juste titre est bienvenue dans le cycle apprentissage de la musique et très important pour le développement de notre identité culturel d’Afro Caraïbéen.
97L : Le Ka un instrumental international mais qui reste encore mal connu pour certains artistes des musiques universelles ?
Le Tambour Ka n’est pas Orphelin, il y a plein d’instruments méconnus. Je trouve que le travail qui a été fait autour du Ka, notamment avec ce grand chanteur Guadeloupéen je cite, Mr Guy Konket, qui par le passé a beaucoup œuvré pour que la musique et le Tambour Ka puissent être connus dans la France entière et laisser cet héritage pour que les jeunes musiciens puissent exporter cette musique à travers le monde.
97L : Quels conseils donneriez aux jeunes pour comprendre le Ka ?
Le seul conseil que je donnerais à des jeunes désirant pratiquer le Ka ou la musique d’une manière générale, c’est le travail et l’écoute de toutes les musiques.
97L : Roger, avez accompli tous vos rêves sinon que manque t-il à votre palmarès de rencontres et de concerts ?
Je tiens à signaler que, en matière de musique, d’art en général, on n’a jamais fini donc les rêves sont permanents et les projets inépuisables. Mais si à tout hasard, je devais citer un manque, dans mes nombreuses performances, ce serait de faire un concert pour le bon Dieu et le remercier de m’avoir donné cette chance, de pouvoir partager et échanger avec la terre entière.
Propos recueillis et photos par Wanda Nicot

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