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	Commentaires sur : Hommage à Jean-Pierre Passe-Coutrin	</title>
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	<description>Toutes les infos du 97</description>
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		<title>
		Par : Martha V.		</title>
		<link>https://97land.com/hommage-a-jean-pierre-passe-coutrin/#comment-2420</link>

		<dc:creator><![CDATA[Martha V.]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Mar 2016 15:17:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Dormez en paix Jean Pierre Passe-Coutrin

Quelques mots pour rendre hommage à un monsieur que j&#039;ai toujours croisé dans toutes les manifestations antillaises et qui pour moi symbolisait Sarcelles. Je comprends l&#039;émoi de ses connaissances et amis devant ce décès brutal.
Courage à ses proches. RIP]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dormez en paix Jean Pierre Passe-Coutrin</p>
<p>Quelques mots pour rendre hommage à un monsieur que j&rsquo;ai toujours croisé dans toutes les manifestations antillaises et qui pour moi symbolisait Sarcelles. Je comprends l&rsquo;émoi de ses connaissances et amis devant ce décès brutal.<br />
Courage à ses proches. RIP</p>
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		<title>
		Par : Pierre Pastel		</title>
		<link>https://97land.com/hommage-a-jean-pierre-passe-coutrin/#comment-2419</link>

		<dc:creator><![CDATA[Pierre Pastel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Mar 2016 15:11:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Woulo ba Janpiè Passé-Coutrin

VAN ANNI MENNEN’W ALE

Van lévé,
Van mennen’w jis isya, an péi frèt la
Van mété’w doubout
Van ba’w fos’ pou démantibilé linyorans an mannyè’w
Van tjenbé’w pou rimen yonn dé konsyans san fè dézod
Van di’w i ni tibwen travay a fè an ti kominoté ta la. Et ou di :
Van, man la épi’w
Van di’w nou ka kwazé lanmen épi zépol
Van di’w toujou, Janpiè, sa pa fini
Van di’w poutji pa, poutji pa soté an larel politik la
Van pa té sav ki chaben té vayan
Van tan’ ou di : sa pa ka fè mwen pè
Van té byen kontan touvé an kok komba
Epi, Epi, Epi 
Van di’w : I ni travay pou’w lot koté a
Van anni mennen’w alé
Van oblié ki nou té bizwen’w isya pannan lontan anko
Van sav ki’w ké sa bwennen réfleksyon nou, pou nou goumen, goumen an manniè sewyé.
Janpiè, ou sav ki nou té enmen nou.

Pierre Pastel]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Woulo ba Janpiè Passé-Coutrin</p>
<p>VAN ANNI MENNEN’W ALE</p>
<p>Van lévé,<br />
Van mennen’w jis isya, an péi frèt la<br />
Van mété’w doubout<br />
Van ba’w fos’ pou démantibilé linyorans an mannyè’w<br />
Van tjenbé’w pou rimen yonn dé konsyans san fè dézod<br />
Van di’w i ni tibwen travay a fè an ti kominoté ta la. Et ou di :<br />
Van, man la épi’w<br />
Van di’w nou ka kwazé lanmen épi zépol<br />
Van di’w toujou, Janpiè, sa pa fini<br />
Van di’w poutji pa, poutji pa soté an larel politik la<br />
Van pa té sav ki chaben té vayan<br />
Van tan’ ou di : sa pa ka fè mwen pè<br />
Van té byen kontan touvé an kok komba<br />
Epi, Epi, Epi<br />
Van di’w : I ni travay pou’w lot koté a<br />
Van anni mennen’w alé<br />
Van oblié ki nou té bizwen’w isya pannan lontan anko<br />
Van sav ki’w ké sa bwennen réfleksyon nou, pou nou goumen, goumen an manniè sewyé.<br />
Janpiè, ou sav ki nou té enmen nou.</p>
<p>Pierre Pastel</p>
]]></content:encoded>
		
			</item>
		<item>
		<title>
		Par : Lucien Jolet		</title>
		<link>https://97land.com/hommage-a-jean-pierre-passe-coutrin/#comment-2418</link>

		<dc:creator><![CDATA[Lucien Jolet]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Mar 2016 15:02:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[HOMMAGE à Jean-Pierre PASSE-COUTRIN

Né à Le Moule, Guadeloupe, 1959  -  Décédé à Paris, 2016  - 57 ans


Par Lucien JOLET

   Hier, un Homme est tombé dans le combat inégal avec le mystère de la vie. 

