Société

La courbe de Kuznets, nouvel attrape-nigauds guadeloupéen

Depuis des lustres, la mauvaise gouvernance s’accompagne du déni écologique en Guadeloupe.

Réduire ses déchets en Guadeloupe, avoir un assainissement collectif, une gestion des eaux usées, une eau de qualité qu’on pourrait boire, un système de transports efficient pour aider les plus pauvres, les jeunes, les personnes âgées, et les travailleurs : est-ce une urgence citoyenne ou une sinistre gabegie étatique et régionale ?

Il y avait eu les ventes pyramidales, forme d’escroquerie dans laquelle le profit ne provient pas d’une activité de vente comme annoncé, mais surtout du recrutement de nouveaux membres. Le terme pyramidale identifie le fait que seuls les initiateurs du système (au sommet) profitent en spoliant les membres de base.

Début août 2017, Donald Trump avait demandé au Service de conservation des Ressources naturelles américain, de bannir tout un ensemble de termes du vocabulaire de son personnel. Le journal The Guardian expliquait que des mots comme « réchauffement climatique », « gaz à effet de serre », devraient être remplacés par « phénomène climatologique extrême », et «  émanation de matière organique provenant du sol ». 

Cela ne vous fait pas penser aux drôles de mots qu’emploient dorénavant nos décideurs régionaux : économie verte, bleue pour mers polluées, champs de bananes chlordéconés, saccage des littoraux ?

Une catastrophe environnementale est le résultat d’un évènement dû à l’activité humaine qui porte atteinte à l’intégrité de tout ou partie d’un ou plusieurs écosystèmes. Ainsi, dans les Caraïbes, l’exploitation de ce qu’il reste du capital naturel haïtien, rare moyen de survie pour la population,  détruit, ce faisant, ce qui demeure de la qualité de vie de l’habitant d’Haïti. Pourtant, dans Ecologie et inégalités, Eloi Laurent (revue de l’OFCE 2009) signale que pour certains, ce type de boucle négative est censé être brisé par le processus de développement économique. 

Sans aller jusqu’au cas extrême d’Haïti, il est vrai que pour nos élus, polluer encore plus en Guadeloupe, est selon eux profitable pour l’archipel.

Ils appliquent sans le savoir la courbe de Kuznets environnementale.

L’idée élémentaire de la courbe de Kuznets environnementale, est de postuler un lien mécanique entre poursuite du développement économique (accroissement des niveaux de vie), et réduction des dégradations environnementales : les dégradations environnementales augmenteraient avec l’élévation du revenu par habitant avant d’atteindre un pic, puis de se réduire. Comme l’a montré graphiquement Criqui (2007) reprenant des données de la Banque mondiale, ce raisonnement ne vaut en réalité que pour certaines mesures de pollution (comme par exemple la concentration moyenne de particules dans les villes), mais est invalidée s’agissant  du volume des déchets et des émissions de gaz à effet de serre, qui au contraire, augmente avec le développement.

Que pourront alors répondre nos élus guadeloupéens, quand est démontré le lien préoccupant entre dégradation de la biodiversité, sous-développement humain et mauvaise gouvernance ? Appliqueront-ils la loi d’Olson ?

La loi d’Olson

Selon Olson (1965), dans l’optique de l’action collective, c’est un petit groupe d’individus  riches, convaincus qu’ils seront ceux qui en tireront les plus grands bénéfices, qui sera prêt à assumer le coût élevé des politiques environnementales.

La motivation du passage de l’action individuelle  à une action collective efficace est ici la conviction parmi ces individus de payer pour une préservation de l’environnement ambitieuse parce qu’ils en seront les premiers bénéficiaires. 

Cette approche a été contestée théoriquement et empiriquement.

Théoriquement, Baland et Platteau (1997) expliquent à la fois qu’il n’est pas acquis que des individus plus riches consacrent davantage de leurs ressources pour le financement du bien public environnement, et que même dans la situation où les riches contribueraient davantage que les pauvres, un plus fort degré d’inégalités ne conduit pas nécessairement à un financement plus élevé de la protection de l’environnement.

