Culture

Rencontre avec Bruno Henry comédien, metteur en scène

Le cinéma français est en plein renouvellement. Toute une génération venue d’horizons très différents est en train de s’imposer. Un acteur hors du commun se démarque : Bruno Henry né à Bordeaux, d’origine Afro-Antillaise d’un père militaire et d’une mère fonctionnaire.

Mannequin, danseur et chorégraphe exceptionnel, il a choisi d’être comédien. Pas de frontières entre le théâtre Amédée, Antigone, Pygmalion. Depuis des années, il travaille avec passion, ses différents personnages. Entre les séries, la télévision, il enchaine les Téléfilms tels que Une Histoire à Ma Fille, Un Gars Une Fille avec Jean Dujardin, Enquêtes Réservées, Les Jurés…

Au cinéma, Livraisons A Domicile avec Bruno Solo et Barbara Schulz, 8th Wonderland, Dernier Etage Gauche Gauche de Angelo Cianci avec Hyppolite Girardeau, Félag (Prix de La critique Internationale à Berlin) et dernièrement Midnight Globe de Jonathan Musset, W.A.K.A de Françoise Ellong, l’Engagement 1.0 de Stéphane Guénin Etre de Fara Sene…

Son talent est large puisqu’il est également la voix Française d’acteurs Noirs américains tels que Tyreese Gibson, Déreck Luke, Djimon Ounsou, Glenn Plummer, Terrence Howard, Jimmy Jean Louis. Bruno est talentueux, une carrière toute tracée, mais c’est sans compter sur la moralité du personnage et sa viscérale fidélité humaine où à Londres il recevra un AWARD for ’’Best Supporting actor of the year” fin juillet 2018.

97 L : D’où vient cette passion du théâtre et du cinéma ? Comment définissez-vous cette différence entre l’acteur et le comédien du cinéma à la scène ?

A la base j’étais chorégraphe pour des émissions de télé, défilés dansés, clips etc… Une amie danseuse à l’époque prenait des cours de théâtre chez Dominique Viriot. Celui-ci lui avait demandé que je la mette en scène pour un examen d’école ce que j’ai fait. Ça a fait un carton et Dominique m’a demandé : Tu t’inscris quand à l’école ? J’ai répondu demain. Et me voilà parti pour trois ans de formation. J’ai remplacé le geste à la parole et je pense aussi que les gestes sont des paroles silencieuses.

Au théâtre tu répètes intensément avec le metteur en scène et tes camarades de jeux pendant un mois voir plus avant la première. Ensuite c’est du one shot devant un public qui change tous les soirs.

Au cinéma tu apprends ton texte seul et ensuite tu retrouves l’équipe du film le jour du tournage, tu fais des italiennes, après il y a beaucoup d’attente entre l’installation lumière, la mise en place, le maquillage, l’habillage. Tu fais énormément de prises jusqu’a ce que le réalisateur obtienne ce qu’il désire. On peut dire que c’est un métier de patience. Etre comédien au théâtre et au cinéma est identique pour moi. Après se sont les techniques qui varient. Mais l’artiste doit rester authentique et vrai quelque soit le rôle à défendre.

97L : Vous avez joué dans  ‘’VAURIEN’’ de Mehdi Senoussi, co-auteur, un polar atypique, en huit clos, reflet de la société. Qu’est ce qui vous fascine dans ce rôle ?

Ce qui me fascine c’est la dimension humaine. Qu’on puisse trouver dans du dramatique quotidien quelque chose de beau. Voilà ce qu’a réussi à faire Mehdi à travers son film. Finalement je trouve que les gens trouvent plus de solidarité entre eux dans une situation chaotique que dans la vraie vie de tous les jours.

97L : Depuis plus de 20 ans, vous êtes la voix française d’acteurs noirs américains. Quelle est la plus grande difficulté pour s’approprier la personnalité de chaque acteur ?

Pas mal de D.A (directeurs artistiques sur les plateaux de doublages) me disent Bruno regarde l’œil du personnage que tu vas doubler. Capte ses émotions et ensuite approprie les toi pour faire en sorte que le personnage et toi fassiez un. On est bien sûr casté au grain de voix (tessiture). La difficulté est que ça ne fasse pas doublage justement et les D.A sont là justement pour pallier à ça.

97L : Vous avez tourné avec plusieurs réalisateurs de différentes origines. Comment pouvez vous les démarquer dans leur griffe visuelle et leur univers sophistiqué ?

Ce n’est pas une question d’origine mais de ce que tu as à raconter et comment tu le racontes. Ce sont des sensibilités qui fusionnent. Un réalisateur ou une réalisatrice va te choisir car elle ou il sait que tu es la personne exacte qu’il faut pour un des personnages de son film. Tu es souvent repéré à travers un film vu dans un festival, au cinéma, ou à la télé. Certains te découvrent en casting ou à travers une bande démo. Ou simplement dans un échange verbal qui des fois n’a rien avoir avec le cinéma. Ils découvrent ta personnalité et voilà. Mon mentor Michel Galabru me disait souvent que les plus grands acteurs sont les plus grands menteurs. C’est pour ça que nos politiques prennent pas mal de cours (rires).