   Il s’appelait Jean-Pierre PASSE-COUTRIN.

   Bien qu’il n’y avait plus d’espoir, c’est avec beaucoup d’émotion, de tristesse et de colère aussi que j’ai appris sa disparition. Dans son dernier SMS, il me remerciait de mon contact et me préparait à l’inévitable avec une humilité poignante, il ne prétendait à rien, une réponse courageuse qui lui ressemblait, je m’en suis même voulu. Et puis tout a été si vite. La mort ne lui a pas laissé le temps de passer l’autre stade, celui de la retraite professionnelle qui permet de performer les actions d’une jeunesse et d’un « adultérat » militants. En ce sens, nous perdons un valeureux équipier et notre monde, une cheville ouvrière précieuse. 

   Le C.R.O.M.V.O., une idée qui a pris naissance il y a une trentaine d’années dans le bureau d’un entrepreneur guadeloupéen de Sarcelles, Eric Moradel, Reproducteur de musique, selon la formule normative, sous la marque célèbre : Moradisc. Nous n’avons manqué aucune manifestation, et elles furent nombreuses, c’était l’époque de la floraison des associations antillaises dans toute l’Île de France qui prenait le pas sur le concept A.M.I.T.A.G. C’était aussi la résultante d’une poussée culturelle formidable sur le continent, l’Outre-mer « faisait sa place » dans le paysage associatif. Politiquement, la France amorçait l’alternance politique et les libertés : radio-libres, Zénith, diversité culturelle, un vent de modernité. Cette époque qui peut correspondre à l’âge d’or, nous l’avons vécu avec ferveur, l’avons partagé dans tous les départements, elle ne pouvait se conclure qu’avec la satisfaction des attentes. La première était bien notre « Nous-mêmes » dans l’histoire, sa représentativité et le devenir de la postérité. Plus tard on parlera de communauté visible.   

   Le combat ne faisait que commencer encore fallait-il vaincre l’appréhension qui tétanise la volonté du plus grand nombre. La recette classique de la convivialité avait ses limites, l’innovation réclamait l’attention, la réflexion, les projections. Pari tenu.

   Jean-Pierre était un être déterminé, une fois les choses amorcées, plus question de reculer. Il avait trouvé comment marquer la cadence, tout comme le tambouyé, pour une inscription durable des pages de notre histoire d’Ici. Il était confiant, très confiant et lorsque l’on émettait un doute, il rétorquait avec son accent si particulier « atann, lésé yo ! », en clair, il avait la réponse. Il était mû par cette exigence de porter toujours plus loin, toujours plus haut notre fierté, notre orgueil cet héritage qu’a si bien vanté Ernest Deproge en ces termes, en 1881 : « (…) C’est un bel éloge que ce reproche fait à des opprimés. Eh bien ! Qu’ils se souviennent qu’en cela au moins nous tenons de nos pères, et que si nous sommes assez exigeants pour vouloir ce qui est à nous, nous sommes trop orgueilleux pour rien envier aux autres, trop fiers pour prendre leur place sans la mériter (…) » (Discours du Lamentin, Martinique). Cette tonalité, trente trois ans après l’abolition de l’esclavage (1848), est toujours d’actualité. 

   Enfant de la décennie d’après-guerre (1950-60), né citoyen de plein droit (après 1946) et venu de plein gré sur la terre jadis interdite aux Aïeux (qui étaient parqués dans les hangars portuaires des villes négrières avant le renvoi aux colonies), il était comme pour beaucoup l’espoir des parents qui voyaient s’éloigner cette singulière condition des laissés pour compte, « ces français à part entière et traités entièrement à part. » Nous avons tous éprouvé ce choc de l’incompréhension pour en avoir suffisamment débattu. 

