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Guadeloupe, miroir d’outre-tombe

On ne peut s’empêcher de penser au vers de Virgile dans l’Enéide : «  Arrête ! C’est ici l’empire de la mort ».

Les institutions de la Guadeloupe, sont selon la nouvelle phraséologie de la Chambre régionale des comptes, « sans valeur ajoutée ». Dans son rapport définitif sur la CANBT, la CRC estime que dans sa forme actuelle, la communauté du Nord Basse-Terre a déjà rendu l’âme.

Les rapports d’outre-tombe pleuvent. 

Le rapport sur la gestion de la Communauté d’agglomération du Nord Basse-Terre, entre 2013 et 2019, est accablant pour les deux présidents successifs Guy LOSBAR, – février 2011 à avril 2014 – et Jocelyn SAPOTILLE, – avril 2014 à juillet 2020 -. La plupart des compétences ne sont pas exercées, des projets d’utilité secondaire ont été jetés aux oubliettes  comme l’achat des carrières de Sainte-Rose, acquises en 2012 pour 2,8 millions d’euros, ou encore « les chemins des saveurs du Nord Basse-Terre », (comme ça fleure bon le café, la vanille), également abandonnés après des dépenses faramineuses.

Quant au siège de la Communauté (ah, toujours les fameux sièges des institutions guadeloupéennes), celui-ci  demeure peu occupé et a nécessité de coûteux travaux d’aménagement, relève la Chambre.

Au fait, pour ceux à qui ça aurait échappé, Guy LOSBAR se présente comme tête de liste aux prochaines élections départementales.

Passons au SIAEGAG. Le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes établit un déficit pour le SIAEGAG de 17 millions d’euros, « au mimimum »…

Au minimum, car la Chambre dans une prose apocalyptique, avoue qu’elle ne peut établir que ce qui lui est transmis. 

Un exemple, s’agissant des restes à réaliser comptabilisés en produits d’exploitation. « Considérant que le SIAEGAG a voté 10 066 644,58 € de restes à réaliser en recettes d’exploitation ; que l’ordonnateur n’a pas produit les documents permettant de justifier ce montant ; que les pièces justificatives reçues sont relatives aux restes à réaliser du compte administratif de 2018 et non aux présents restes à réaliser votés ; que ce montant ne peut donc être retenu par la chambre ».

La Chambre régionale des comptes n’a pu vérifier le résultat prévisionnel de chaque budget principal et budget annexe du SIAEGAG pour 2020, pourtant votés par le conseil syndical !

Examinons cette fois-ci le rapport de la Chambre régionale des Comptes  sur la gestion du concert de Kassav de décembre 2019, dans le cadre de la manifestation Jarry en fête. Des retraits en espèces et des virements du compte bancaire de l’association « Sign Alizé » vers les comptes bancaires  de son président, de son secrétaire et du directeur des opérations spéciales de Cap Excellence sans justificatifs, sont mis en évidence.

L’association qui a déclaré un bénéfice de 45 000 euros devrait voir son bénéfice estimé à 140 000 euros, selon la CRC.  

Et pour la communauté du Sud Basse-Terre ?  La chambre avait demandé de baisser fortement les charges : train de vie des élus, suppression des 40 %, arrêt des recrutements.

Conclusion de la chambre : Les mesures décidées sont insignifiantes, aucun budget primitif n’a été voté en équilibre. Le budget de l’eau, à lui seul, présente un déficit de 30 millions.

L’introspection fait-elle partie de l’ossature des assemblées politiques guadeloupéennes ? Comment peuvent-elles persuader le peuple qu’elles sont irréprochables ? Jamais responsables, jamais coupables.

Nos politiques présumés innocents, sont tous en garde à vue, tous passent de longues heures à être auditionnés par les juges, président du conseil régional, présidente du conseil départemental, maire des Abymes.

La perte du sens de la réalité, se traduit par de fausses convictions (politiques) irrationnelles, auxquelles le malade  adhère de façon inébranlable, pour justifier la débâcle de sa gouvernance. 

Sur fond de recomposition clanique, l’île retourne à la case départ, dans un contexte de crise sanitaire et de misère sociale. 

La complexité du phénomène antisocial, la pulsion de violence, l’obésité, sont les nouveaux visages d’une misère multiforme en Guadeloupe. 

Les pouvoirs publics s’investissent dans des festivités culturelles et gastronomiques, alors que beaucoup d’écoles et de collèges ne prévoient même pas de cantines dans leurs enceintes scolaires. L’explosion de la nourriture industrielle et la consommation de sodas, et d’autres causes psycho-sociales sur lesquelles le format de notre article ne nous permet pas de nous étendre, ont transformé les jeunes guadeloupéens en boules de graisse. 

Aucune des listes ne présente de plan contre l’obésité chez nos jeunes. Or, il n’y a de plus grand défi auquel  la Guadeloupe sera confrontée.  

Nos estomacs, nos intestins, nos routes, nos aéroports d’avant covid – bientôt 2 millions de touristes nous lanceront avec un clin d’œil malicieux, les mêmes responsables de l’archipel post-pandémie – sont saturés. Ce sont tous nos réservoirs qui sont remplis à bas bord, nos SUV, nos paquebots de croisière pris d’assaut frénétiquement.

Mais comment peut-il en être autrement quand la gestion des deniers de la Guadeloupe est une délinquance travestie ?  « Sign Alizé », « Respire + »  en portent les stigmates. 

On puisera aux sources d’une lointaine épopée révolutionnaire, dont certains se croient les uniques dépositaires, des conduites stéréotypées, (bras levé vers le ciel, chants patriotiques), mais les chômeurs seront exclus des postes réservés à la famille, aux amis, aux obédiences de toutes sortes.

La rhétorique patriotique et syndicale  dégénère en despotisme, (les confrontations d’idées ne sont plus permises),  des agricultrices se revendiquant filles du peuple coopèrent avec l’extrême-droite, les cadres guadeloupéens sont honnis et pourchassés par les base syndicales. 

La Guadeloupe est-elle un miroir d’outre-tombe ?

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Théo LESCRUTATEUR

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