97L : Pour l’ensemble de votre carrière, vous recevez en Juillet 2018 à Londres un Award for « Best Supporting actor of the year’. Vos impressions ?

Je suis touché, content et me demande pourquoi moi ? Je n’ai encore rien fait. Ce n’est que le début. Je suis un éternel insatisfait, je ne me crois jamais arrivé. Il y a encore tellement de chose à apprendre et à défendre.

97L :  Quelle est la mise en scène et votre interprétation qui vous a le plus marqué ?

Le Monologue du messager dans Antigone de Jean Anouilh mise en scène par Nicolas Briançon au théâtre Marigny et le rôle de Crooks dans Des Souris et des Hommes de John Steinbeck au Petit Saint Martin et au Palais Royal mise en scène de Jean Philippe Evariste, Philippe Ivancik avec la grande Anne Bourgeois en direction d’acteurs.

97L : De « Monsieur Amédée » avec Michel Galabru et Bernadette Lafont que gardez-vous de ces deux comédiens ?

Les deux sont au ciel maintenant. Bernadette était très gentille mais j’étais très proche de Michel. Quand il a fait son voyage dans la lumière, j’ai beaucoup pleuré car c’était devenu mon ami, mon mentor, mon prof de théâtre. J’ai beaucoup appris avec lui. Le classique (les textes) devenaient simple après ses explications. On rigolait beaucoup, il adorait nous piéger sur scène pour qu’on puisse avoir un fou rire. Ça marchait à tous les coups. Mais une fois c’est moi qu’il l’ai eu et à son regard j’ai vu qu’il était fier. On était très complices. Quand il s’est fait opérer de ses hanches, j’allais lui emmener des pâtisseries en douce à l’hôpital. Il adorait tout ce qui était sucré et sa femme Claude lui faisait la « guerre » contre ça justement. Au théâtre dans sa loge, il avait une boite avec ses brosses à cheveux etc., et bien en dessous il y cachait des bonbons mais chut hein, on ne vent pas la mèche. C’était un Monsieur d’une extrême générosité et de grand talent.

97L : « Sœurs Ennemies » est une série Ivoirienne réalisée par Nathalie Carollo. Vos souvenirs de Côte d’Ivoire ?

Ce n’est pas la première fois que je vais en Côte d’Ivoire car j’y ai tourné un long métrage « Sans Regret » réalisé par Jacques Trabi avec le grand Michel Bohiri. Que dire, magique Côte d’ Ivoire, Nathalie la réalisatrice est top. Rapide, ingénieuse, la patate. Les actrices et acteurs Evelyne Ily, Ray Reboul, Alain Azerot etc… Belle complicité, jolis partages, belles rigolades ! Tu sais, moi je me sens bien partout où je vais tourner. Quand c’est simple et humble ça me plait. La force d’un film c’est l’union de tous.

97L : Que pensez-vous du FEMI (Festival International du Cinéma) en Guadeloupe ?

On dit que les Antilles c’est la France mais on doit prouver encore et encore que nous sommes les enfants de la patrie. Le jour de croire est arrivé ? Une anecdote, j’avais parlé d’un projet de série à une amie qui travaille à la télévision (France2) et elle m’a dit, sans vouloir me vexer, qu’il fallait que j’aille plutôt voir quelqu’un de chez moi sur France Ô…

Maintenant c’est bien d’avoir un créneau pour pouvoir être vus mais bon les mots égalité, fraternité auront un vrai sens quand on parlera la même couleur, celle de l’émotion arc en ciel oú le noir a sa place au même titre que les autres. Pour ajouter une note positive, je peux dire que les choses évoluent. France Zobda produit de très jolis films pour la télévision et le cinéma. Lucien Jean Baptiste fait des super films. Il y a aussi Jean Claude Barny, Fabrice Pierre, Véronique Mucret Rouveyrollis, Florence Combaluzier, Florence Nodin Sturn qui  ont des beaux projets à venir. Etant des Antilles j’espère un jour que le festival m’invitera.

97L : Votre projet de 1er long métrage « Mafûa » ?

C’est une histoire de fraternité que m’a inspiré un acteur que j’ai rencontré en Afrique. Mon frère Sorel Boulingui. C’est une histoire d’héritages en tout genre mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant. C’est un film que j’aimerais tourner entre la France et le Congo.

 

Propos recueillis par Wanda NICOT
Crédits photos : Véronique Rouveyrollys, William Nsaï, Candice Nechitch, Jacques Viallon….

 

Previous post

Un incendie salutaire en Guadeloupe, pays des paradoxes ?

Next post

Just D'Jal

97land

97land

Des infos, des potins, des événements... Toute l'actu du 97.

No Comment

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *