Société

L’unique but de cette lettre est d’informer de ma situation actuelle

Salutation à tous,

D’aussi longtemps que je me souvienne, personne ne m’a jamais entendu pleurnicher ou me plaindre, peu importe les obstacles que j’ai pu affronter et ce n’est pas aujourd’hui que cela va commencer. L’unique but de cette lettre est d’informer de ma situation actuelle, mon nom étant cité dans les médias, m’obligeant à prendre la parole de manière publique.

Ici, je m’adresse à vous, sans rimes, sans métaphores, sans double-sens ou autres techniques d’écriture que j’ai pour habitude d’utiliser afin de m’exprimer.

Je suis Noel DAUFOUR, plus connu sous le nom d’artiste Oneel; Prévenu et incarcéré à la maison d’arrêt de Basse-Terre depuis le 21 janvier 2022, dans cette affaire aussi trouble qu’absurde dite « Des grands frères ».

A l’heure où vous me lisez, je suis sûrement en transit, sous bonne escorte, en destination d’une prison plus appropriée, en plein milieu de la france hexagonale sous la décision du Garde des Sceaux craignant d’une part, pour la sécurité de la maison d’arrêt, d’autre part, de l’influence que je pourrais avoir sur la population carcérale et pour finir, de la médiatisation de l’affaire pour laquelle je suis, jusqu’à preuve du contraire, présumé innocent.

Voilà donc les trois raisons ou prétextes évoqués justifiant mon transfert vers la métropole, bien loin des miens. Car oui, selon les autorités, les 2 prisons de notre département ne sont pas assez sécurisées pour un profil comme le mien; Ce qui m’amène à me poser la question suivante : qui suis-je ?

Dans la vie privée, je suis un père de famille de 4 merveilleux enfants, DAUFOUR Lorys 16 ans, DAUFOUR Damian 14 ans, DAUFOUR Sanaë 2 ans et DAUFOUR Slohann 8 mois.

J’ai bientôt 40 ans et vis maritalement avec ALBERI Melyca, une femme dont le courage n’égale que sa sensibilité.

Je suis le troisième d’une fratrie de 4 enfants chouchoutés par une mère aimante qui ne s’est jamais plainte de devoir assumer les deux rôles, dans ce scénario incertain qu’est la vie, tant sur notre éducation que sur l’aspect financier. C’est d’elle que je tiens cette personnalité aussi pacifique que combative, car tout n’est pas noir ou blanc, la vie est faite de nuances et de contradictions, mais j’y reviendrai quelques lignes plus tard.

Sur le plan professionnel, je suis comptable de métier en tant que salarié depuis plusieurs années, apprécié par mes collègues de travail, du moins je l’espère et fais tout pour.

Sur le plan social, j’ai de part ma petite notoriété d’artiste, beaucoup de connaissances que je croise au quotidien; je suis très sociable de manière générale. J’ai quelques amis sur qui je peux compter et tous connaissent mon dévouement pour les gens qui comptent pour moi et ma philosophie de vie.

J’aime à dire que je suis un caméléon, pour ma facilité à m’adapter à un milieu, une situation ou un interlocuteur tout en restant moi même.

Voilà qui je suis dans la vie de tous les jours; ni plus ni moins qu’un père qui a hâte de rentrer à la maison après le travail, afin d’être accueilli par les sourires débordants d’amour de ses enfants.

Mais souvenez vous, j’ai dit que tout n’était pas tout blanc ou tout noir, qu’il y avait parfois des nuances, et je ne peux pas vous dire qui je suis, sans vous expliquer cette nuance.

Elle commence un matin de 1992, ce jour où ma guerrière préférée fut touchée par l’ennemi, et je ne parle pas de l’homme qui tenait l’arme lui tirant dessus, mais plutôt de la misère dans laquelle il était plongé, le laissant croire que cet acte était la seule solution à ses problèmes.

La nuance est là, quand la misère à travers quelqu’un frappe à ta porte, toi qui menait une vie tranquille, se pensant loin de tout ça. La théorie d’Edward LORENZ sur l’effet papillon, arrivait donc jusqu’au papillon de Gisèle PINEAU.

Vous pensez que les problèmes des autres ne vous concernent pas, jusqu’au moment où ils vous éclaboussent.
Nous sommes tous concernés par les maux de la société dans laquelle nous évoluons, je l’ai compris à travers les cicatrices de ma mère.

Ces convictions, associées à de l’autodétermination et un peu d’amour propre, sont les ingrédients qui m’ont naturellement poussé sur le terrain glissant du militantisme, avec comme bagage supplémentaire, la connaissance de la réalité de la rue et ses travers, pour l’avoir fréquentée à un moment de ma vie où j’étais plus rebelle que militant. Encore une nuance qui, pendant un temps, a été agrémentée de rivalité futile, de fierté mal placée, la représentation aveuglée d’une couleur, d’un lieu, d’un nom.

Deux incarcérations plus tard, m’ont permis de comprendre que l’autre c’est nous, que nous c’est l’autre, que nous combattions finalement un miroir et que pendant ces années d’égarement, nos oeillères servaient les intérêts d’autres personnes.
Nous avons dès lors pris la décision de travailler ensemble pour un devenir meilleur.

Et nous voilà quelques années plus tard, avec la goutte d’eau de restrictions sanitaires et d’obligation vaccinale faisant déborder le vase de nos innombrables problématiques, à tenter de porter la voix de la jeunesse et montrer leur mécontentement à des sourds et des aveugles qui font office de responsables politiques guadeloupéens, à qui il ne reste de sens que le goût et le toucher.

Association de malfaiteurs ?!
Chefs de gang ?!
L’hôpital ne se foutrait-il pas de la charité ?!

Rappelez vous du miroir, peut être que ces appellations les renvoient à leur propre reflet ?!

Peu importe la machine judiciaire est lancée et nous avec.
Ils pensaient trouver des armes à mon domicile, ils ont mis sous scellé des livres, notamment obscure époque, de Kémi SEBA et une oeuvre d’un essayiste français sur le gaspillage et détournement de fonds publics.

Ne dit-on pas que le savoir est une arme ?

Leur méchanceté sans limite et leur envie de me casser, a conduit à la saisie de mon véhicule et celui de ma compagne pour lequel elle paie crédits et assurances; elle qui n’est pourtant pas inquiétée dans cette affaire, se retrouve avec 2 enfants en bas âge sans véhicule depuis près de 2 mois. Son seul crime serait d’être ma compagne.

Maintenant, on me parle de transfert, sans même prendre en compte mon droit au maintien des liens familiaux.

Quel est notre combat si ce n’est dans sa globalité, la dignité humaine ? Dignité pour laquelle des hommes et des femmes se battent encore au quotidien en 2022.

Ne dit-on pas que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ? J’ose espérer que l’éveil des consciences n’attendra pas l’aube d’une troisième guerre mondiale.

Basse-Terre,
Le 9 mars 2022
Noel « Oneel » Daufour

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