   Ce combat, celui de la reconnaissance de l’histoire occultée, nous le portions, il le portait au cœur avec une farouche détermination. Il fallait vaincre et pour vaincre il fallait réunir. Ce combat sur Sarcelles et par ricochet en dehors, il l’a gagné de haute lutte en se servant de la représentation de notre « Nous-mêmes » à travers les symboles et les références. Pour cela, il fallait aussi marier la notion festive et les données de l’esprit. Des compatriotes ont rechigné, certains ont déserté : « lésé yo ! », disait-il. La représentation stellaire, l’animation culturelle et sportive, la participation à l’action municipale ont fait de lui un exemple de notre univers ultramarin. On n’était pas toujours d’accord, il y avait des choix et parmi eux des incontournables, ceux que certains traitaient de démission et d’autres de réalisme mais l’homme, la vigie restait Debout face aux vents divers.

   1998 – En gestation depuis des mois, enfin, la France d’Outre-mer, celle de l’Autre Histoire, pacifiquement, prenait possession de la rue. Le 23 Mai, une date consensuelle et logique, une foule de 40 000 personnes, superbement ignorée par les médias et peut-être sur ordre, quitte la place de la République pour se rendre à la Nation, tout un symbole. Les précédents avaient été le fait des manifestations syndicales unitaires pour les revendications salariales. C’était sans oublier : Selma, la marche sur Washington avec Martin Luther King et l’Amérique antiraciste. Il n’était pas peu fier le Jean-Pierre arborant son comportement de guerrier tout en rectifiant la tenue devant l’œil des photographes. 

   Et Sarcelles, la ville-monde par la diversité de sa population et le dynamisme de sa vie associative avec sa touche tropicale, devint le lieu incontournable du nord francilien. Qui ne s’est jamais pressé pour participer aux grandes manifestations de l’Outre-mer ?  

   Le tableau serait incomplet sans l’intervention de la politique. Et voilà notre Jean-Pierre, élu avec une délégation au conseil municipal de Sarcelles, donc dans l’arène, le lieu où l’on croise le fer avec ses propres amis politiques et avec l’adversaire, l’espace où il faut adapter, sans perdre, la demande associative à la contrainte municipale, agir sans cesse pour exister in situ. Et de vaincre toutes les oppositions tant celles que nous nous attribuons que celles plus sournoises des empêcheurs de tourner en rond. Le colosse connaissait son affaire. Il triomphait souvent ou encore trouvait une échappatoire, difficile à faire avaler à ses coreligionnaires trop stricts, mais recherchant la solution en échange : « sé an lanmin ki ka lavé lot » plaidait-il en souriant. 

   Disposé, disponible il était de toutes les échéances politiques avec les fortunes diverses. Militant de la représentation en politique des Ultramarins, il s’est toujours lancé dans leur campagne tant spécifique que nationale. L’homme déployait cette activité avec une franchise et une volonté qui forçaient l’admiration. Et en politique c’est connu, l’on ne se fait pas que des amis : « lésé yo, licien, lésé yo ! » répondait-il.

   Comme le Colosse de Rhodes qui ne résista pas au séisme destructeur, sa stature restera dans notre souvenir comme un homme d’envergure qui avançait sans relâche pour assurer la pérennité de l’unité des humains et par là même nous inciter à relever les défis, tous les défis car au péyi (pays) nos parents avaient fait l’essentiel en acceptant l’héritage de Celles et Ceux qui n’avaient pas eu droit à la dénomination d’Être humain libre selon le Code noir (1685) de sinistre réputation. Et la nouvelle génération doit comprendre, c’était son vœu, qu’il importe de prendre le flambeau afin de ne point perdre les Libertés si chèrement acquises car « celui qui ne connaît pas son histoire est condamné à le revivre ». (Santyana).

   La vie associative mais aussi la vie politique sont toujours en confrontation avec la vie de famille. Or la famille est la base-vie de notre société. Ses membres ne comprennent pas l’engouement, cette passion, même minime, pour l’investissement dans une « bulle » qui  les laisserait de côté alors même que la philosophie veut que se battre pour le plus grand nombre et la sauvegarde des acquis sociétaux est la meilleure protection de l’individu à quelque soit le niveau de parenté. C’est toujours-là que le bas blesse.

   Jean-Pierre nous a quitté pour cette destination d’où nul n’est revenu. Je formule ce vœu que ses attentes, ce qu’il gardait au fond de son coeur se réalisent dans ce voyage. Qu’il traverse un univers de félicité, de volupté, de paix profonde et irradiante. Que cette « ascension » contribue à lui apporter le repos éternel.