Magnani (2000), a contesté pour sa part empiriquement cette application du modèle d’Olson en démontrant l’existence d’une relation négative entre niveau des inégalités de revenus et dépenses publiques en faveur de l’environnement.

Nous ne pensons pas que les décideurs et industriels guadeloupéens aient une quelconque propension à investir dans la qualité environnementale. Nous avons le contre-exemple Séguineau, pour la Martinique, éclairant.  

Nous avons le contre-exemple de Jarry, terrifiant. La mangrove guadeloupéenne a été abandonnée aux capitalistes locaux. A été transformée en zone de mort une ancienne zone de vie extraordinaire. 

Tous les indicateurs convergent sur le fait que la biodiversité s’effondre sur l’archipel guadeloupéen, et que le phénomène s’est accéléré au cours de la période récente. L’exemple de la dégradation des coraux est accablant. 

Pourtant le credo des exécutifs locaux est la maîtrise par les élus du littoral, antienne mille fois répétée par le président Chalus ! 

Ont-ils l’indicateur Living Planet Index qui suit l’abondance des mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens, et qui a enregistré une baisse des populations mondiales de 68 % entre 1970 et 2016 ? Sur un total de 96 500 espèces inscrites sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature, 27 % sont menacées d’extinction, représentant 40 % des amphibiens et des oiseaux. En ce qui concerne les insectes, la biomasse s’effondre et plus de 40 % des espèces sont menacées au niveau mondial. Les forêts naturelles ont diminué de 6,5 millions d’hectares par an entre 2010 et 2015, ce qui représente une superficie plus grande que le Royaume-Uni. Les zones humides et naturelles ont diminué de 35 % entre 1970 et 2015.

« Je sens venir une série de catastrophes organisées par nos soins diligents quoique inconscients. Si elles sont assez grandes pour réveiller le monde, pas assez pour tout écraser, je les dirai pédagogiques, seules capables de surmonter notre inertie et l’invincible propension à taxer de psychose d’apocalypse toute espèce de dénonciation d’un facteur de danger bien avéré, mais qui rapporte », indiquait Denis de Rougemont, en 1977.

L’apocalypse Jarry rapporte (jusqu’au prochain tsunami), la folie de l’agrandissement de l’aéroport Pole Caraïbes rapporte, (jusqu’aux morts par centaines dans les prochaines décennies). Les aéroports sont les premières sources de pollution respiratoire. Habiter près d’un aéroport est une vie de bruit et de pollution. Prendre en compte les récentes données scientifiques exigerait de prendre les mesures suivantes.

  •  Arrêt du développement des infrastructures aériennes
  • Plafonds en termes de mouvements

Le gouvernement vient d’abandonner le projet d’extension de l’aéroport parisien de Roissy-Charles de Gaulle jugé obsolète.

Avez-vous entendu un seul politique guadeloupéen, un seul syndicaliste, s’élever contre ce non-sens écologique, économique, (puisque d’autres pandémies surviendront), et cette atteinte fondamentale à notre santé ?

La folie des paquebots de croisière rapportait (jusqu’à la mort rampante dans ces mêmes paquebots).

La fausse dénonciation des embouteillages, du réseau routier saturé, par les politiques, ne fait plus rire personne, aux Antilles.

Ford a bâti son empire sur une imposture fondamentale, nous dit Rougemont, celle qui consiste à faire croire à ce mythe extravagant du bonheur de l’humanité par la possession d’automobile.

Nos politiques guadeloupéens reprennent à leur compte cette imposture fondamentale. Quand ils ne cessent d’étendre les zones commerciales, (Dothémare, Jarry), quand ils excluent de fait les populations laborieuses des services publics (Essayez d’aller à Dothémare déposer au service idoine, vos attestations récapitulatives pour vos droits à la retraite, si vous êtes dépourvu de véhicule. Toutes ces zones sont des insultes au bien-vivre guadeloupéen).

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Théo LESCRUTATEUR

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