Littérature

« Si les gens en savaient plus sur cette histoire, on aurait moins de racisme »

Paula Anacaona, aidée de l’illustratrice Claudia Amaral, avec son roman « Solitude, la flamboyante » décrit la complexité des relations dans les colonies, librement inspiré de la vie de l’héroïne guadeloupéenne. Extraits d’un article de RFI  du 18 décembre traduit du portugais : « l’imaginaire des Français n’est pas encore décolonisé ».

… En 1794, les temps nouveaux annoncés par la Révolution française conduisent à l’abolition de l’esclavage. Mais dans les colonies françaises comme les Antilles, les Noirs restent asservis, malgré la lutte ingrate de héros et d’héroïnes telle Solitude de la Guadeloupe.

Plus de 200 ans plus tard, le mouvement antiraciste a inspiré l’écrivain Paula Anacaona pour narrer l’histoire d’une domestique qui rejoint les insurgés dans la lutte contre l’exploitation coloniale.  Son ouvrage « Solitude, la flamboyante » présente les détails d’une histoire qui a jusqu’à présent a eu peu d’écho.

« En France et au Brésil, ces héroïnes asservies sont quasi inconnues. Il existe peu d’archives historiques à leur sujet », dit-elle. Qui était cette fille sans nom de famille répondant au surnom mélancolique de «Solitude» ?

@Ed. Anacaona

Sans documents historiques suffisants, Paula romance la trajectoire de la jeune femme, se basant sur les écrits concernant les relations entre les esclaves, les planteurs, les quilombolas et les peuples autochtones qui habitaient l’archipel des Caraïbes à cette époque.

« J’ai lu de nombreux livres sur la période coloniale aux Antilles françaises et j’ai appris la vie des planteurs et des esclaves. Il y a si peu de choses sur la vie de Solitude, mais j’ai pu renouer les fils du récit, malgré les lacunes existantes », rapporte l’écrivain…

Le combat de Solitude met en exergue une faille historique, la Déclaration universelle des droits de l’homme, héritée de la Révolution française, ne semblant pas s’appliquer dans les territoires français d’outre-mer. A 30 ans, bien qu’enceinte, Solitude préfére la mort à l’esclavage.

L’auteur remarque que, de nos jours, peu de gens sont au courant de l’existence d’une première tentative d’abolition, (50 ans avant la définitive), à l’époque de Solitude. En mettant en lumière ce mouvement méconnu dans les colonies françaises, le roman établit un parallèle avec la situation actuelle en France, au Brésil ou aux États-Unis.

« Je pense que le débat antiraciste actuel en France a beaucoup à voir avec l’histoire coloniale, peu enseignée dans les écoles et peu connue. Si les gens en savaient plus sur cette histoire, on aurait probablement moins de problèmes de racisme », conclue-t-elle.

@Ed. Anacaona

«Après 200 ans d’esclavage et 150 ans après l’abolition, je pense que l’imaginaire des Français n’est pas encore décolonisé. En France, il s’est passé la même chose qu’au Brésil : il y a eu l’abolition et on a dit aux esclaves qu’ils étaient libres. Mais aucun travail éducatif n’a été fait ni avec les esclaves, ni avec les anciens maîtres « …


Années 1780, Guadeloupe. La jeune métisse Solitude est demoiselle de compagnie. Relativement favorisée, elle ne remet pas en question l’ordre colonial et esclavagiste jusqu’à ce que des rencontres décisives lui fassent rejoindre la lutte pour l’abolition de l’esclavage.

Car un vent de révolte souffle dans les Caraïbes… Entre les Neg’ Marrons qui s’enfuient et s’organisent collectivement, les insurgés de Saint-Domingue, et la Révolution en France, l’Histoire est en marche. En 1789, tous les hommes sont proclamés libres et égaux en droits. Mais la France des Lumières oublie une partie de l’humanité : dans les colonies, l’esclavage est maintenu…

Solitude se bat pour la liberté générale avec ses sœurs et frères révolutionnaires, avec succès : l’esclavage est enfin aboli en 1794. Mais l’euphorie est de courte durée car rien n’est pensé pour intégrer les anciens Esclaves, sans terres, analphabètes, traumatisés par des années d’asservissement.

Lassée de la violence de cette société prédatrice et exploitatrice, Solitude crée alors une communauté utopiste clandestine, basée sur la sororité et l’entraide – qui ne survivra cependant pas au rétablissement de l’esclavage par Bonaparte en 1802.

250 pages, grand format. ISBN : 978-2-490297-11-5

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