Société

TRIBUNE : Comment va le système de soins en Guadeloupe ?

On trouve régulièrement, notamment sur les médias sociaux, des informations inquiétantes sur le système de santé de notre territoire. Il est vrai qu’il existe de véritables difficultés structurelles comme, par exemple, un manque important de médecins en ville mais aussi dans nos hôpitaux, ou encore des locaux qui ont besoin de remise à niveau et de grandes difficultés financières de nos établissements.

Malgré cela, la qualité et la sécurité des soins sont des priorités auxquelles les professionnels de santé sont très attachés et tout est mis en œuvre pour assurer un bon niveau de prise en charge de nos patients.

Le système de santé français a globalement ce type de difficultés un peu partout, mais en Guadeloupe, les suites de l’incendie du CHU, notre éloignement de la métropole et notre nature archipélagique exacerbent les difficultés.

Ce qui est faux, c’est que les patients sont en danger car en dépit des manques, les professionnels de santé ont une très grande conscience professionnelle. Ils savent aiguiller les patients en fonction de leurs besoins et n’hésitent pas à faire appel aux autres territoires français lorsque c’est nécessaire.

Ce qui est grave, ce sont les patients, qui n’ayant plus confiance dans leur système de santé,
retardent leur prise en charge en n’allant pas consulter ou en ne se rendant pas aux urgences.

Notre population doit retrouver confiance dans son système de santé pour aller de l’avant.

Pour cela, les professionnels de santé mettent tout en œuvre. La qualité et la sécurité des soins est leur préoccupation quotidienne en dépit des conditions d’exercice qui ne sont pas toujours simples. L’Agence de santé de Guadeloupe, St-Martin et St-Barthélémy (ARS) y est très attentive. Il faut, en effet, donner envie aux jeunes médecins de s’installer en Guadeloupe, mettre en place une gestion efficace de nos établissements pour qu’ils puissent investir et innover et enfin réorganiser les filières de prise en charge pour mieux orienter nos patients. Un plan d’actions 2018-2022, à travers le projet régional de santé (PRS) et la transformation « Ma santé 2022 » est en cours de déploiement.

Le GHT représente la mise en place d’un maillage territorial entre tous les établissements publics de santé, auxquels les établissements privés peuvent s’associer, afin de proposer des parcours de soins lisibles et pré-établis aux patients… Il est aussi prévu que le GHT soit fortement lié avec les professionnels de ville et les établissements médico-sociaux pour apporter une réponse de bout en bout aux patients. Il ne faut plus que les soins soient un parcours difficile.

Le but premier du GHT est son projet médical

Le but premier du GHT est donc son projet médical partagé entre les professionnels de
santé. Il sera aussi le moyen de mettre en place des collaborations pour permettre de diminuer le prix des achats en produits et équipements de santé, pour permettre de lier les systèmes d’information entre eux et faciliter ainsi l’accèsaux dossiers des patients.

Contrairement à ce qui est dit parfois, le but premier du GHT n’est pas de faire des économies, d’autant qu’il faut faire des investissements au départ, mais bien de mieux prendre en charge les patients tout en évitant de gaspiller les énergies et les moyens.

Les hôpitaux de Guadeloupe dans leur quasi-totalité ont des difficultés financières significatives. Beaucoup le sont, partout en France, mais certains arrivent à retrouver un équilibre et surtout une capacité d’investissement. Alors pourquoi pas nous en Guadeloupe ?

Nos établissements guadeloupéens ont, il est vrai, des charges fixes supérieures aux établissements métropolitains en raison du surcoût de transport des produits et équipements de santé, en raison des indexations de salaire, en raison des coûts d’entretien et de la fréquence de maintenance nécessaire.

Ces raisons sont bien connues et peuvent être chiffrées. Les compensations à tout cela existent et pourront être réévaluées. En revanche, il est clair aussi que les établissements de nos territoires doivent remettre en place des fondamentaux de gestion comme le contrôle interne, les modalités de recrutement, le suivi des absences, le temps de travail règlementaire, les processus achats, etc qui sont essentiels à la bonne santé de nos établissements. Le niveau national est arrivé en limite de l’aide financière qu’il peut apporter à nos hôpitaux. C’est environ 300 M€ qui ont été injectés ces trois dernières années pour compenser les déficits et la crise du CHU ! Cette somme colossale aurait été beaucoup’plus utile à de l’investissement en équipements, en recherche et en innovations. Nous ne pouvons pas envisager l’entrée dans le nouveau CHU, pour lequel l’Etat investit 580M€, avec de telles difficultés de gestion. Nous devons collectivement nous mobiliser pour rendre nos hôpitaux plus performants.

Les gens ne meurent pas aux urgences du fait d’absence de soins.

La Guadeloupe n’échappe pas à l’engorgement des urgences dans toute la France. C’est vrai, les temps d’attente sont longs mais c’est partout pareil. 5 heures d’attente c’est la moyenne. Ceci n’est pas une raison pour ne pas tenter d’améliorer la situation. Il est important de corriger avant tout les informations véhiculées par les réseaux sociaux : les gens ne meurent pas aux urgences du fait d’absence de soins. L’ordre de prise en charge se fait bien en fonction de
l’urgence médicale. Ceux qui attendent le plus sont les moins graves.

Bien sur lorsque l’on attend, c’est angoissant, et le temps parait long mais les professionnels de santé sont dévoués et attentifs au niveau d’urgence réel… Un travail est en cours aussi pour améliorer l’organisation des urgences territoriales en orientant les patients en fonction des compétences de chaque établissement, en évitant certains passages aux urgences par des entrées directes dans les services hospitaliers, en mettant en place des consultations d’urgence de gériatrie par exemple. Au CHU, les locaux ne sont pas adaptés structurellement en raison de l’incendie mais les urgences devraient retrouver leurs locaux initiaux dans les prochains mois.

La mise en place d’une zone d’accueil dédiée aux pompiers est en cours afin de réduire leur temps d’attente et une maison médicale de garde au sein même du CHU pourrait être envisagée.
La santé mentale est un domaine dans lequel notre système de santé doit investir. C’est clairement la volonté de notre ministre des solidarités et de la santé. En Guadeloupe, l’objectif 2019 est de travailler avec tous les acteurs concernés sur le projet territorial de santé mentale.

La constitution de l’établissement public de santé mentale (EPSM) a déjà représenté en 2018 une première étape indispensable à la cohérence de la prise en charge entre la Basse-Terre et la Grande Terre. L’écart structurel et organisationnel entre les deux établissements, constaté en novembre 2018 par les experts visiteurs de la Haute Autorité de Santé, empêchait
la mise en œuvre d’une stratégie de territoire avec un traitement égal des patients. En termes d’investissements, le coût de l’opération de remise à niveau des deux établissements, mais plus particulièrement de la partie CHU, s’élève à 19,3M€ dont 16,8M€ d’investissements
et de travaux. L’ARS a déjà attribué plus de 2M€ d’aides en 2018.

Les conditions de transfert des deux établissements vers l’EPSM font l’objet d’un protocole  dont la mise en œuvre est suivie par un comité dédié. S’il n’est pas question de léser les agents transférés, autant que les moyens règlementaires le permettent, il serait préjudiciable à l’EPSM et à la santé mentale de notre territoire dans son ensemble de reconduire certaines dispositions hors cadre légal en cours au CHU…

Nous avons tout intérêt à remettre notre système de santé sur les bons rails pour l’avenir de nos enfants.

 

par Valérie DENUX
directrice générale de l’ARS Guadeloupe,
Saint-Martin, Saint-Barthélémy

Gérard COTELLON
directeur général du CHU
de la Guadeloupe

Christine WILHELM
directrice du Centre Hospitalier de la
Basse-Terre

Xavier BOUCHAUT
directeur de l’Etablissement Public de
Santé Mentale de la Guadeloupe

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