Culture

« La diversité en France, quand on regarde dans le détail, existe bel et bien »

Julien Volper est chercheur à l’Institut Thomas More, titulaire d’un doctorat en histoire de l’art. Sa note « Un communautarisme qui ne dit pas son nom », est une critique du rapport «Portraits de France» de Pascal Blanchard et sa liste de noms de la diversité proposée aux maires de France. Deux visions de l’histoire irréconciliables ? Des extraits de son entretien dans le Figaro mené par


« … L’idée était de fournir un catalogue de 318 noms de personnalités historiques, plus ou moins connues, issues de la diversité. L’objectif principal de ce rapport a été énoncé par Emmanuel Macron au site Brut : il déplorait qu’une partie de notre histoire ne soit pas représentée et affirmait qu’une partie de notre jeunesse cherchait des héros qui lui ressemblent. Le postulat de départ est donc que la France n’exprime pas assez sa diversité dans le domaine odonymique, c’est-à-dire les noms de rues, de places, d’établissement…

La première chose à pointer du doigt, qui est très flagrante, c’est le «je veux» macronien. Nous sommes dans un souhait présidentiel. Il n’y a pas eu une demande des maires de France qui auraient affirmé la nécessité d’une liste pour les guider dans le changement des noms de rue…

Ensuite, ce rapport nous dit que l’histoire de France commence à partir de 1790. Même si nous pouvons tous nous accorder pour dire que 1790 est une date charnière, c’est une vision tronquée de notre histoire. L’histoire de France ne commence pas avec la Révolution française !

Enfin, précisons à nouveau que ces maires n’ont rien demandé. La première chose aurait donc été de se renseigner au niveau de l’ensemble des communes de France pour voir exactement quel était le panel de noms et déterminer s’il y avait réellement un problème de diversité. Or, sur l’ensemble des 318 noms choisis pour «Portraits de France», quasiment 60 % ont déjà été sélectionnés par des maires préalablement au rapport. Comme je le dis dans ma note, il y a déjà des rues et des bâtiments au nom de Frantz Fanon, de Mohammed Dib, ou de Walter Benjamin. La diversité en France, quand on regarde dans le détail, existe bel et bien.

… « Trouver des héros qui vous ressemblent » était l’objectif du rapport. Il est sain d’apprendre à s’aimer soi-même, mais il est aussi important d’aimer l’autre. Prenons le cas de femmes franco-françaises comme Olympe de Gouges ou Louise de Keralio-Robert, deux femmes importantes de la révolution. Ce sont des militantes qui ont combattu l’esclavage de façon viscérale. En quoi ces personnes ne peuvent pas être sélectionnées et mises en avant ? En quoi ne peuvent-elles pas être des modèles ? Parce qu’elles sont blanches et françaises ?

… La France devient un ensemble de petites communautés, où chacune doit pouvoir se reconnaître dans les noms de rue. Je trouve cela dangereux…

… Il faut savoir que pour chaque personnalité, le rapport précise le pays et la date de naissance. Or, les DROM ont une particularité puisqu’ils sont mentionnés, au même titre qu’un pays. Ils précisent «France», et entre parenthèses «Guyane», «Réunion» … À ma connaissance, il s’agit pourtant de départements français. Pourquoi lorsque quelqu’un vient, par exemple, de Savoie (un département créé après ceux d’Alger ou de Constantine), le nom du département n’est pas mis entre parenthèses ?

… Roland Garros, né à la Réunion ou Charles Lanrezac, né en Guadeloupe, ont des parents qui viennent de Toulouse et de Lorient. Si on décide de les inclure, cela veut dire que des personnes qui sont nées dans un territoire français mais dont les origines sont également françaises, sont éligibles à cette liste. Or, la seule façon d’expliquer cela est d’affirmer que la Guadeloupe ou la Réunion sont des terres étrangères. Ce raisonnement me paraît curieux »…

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