   Jean-Pierre, Nous veillerons à continuer cette « mission » que tu as menée, infatigablement, pour faire triompher une cause juste, notre cause, celle de notre « Nous-mêmes ».

   A l’épouse, la compagne, aux enfants, à la famille je présente mes Sincères condoléances.

   Repose en paix, mon Frère !

NOTES

C.R.O.M.V.O. : Centre de Réflexion des Originaires d’Outre-Mer du Val d’Oise.

Moradisc : Sarl création 19 11 1980. Objet Reproduction d’enregistrement.

A.M.I.T.A.G. : Amicale des Travailleurs Antillais et Guyanais de Métropole.              

Louis-Joseph Ernest Deproge : (Fort-de-France, Martinique 15 08 1850 – Sanvic, Seine-Maritime 15 12 1921), avocat et député de la Martinique (1882 – 1898), chef de file de l’assimilation coloniale. Tenu en échec, il quitta définitivement l’île pour la Métropole.

Discours du Lamentin, (Martinique) 1881 : cité par Camille Darsières in Joseph Lagrosillère, Socialiste colonial, Les Années pures (1872-1919), T1, Fort-de-France, éditions Désormeaux, 1995, page 39. Cf Annexe.

Abolition esclavage, 1848 : Guadeloupe par arrêté du gouverneur Layrle du 27 avril 1848. Guyane par décret apporté par Gatine, le 10 juin 1848. Réunion par décret imposé par Sarda Sarriga, le 20 décembre 1848. Quatre communes du Sénégal : Gorée, Ruffisque, Dakar et Saint-Louis du Sénégal et Algérie 1848 – avec situation particulière du fait des Maures propriétaires d’esclaves et des relations commerciales. Mayotte le 27 avril 1846 par le baron de Mackau, (il faut tenir compte des intérêts français qui souhaitaient détacher cette place géostratégique de l’archipel des Comores, cette abolition fut décrétée « à titre de laboratoire ? »).

Colosse de Rhodes : Statue en bronze et en fer de 32 mètres placée à l’entrée du port de Rhodes, œuvre de Charès de Lindos représentant le dieu grec Hélios (le Soleil) érigée vers 292 av. J.-C. en remerciement pour la résistance victorieuse au long siège, en 304 av. J.-C. de Démétrios Ier  Poliorcète « preneur de villes » (v. 336 – 283 av. J.-C.), roi de Macédoine (294 – 288 av. J.-C.) qui fut contraint de négocier avec les Rhodiens. Le Colosse s’écroula (la statue avait subi une torsion sur les genoux) lors du tremblement de terre de 225 av. J.-C., dieu tutélaire de Rhodes, les habitants respectèrent la volonté de l’oracle qui  en interdisait son redressement ainsi les ruines restèrent visibles jusqu’en 654. Elles ne survivront pas à l’expédition arabe, conduite par Muawiya 1er, lieutenant du calife Othmân Ibn Affân, de cette même année. Selon la Chronique de Michel le Syrien, les 20 tonnes subsistants - 13 tonnes de bronze et 7 tonnes de fer – furent démontées, emportées puis vendues à un marchand juif d’Emèse.

Le Colosse de Rhodes fait toujours débat aujourd’hui. Sa technique de construction lui a valu d’être classé dans la liste des 7 merveilles du monde.

Sources :

Darsières Camille : Joseph Lagrosillère, Socialiste colonial, Les Années pures (1872-1919), T1, Fort-de-France, éd. Désormeaux, 1995, p. 39.

Howatson M. C. : sous la direction de, Dictionnaire de l’Antiquité, Mythologie, Littérature, Civilisation, Université d’Oxford, (1989), éd. française Paris, Robert Laffont, Bouquins, 1993.

Sites visités : 

- fr.wikipedia.org – 97land.com - www.caraibcreolnews.com - www.fxgpariscaraibe.com  - www.jeuneafrique.com - www.lemoule.fr - www.sarcelles.fr  - www.senegal-online.com  - www.webtropical.com - …

ANNEXE

Ernest DEPROGE

Discours du Lamentin, Martinique - septembre 1881. (Extrait) 

in Joseph Lagrosillère, Socialiste colonial, Les Années pures (1872-1919), T1, Fort-de-France, éditions Désormeaux, 1995, page 39 sous le titre : L’Enfant d’une époque.

