Société

L’autonomie peut-elle être le paratonnerre face aux revendications ultramarines ?

Des extraits d’un article de Marc Morvany, Auditeur en MSIE – Executive MBA en Management Stratégique et Intelligence Economique,  « L’autonomie des Antilles peut-elle être le paratonnerre face aux revendications ultramarines ? » paru le 1er mars dans l’EGE, Ecole de Guerre Economique.

Selon le ministre des Outre-mer, le gouvernement Macron, s’est dit prêt à parler de l’autonomie des Antilles… Par cette déclaration, le ministre a créé un espace de discussion décorrélé des questions pour lesquelles les grévistes attendent des réponses…

… Ces petits bouts de France des Outre-mer rencontrent depuis des dizaines d’années des difficultés économiques, sociales, sanitaires, environnementales, identitaires…

La vie chère est une réalité, où les produits alimentaires sont 42% plus onéreux qu’en métropole, la téléphonie 60 % plus chère. Les salariés de la fonction publique ont une prime spécifique de 40% pour compenser cette « vie chère ». La population sur place se débrouille avec des salaires moyens, relativement faibles par rapport à la moyenne nationale…

Le chômage touche 35 % des 15-29 ans  en Guadeloupe et 17% des actifs. Les propositions gouvernementales présentées comme des mesures fortes par le ministre S. Lecornu, sont essentiellement du saupoudrage avec la création d’emplois-jeunes…

… Ce que demande la population locale, ce sont des mesures reposant sur l’option de développement économique. L’option du ministère est de faire du transfert social en s’assurant d’une large couverture médiatique.

… Les jeunes qui sont principalement au centre de cette violence ont très peu d’ambition en ce qui concerne leur avenir. Le sentiment d’une partie de la population est de ne pas avoir d’issue, avec peu de modèles positifs qui sont incarnés. Il n’y aurait donc pour ceux-ci, aucun cheminement permettant d’endiguer la violence, les trafics multiples, ainsi qu’une importante circulation des armes ? Voici une thématique où il est nécessaire d’avoir « mieux d’état » et non de l’autonomie pour les natifs de l’Outre-mer…

Le taux d’homicide est de 8/100 000 habitants à la Guadeloupe, alors qu’il n’est que de 1,4 pour l’ensemble de la France. Ce qui positionne la Guadeloupe au niveau terrible de l’Erythrée ou du Nicaragua et devant le Pakistan. L’accueil des forces de l’ordre par les armes à feu est surprenant, voire choquant, mais reste l’environnement de beaucoup de familles qui attendent des réponses concrètes.

Les Antillais affichent une forte défiance vis-à-vis des vaccins contre la COVID 19. Mais d’où vient cette défiance ?

Premiers éléments d’explication : durant une vingtaine d’années, la population antillaise a été consciemment contaminée par un insecticide utilisé pour la culture de la banane : le chlordécone. Les ouvriers agricoles en premier lieu, tout comme l’ensemble de la population sont contaminés par l’utilisation illégale de ce produit. Cette réalité, qui s’avère aujourd’hui être un scandale sanitaire, a longtemps été négligée voir ignorée des autorités françaises.

Les personnes contaminées ont été contraintes de fournir la preuve de leur contamination, car la première posture de l’Etat français, à travers son Président Emmanuel Macron, a été de nier, ceci malgré les montagnes de preuves (études épidémiologiques, publications scientifiques…). Ce qui a amené ce dernier à un rétropédalage rapide devant l’évidence. Seulement, le ton était donné, et la faible considération des élites pour ces Français d’Outre-mer était imprimée dans les esprits…

Il en va de même pour l’eau potable, qui est l’un des problèmes sanitaires les plus emblématiques en Guadeloupe. Une eau parfois impropre à la consommation, sans responsabilité assumée, dans un système de distribution sans maintenance depuis 30 ans associé à de la mauvaise gestion. 61 % de la production d’eau potable est perdue à cause des fuites dans le réseau. 70 % des stations de traitement des eaux usées ne sont pas aux normes nationales. Des coupures d’eau pour les foyers, les hôtels, les entreprises de façon régulière alors que les consommateurs payent leur facture d’eau…

Concernant le volet environnemental, la posture « d’inaction » semble la plus appropriée. Une posture adoptée pour les sargasses, une algue toxique…, causant des désagréments aux populations et freine l’économie touristique. Ce sujet a longtemps été perçu comme un non-sujet par les autorités nationales, ainsi que pour le ministère responsable de l’environnement…

Il fallut attendre quasiment une dizaine d’années pour que les autorités françaises s’y intéressent réellement. « Une calamité dont nous n’avons pas pris toute la mesure », disait en 2018 N. Hulot alors ministre de la Transition écologique…

La population locale a vécu la démonstration par l’absurde inhérente à cette pandémie comme un dédain des autorités, avec une latence énorme dans la prise en compte des difficultés rencontrées par les départements ultramarins. Le choix par exemple de ne pas déclarer ce phénomène de catastrophe naturelle, a amplifié le sentiment que les territoires des Outre-mer ne font pas l’objet de la même appréciation et du même traitement que les territoires hexagonaux.

L’explication du ministre S. Lecornu à la suite des différentes interrogations portant sur sa sortie sur l’autonomie des ultra-marins aurait pour origine des échanges où « ses interlocuteurs exprimaient en creux » le souhait qu’ils puissent proposer et qu’ils puissent être capable d’adapter des décisions prises depuis Paris à un contexte local particulier. Ce qui revient à dire en résumé, que les Outre-mer sont assez bien placées pour appliquer par eux même certaines décisions en connaissant le contexte existant. Pourquoi ?

Les agences et organes de décision (INSERM, INRA, ANSM, Sécurité sociale, Pôle Emploi, DRAEL…) ont à leur tête des professionnels venant de la métropole pour une mission de 5 ans, alors que des ultramarins ayant suivi les mêmes formations n’occupent jamais ces responsabilités. Une vague impression d’être dans une relation de subordination perpétuelle.
Pour ces personnes en mission, la priorité reste une application simple et absolue des directives parisiennes. L’interculturalité ne rentrant pas ou peu en ligne de compte dans la matrice d’analyse ultramarine. D’où la conclusion hâtive et erronée d’un souhait d’autonomie refusé à 79 %  il y a une douzaine d’années.

Finalement, l’approche ministérielle a payé. Sa stratégie, qui a été de mobiliser l’attention médiatique sur un autre sujet durant quelques jours, a fonctionné. La grève qui s’est poursuivie, n’est plus été un sujet médiatique. Cependant les mêmes revendications et les mêmes difficultés subsistent…

Le paratonnerre « autonomie des Antilles » qui a été déployé a permis de stopper l’amplitude médiatique qui se mobilisait, en mettant en avant d’autres sujets d’actualité, afin de garder le statu quo et favoriser l’enlisement.


A lire dans son intégralité : https://www.ege.fr/infoguerre/lautonomie-des-antilles-peut-elle-etre-le-paratonnerre-face-aux-revendications-ultramarines

 

 

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