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Hippomene Leauva : « Par la faute de mon fils, deux familles sont dans la douleur »

97Land : Dans quel état d’esprit êtes-vous suite à ce drame ?
Je pense d’abord à la victime. Je suis profondement attristé pour sa famille. Perdre un fils, dans ces circonstances, c’est terrible. Ensuite, je suis dans la peine pour mon enfant qui est la cause de cet événement définitif, irréversible. Mais il faudra qu’il assume ses actes.
Depuis hier, on ne parle que de sa mère car elle est connue comme actrice, c’est normal. Mais je ne vais pas me dérober. J’assume tant ma paternité que sa responsabilité, car, à 38 ans, c’est un adulte qui doit être conscient de ses faits et gestes. Quelques soient les circonstances, par sa faute, deux familles sont dans la douleur…
Je constate aussi malheureusement que dans cette embrouille, c’est « neg kont neg » puisque la victime est d’origine malienne. Ce sont toutes les valeurs auxquelles je crois, pour lesquelles je me suis battu qui sont bafouées. C’est un triste aveu d’échec.

97L : Parlez-nous de Keneff.
Tous mes enfants sont différents. Keneff est un garçon charmant mais imature, qui a eu tout ce qu’il voulait. Je ne vous cache pas qu’il a eu des condamnations. J’aurais voulu pouvoir vraiment échanger avec lui, le guider, qu’il trouve sa voie mais il n’écoutait guère mes conseils.
Selon ce que j’ai compris, c’est une histoire qui a commencé sur les réseaux sociaux. Comme on dit, « pawol ka fè pawol », ils se filment en permanence et les clashs sont permanents.
La victime, porteur d’un bracelet  électronique, a quitté le 95 (Val d’Oise) pour s’expliquer au domicile de Keneff à Pantin. Avec cette jeunesse, on ne sait jamais comment ça tourne.
Que s’est-il passé ? Ils auraient pu se reconcilier, devenir les meilleurs amis du monde. Des fois ça se passe bien, ça rigole, le lendemain c’est querelle, insultes. Un comportement imprévisible. Voilà le résultat.

97L : Pensez-vous qu’il soit plus difficile d’élever un enfant dans l’hexagone qu’aux Antilles ?

Je dirais que oui mais ça serait une explication trop simpliste. Aux Antilles, il y a certes la famille élargie qui peut t’accompagner mais quand j’entends tous les problèmes de la jeunesse au pays, tous ces meurtres, ce n’est pas non plus le remède miracle. Inversement, je vois dans l’hexagone des femmes de notre communauté, seules, qui se battent au quotidien et se débrouillent très bien avec leur progéniture. D’autres avec leurs deux parents, se laissent aller. Il n’y a pas de vérité absolue.

Ce qui me désole, c’est que j’ai connu la délinquance en Guadeloupe, j’ai pu m’en sortir, j’ai même réussi à aider certains. Et quand on a souffert, on ne veut pas que ses enfants subissent les mêmes désagréments. A l’époque, tu devais te débrouiller très tôt. Pour mener une vie normale, à un moment, il fallait rentrer dans le droit chemin. Autrefois la misère engendrait la délinquance. Maintenant on ne sait pas ce que son enfant a dans la tête, quelque soit le milieu social. Les ennuis viennent à domicile avec les portables. « Sé ti moun la ka chapé en men aw ».

97L : Comment voyez-vous la suite ?
Vous imaginez bien que là c’est le flou absolu. J’avais prévu de partir définitivement en Guadeloupe pour la fin de l’année… Évidemment que cela aura un impact.
En tous cas, Keneff sera jugé. Qu’il comprenne et accepte sa peine car il a asséné, selon les dires, pas un mais plusieurs coups de couteau. Ce n’était donc pas un simple accident.
Quand le moment sera venu je suis aussi prêt à rencontrer l’autre famille car, je le redis : ce sont les deux qui sont touchées. Pour l’instant ils vont enterrer un des leurs… C’est terrible à dire !
Pour Keneff, ce n’est pas le moment de l’abandonner malgré notre détresse. Il a commis l’irréparable, il aura le châtiment qu’il mérite. C’est aux juges de décider de son destin. Mais il reste mon fils malgré tout et ce que je souhaite au final c’est le revoir avant ma mort.
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Joël DIN

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1 Comment

  1. morouvif
    avril 16, 2021 at 14:21 — Répondre

    J’ai eu la chance le plaisir et l’honneur de connaître Hipo!
    Son discours est lucide et juste à mes yeux…

    C’est le discours de paix et de responsabilité que tout parent doit tenir dans ces cas-là..

    Mais s’il y a une chose que nous oublions,que nous négligeons souvent dans l’éducation des enfants et dont nous ne parlons jamais c’est bien de la culture, de l’ouverture sur d’autres cultures d’autres façons d’appréhender la vie, le monde et les relations avec les autres; ces apports influent consciemment ou non, qu’on le veuille ou non, notre comportement…
    pour pouvoir arriver à mieux gérer notre propre appréhension du monde et ne pas céder à l’impulsivité, l’agressivité, notamment.
    je parle ici de notion de philosophies, de théories philosophiques comme par exemple Nietzsche , Bouddha L’Eveillé, Lacan, Cheikh Anta Diop ou Cheikh Hamidou Kane, F.Fanon, par exemple..
    En résumé pour moi, l’éducation d’un enfant ne passe pas seulement par l’Encadrement des Parents, mais aussi par la possibilité de lui offrir une ouverture sur d’autres cultures et d’autres façons de comprendre le monde ;
    de manière à pouvoir mettre certaines choses en balance et ne pas être quelque part dans une espèce de « monochromatisme”de la vie, de sa vie..?

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