«  (…) Le premier besoin d’une société longtemps méprisée est de se relever aux yeux de ceux-là-même qui l’avaient injustement méconnue. Ce besoin nous l’éprouvons tous. Nous savons que l’estime s’impose et nous avons la prétention d’arracher l’estime de nos anciens détracteurs. C’est notre façon à nous de nous venger. C’est la seule revanche que nous voulons prendre du passé. Qu’ils se rassurent donc, et puisqu’aujourd’hui il est de mode de rééditer contre nous toutes les vieilles injures des temps anciens, qu’ils se souviennent que tous ceux des leurs qui ont parlé de nous, nous font exactement les mêmes reproches qu’eux, mais qu’à tous les vices qu’on nous trouvait, ils en ajoutaient un dernier qu’on oublie aujourd’hui : on nous reprochait avant toutes choses notre orgueil. C’est un bel éloge que ce reproche fait à des opprimés. Eh bien ! Qu’ils se souviennent qu’en cela au moins nous tenons de nos pères, et que si nous sommes assez exigeants pour vouloir ce qui est à nous, nous sommes trop orgueilleux pour rien envier aux autres, trop fiers pour prendre leur place sans la mériter (…) »]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>HOMMAGE à Jean-Pierre PASSE-COUTRIN</p>
<p>Né à Le Moule, Guadeloupe, 1959  &#8211;  Décédé à Paris, 2016  &#8211; 57 ans</p>
<p>Par Lucien JOLET</p>
<p>   Hier, un Homme est tombé dans le combat inégal avec le mystère de la vie. </p>
<p>   Il s’appelait Jean-Pierre PASSE-COUTRIN.</p>
<p>   Bien qu’il n’y avait plus d’espoir, c’est avec beaucoup d’émotion, de tristesse et de colère aussi que j’ai appris sa disparition. Dans son dernier SMS, il me remerciait de mon contact et me préparait à l’inévitable avec une humilité poignante, il ne prétendait à rien, une réponse courageuse qui lui ressemblait, je m’en suis même voulu. Et puis tout a été si vite. La mort ne lui a pas laissé le temps de passer l’autre stade, celui de la retraite professionnelle qui permet de performer les actions d’une jeunesse et d’un « adultérat » militants. En ce sens, nous perdons un valeureux équipier et notre monde, une cheville ouvrière précieuse. </p>
<p>   Le C.R.O.M.V.O., une idée qui a pris naissance il y a une trentaine d’années dans le bureau d’un entrepreneur guadeloupéen de Sarcelles, Eric Moradel, Reproducteur de musique, selon la formule normative, sous la marque célèbre : Moradisc. Nous n’avons manqué aucune manifestation, et elles furent nombreuses, c’était l’époque de la floraison des associations antillaises dans toute l’Île de France qui prenait le pas sur le concept A.M.I.T.A.G. C’était aussi la résultante d’une poussée culturelle formidable sur le continent, l’Outre-mer « faisait sa place » dans le paysage associatif. Politiquement, la France amorçait l’alternance politique et les libertés : radio-libres, Zénith, diversité culturelle, un vent de modernité. Cette époque qui peut correspondre à l’âge d’or, nous l’avons vécu avec ferveur, l’avons partagé dans tous les départements, elle ne pouvait se conclure qu’avec la satisfaction des attentes. La première était bien notre « Nous-mêmes » dans l’histoire, sa représentativité et le devenir de la postérité. Plus tard on parlera de communauté visible.   </p>
<p>   Le combat ne faisait que commencer encore fallait-il vaincre l’appréhension qui tétanise la volonté du plus grand nombre. La recette classique de la convivialité avait ses limites, l’innovation réclamait l’attention, la réflexion, les projections. Pari tenu.</p>
<p>   Jean-Pierre était un être déterminé, une fois les choses amorcées, plus question de reculer. Il avait trouvé comment marquer la cadence, tout comme le tambouyé, pour une inscription durable des pages de notre histoire d’Ici. Il était confiant, très confiant et lorsque l’on émettait un doute, il rétorquait avec son accent si particulier « atann, lésé yo ! », en clair, il avait la réponse. Il était mû par cette exigence de porter toujours plus loin, toujours plus haut notre fierté, notre orgueil cet héritage qu’a si bien vanté Ernest Deproge en ces termes, en 1881 : « (…) C’est un bel éloge que ce reproche fait à des opprimés. Eh bien ! Qu’ils se souviennent qu’en cela au moins nous tenons de nos pères, et que si nous sommes assez exigeants pour vouloir ce qui est à nous, nous sommes trop orgueilleux pour rien envier aux autres, trop fiers pour prendre leur place sans la mériter (…) » (Discours du Lamentin, Martinique). Cette tonalité, trente trois ans après l’abolition de l’esclavage (1848), est toujours d’actualité. </p>
<p>   Enfant de la décennie d’après-guerre (1950-60), né citoyen de plein droit (après 1946) et venu de plein gré sur la terre jadis interdite aux Aïeux (qui étaient parqués dans les hangars portuaires des villes négrières avant le renvoi aux colonies), il était comme pour beaucoup l’espoir des parents qui voyaient s’éloigner cette singulière condition des laissés pour compte, « ces français à part entière et traités entièrement à part. » Nous avons tous éprouvé ce choc de l’incompréhension pour en avoir suffisamment débattu. </p>
<p>   Ce combat, celui de la reconnaissance de l’histoire occultée, nous le portions, il le portait au cœur avec une farouche détermination. Il fallait vaincre et pour vaincre il fallait réunir. Ce combat sur Sarcelles et par ricochet en dehors, il l’a gagné de haute lutte en se servant de la représentation de notre « Nous-mêmes » à travers les symboles et les références. Pour cela, il fallait aussi marier la notion festive et les données de l’esprit. Des compatriotes ont rechigné, certains ont déserté : « lésé yo ! », disait-il. La représentation stellaire, l’animation culturelle et sportive, la participation à l’action municipale ont fait de lui un exemple de notre univers ultramarin. On n’était pas toujours d’accord, il y avait des choix et parmi eux des incontournables, ceux que certains traitaient de démission et d’autres de réalisme mais l’homme, la vigie restait Debout face aux vents divers.</p>
<p>   1998 – En gestation depuis des mois, enfin, la France d’Outre-mer, celle de l’Autre Histoire, pacifiquement, prenait possession de la rue. Le 23 Mai, une date consensuelle et logique, une foule de 40 000 personnes, superbement ignorée par les médias et peut-être sur ordre, quitte la place de la République pour se rendre à la Nation, tout un symbole. Les précédents avaient été le fait des manifestations syndicales unitaires pour les revendications salariales. C’était sans oublier : Selma, la marche sur Washington avec Martin Luther King et l’Amérique antiraciste. Il n’était pas peu fier le Jean-Pierre arborant son comportement de guerrier tout en rectifiant la tenue devant l’œil des photographes. </p>
<p>   Et Sarcelles, la ville-monde par la diversité de sa population et le dynamisme de sa vie associative avec sa touche tropicale, devint le lieu incontournable du nord francilien. Qui ne s’est jamais pressé pour participer aux grandes manifestations de l’Outre-mer ?  </p>
<p>   Le tableau serait incomplet sans l’intervention de la politique. Et voilà notre Jean-Pierre, élu avec une délégation au conseil municipal de Sarcelles, donc dans l’arène, le lieu où l’on croise le fer avec ses propres amis politiques et avec l’adversaire, l’espace où il faut adapter, sans perdre, la demande associative à la contrainte municipale, agir sans cesse pour exister in situ. Et de vaincre toutes les oppositions tant celles que nous nous attribuons que celles plus sournoises des empêcheurs de tourner en rond. Le colosse connaissait son affaire. Il triomphait souvent ou encore trouvait une échappatoire, difficile à faire avaler à ses coreligionnaires trop stricts, mais recherchant la solution en échange : « sé an lanmin ki ka lavé lot » plaidait-il en souriant. </p>
<p>   Disposé, disponible il était de toutes les échéances politiques avec les fortunes diverses. Militant de la représentation en politique des Ultramarins, il s’est toujours lancé dans leur campagne tant spécifique que nationale. L’homme déployait cette activité avec une franchise et une volonté qui forçaient l’admiration. Et en politique c’est connu, l’on ne se fait pas que des amis : « lésé yo, licien, lésé yo ! » répondait-il.</p>
<p>   Comme le Colosse de Rhodes qui ne résista pas au séisme destructeur, sa stature restera dans notre souvenir comme un homme d’envergure qui avançait sans relâche pour assurer la pérennité de l’unité des humains et par là même nous inciter à relever les défis, tous les défis car au péyi (pays) nos parents avaient fait l’essentiel en acceptant l’héritage de Celles et Ceux qui n’avaient pas eu droit à la dénomination d’Être humain libre selon le Code noir (1685) de sinistre réputation. Et la nouvelle génération doit comprendre, c’était son vœu, qu’il importe de prendre le flambeau afin de ne point perdre les Libertés si chèrement acquises car « celui qui ne connaît pas son histoire est condamné à le revivre ». (Santyana).</p>
<p>   La vie associative mais aussi la vie politique sont toujours en confrontation avec la vie de famille. Or la famille est la base-vie de notre société. Ses membres ne comprennent pas l’engouement, cette passion, même minime, pour l’investissement dans une « bulle » qui  les laisserait de côté alors même que la philosophie veut que se battre pour le plus grand nombre et la sauvegarde des acquis sociétaux est la meilleure protection de l’individu à quelque soit le niveau de parenté. C’est toujours-là que le bas blesse.</p>
<p>   Jean-Pierre nous a quitté pour cette destination d’où nul n’est revenu. Je formule ce vœu que ses attentes, ce qu’il gardait au fond de son coeur se réalisent dans ce voyage. Qu’il traverse un univers de félicité, de volupté, de paix profonde et irradiante. Que cette « ascension » contribue à lui apporter le repos éternel.</p>
<p>   Jean-Pierre, Nous veillerons à continuer cette « mission » que tu as menée, infatigablement, pour faire triompher une cause juste, notre cause, celle de notre « Nous-mêmes ».</p>
<p>   A l’épouse, la compagne, aux enfants, à la famille je présente mes Sincères condoléances.</p>
<p>   Repose en paix, mon Frère !</p>
<p>NOTES</p>
<p>C.R.O.M.V.O. : Centre de Réflexion des Originaires d’Outre-Mer du Val d’Oise.</p>
<p>Moradisc : Sarl création 19 11 1980. Objet Reproduction d’enregistrement.</p>
<p>A.M.I.T.A.G. : Amicale des Travailleurs Antillais et Guyanais de Métropole.              </p>
<p>Louis-Joseph Ernest Deproge : (Fort-de-France, Martinique 15 08 1850 – Sanvic, Seine-Maritime 15 12 1921), avocat et député de la Martinique (1882 – 1898), chef de file de l’assimilation coloniale. Tenu en échec, il quitta définitivement l’île pour la Métropole.</p>
<p>Discours du Lamentin, (Martinique) 1881 : cité par Camille Darsières in Joseph Lagrosillère, Socialiste colonial, Les Années pures (1872-1919), T1, Fort-de-France, éditions Désormeaux, 1995, page 39. Cf Annexe.</p>
<p>Abolition esclavage, 1848 : Guadeloupe par arrêté du gouverneur Layrle du 27 avril 1848. Guyane par décret apporté par Gatine, le 10 juin 1848. Réunion par décret imposé par Sarda Sarriga, le 20 décembre 1848. Quatre communes du Sénégal : Gorée, Ruffisque, Dakar et Saint-Louis du Sénégal et Algérie 1848 – avec situation particulière du fait des Maures propriétaires d’esclaves et des relations commerciales. Mayotte le 27 avril 1846 par le baron de Mackau, (il faut tenir compte des intérêts français qui souhaitaient détacher cette place géostratégique de l’archipel des Comores, cette abolition fut décrétée « à titre de laboratoire ? »).</p>
<p>Colosse de Rhodes : Statue en bronze et en fer de 32 mètres placée à l’entrée du port de Rhodes, œuvre de Charès de Lindos représentant le dieu grec Hélios (le Soleil) érigée vers 292 av. J.-C. en remerciement pour la résistance victorieuse au long siège, en 304 av. J.-C. de Démétrios Ier  Poliorcète « preneur de villes » (v. 336 – 283 av. J.-C.), roi de Macédoine (294 – 288 av. J.-C.) qui fut contraint de négocier avec les Rhodiens. Le Colosse s’écroula (la statue avait subi une torsion sur les genoux) lors du tremblement de terre de 225 av. J.-C., dieu tutélaire de Rhodes, les habitants respectèrent la volonté de l’oracle qui  en interdisait son redressement ainsi les ruines restèrent visibles jusqu’en 654. Elles ne survivront pas à l’expédition arabe, conduite par Muawiya 1er, lieutenant du calife Othmân Ibn Affân, de cette même année. Selon la Chronique de Michel le Syrien, les 20 tonnes subsistants &#8211; 13 tonnes de bronze et 7 tonnes de fer – furent démontées, emportées puis vendues à un marchand juif d’Emèse.</p>
<p>Le Colosse de Rhodes fait toujours débat aujourd’hui. Sa technique de construction lui a valu d’être classé dans la liste des 7 merveilles du monde.</p>
<p>Sources :</p>
<p>Darsières Camille : Joseph Lagrosillère, Socialiste colonial, Les Années pures (1872-1919), T1, Fort-de-France, éd. Désormeaux, 1995, p. 39.</p>
<p>Howatson M. C. : sous la direction de, Dictionnaire de l’Antiquité, Mythologie, Littérature, Civilisation, Université d’Oxford, (1989), éd. française Paris, Robert Laffont, Bouquins, 1993.</p>
<p>Sites visités : </p>
<p>&#8211; fr.wikipedia.org – 97land.com &#8211; <a href="http://www.caraibcreolnews.com" rel="nofollow ugc">http://www.caraibcreolnews.com</a> &#8211; <a href="http://www.fxgpariscaraibe.com" rel="nofollow ugc">http://www.fxgpariscaraibe.com</a>  &#8211; <a href="http://www.jeuneafrique.com" rel="nofollow ugc">http://www.jeuneafrique.com</a> &#8211; <a href="http://www.lemoule.fr" rel="nofollow ugc">http://www.lemoule.fr</a> &#8211; <a href="http://www.sarcelles.fr" rel="nofollow ugc">http://www.sarcelles.fr</a>  &#8211; <a href="http://www.senegal-online.com" rel="nofollow ugc">http://www.senegal-online.com</a>  &#8211; <a href="http://www.webtropical.com" rel="nofollow ugc">http://www.webtropical.com</a> &#8211; …</p>
<p>ANNEXE</p>
<p>Ernest DEPROGE</p>
<p>Discours du Lamentin, Martinique &#8211; septembre 1881. (Extrait) </p>
<p>in Joseph Lagrosillère, Socialiste colonial, Les Années pures (1872-1919), T1, Fort-de-France, éditions Désormeaux, 1995, page 39 sous le titre : L’Enfant d’une époque.</p>
<p>«  (…) Le premier besoin d’une société longtemps méprisée est de se relever aux yeux de ceux-là-même qui l’avaient injustement méconnue. Ce besoin nous l’éprouvons tous. Nous savons que l’estime s’impose et nous avons la prétention d’arracher l’estime de nos anciens détracteurs. C’est notre façon à nous de nous venger. C’est la seule revanche que nous voulons prendre du passé. Qu’ils se rassurent donc, et puisqu’aujourd’hui il est de mode de rééditer contre nous toutes les vieilles injures des temps anciens, qu’ils se souviennent que tous ceux des leurs qui ont parlé de nous, nous font exactement les mêmes reproches qu’eux, mais qu’à tous les vices qu’on nous trouvait, ils en ajoutaient un dernier qu’on oublie aujourd’hui : on nous reprochait avant toutes choses notre orgueil. C’est un bel éloge que ce reproche fait à des opprimés. Eh bien ! Qu’ils se souviennent qu’en cela au moins nous tenons de nos pères, et que si nous sommes assez exigeants pour vouloir ce qui est à nous, nous sommes trop orgueilleux pour rien envier aux autres, trop fiers pour prendre leur place sans la mériter (…) »</p>
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