Société

Zemmour, il est vraiment méchant !

La télévision nous a donc offert un « affrontement » entre un polémiste aux idées racistes connues face à une jolie chroniqueuse self-made-woman issue de la diversité. Au risque de nous faire taper sur les doigts, nous ne hurlerons pas avec les loups, tant l’animatrice nous semble desservir la cause des anonymes qui subissent le racisme au quotidien dans la recherche d’un logement ou d’un emploi.

Hapsatou de Chaville, troisième d’une famille nombreuse, d’un père sénégalais et d’une mère mauritanienne, obtient un bac pro puis un BTS en commerce international et un Diplôme d’études supérieures économiques au CNAM.

Elle ouvre, en 2005, son premier salon de Beauté sur l’île Saint-Louis. Elle devient le modèle de l’entrepreneuse intégrée et chroniqueuse de 2012 à 2016 sur D8. En 2017, elle rejoint Thierry Ardisson dans Les Terriens du dimanche.

A ses débuts à la télévision, elle affirmait que ses professeurs lui expliquaient que ses chances de réussite étaient quasi nulles, les mêmes qu’elle cite aujourd’hui comme l’ayant encouragé et contre-exemple de Zemmour.

Eric Zemmour lui, est l’égérie des déclinistes de tous bords. Les musulmans, les étrangers, les banlieues, les femmes sont dans sa ligne de mire. Son credo : « pour vivre en France, il faut s’assimiler à la culture francaise ».  En janvier 2009, il s’interroge dans le Figaro Magazine, sur l’ancrage identitaire des prénoms. Nicolas Sarkozy a droit à ses critiques après avoir prénommé sa fille Giulia aux sonorités trop italiennes ou Rachida Dati et sa fille Zohra. Hapsatou Sy le sait, ou dans le cas contraire est déconnectée du monde réel.

« Pour moi qui aime ma France, que j’aime ce pays, que ça vous plaise ou ça vous déplaise, je trouve que ce que vous venez de dire n’est pas une insulte à mon égard, c’est une insulte à la France ». Tendant la joue en évoquant le choix de sa mère, Zemmour, buvant du petit lait et goujat au possible ne s’est pas privé pour la gifler à nouveau.

Pourquoi justifier de son amour pour la France ? Demande-t-on aux bobos du XVI eme de déclarer en préambule de tout discours leur attachement à la mere-patrie ? Et ce que l’on retiendra de cet échange, c’est qu’elle n’était pas prête à debattre avec le chantre de la Blanchitude. On se souvient de Lucien Jean-Baptiste interviewant Henry de Lesquen et déstabilisé par les propos de son interlocuteur alors qu’il était censé déconstruire son argumentaire.

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Eric Zemmour achève Hapsatou avec son « honte pour la France » qui ne le grandira pas mais laisse une Hapsatou abasourdie. Car la force de Zemmour est de ne jamais évoquer explicitement la couleur de ceux qui provoquent son ire, mais de la suggérer.

A cet instant, elle aurait pu déclarer être fière de son prénom africain, citer des Hapsatou reines; de son père qui lui a « transmis les valeurs du travail, la fierté d’être soi ». De sa mère, qui « ne savait pas lire ni écrire mais savait faire beaucoup d’autres choses ». Indiquer que son enfant Abbie subit le racisme.  » J’ai lu que mon enfant était un bâtard, qu’il était le fruit du métissage qui est une honte pour la France. J’ai lu des atrocités… » declarait-elle en mars dernier. Elle aurait pu répliquer à Zemmour qu’il n’est surtout pas détenteur de la vérité sur la France, que ses parents et grand-parents ont aussi construit ce pays, que le passé chrétien de la France ne justifie pas l’exclusion de ceux qui ne le sont pas. Rien de cela. Abandonnant le terrain des idées, celui de Zemmour, hystérisant la polémique, préférant porter l’affaire en dehors du plateau… par un buzz, elle a reçu le soutien de personnalités. Parmi elles, Nabilla….  Surtout un monde de paillettes. Une Hapsatou de 50 ans, inconnue, habitant Garges, pourrait-elle se défendre ainsi ? Comment un Mamadou d’une vingtaine d’années doit-il réagir quand on lui dit qu’il est une honte?

Zemmour lui, a réussi son coup. Plus de 200 000 personnes ont signé l’appel d’Hapsatou afin de l’effacer des écrans. Comme on a de la fievre, on casse le thermomètre, mais la fievre persiste. Il devient plus que jamais le philosophe de l’extreme-droite, le penseur libertaire, l’écrivain diseur de verité. On villipende les medias responsables de sa progression. Rappelons tout de même que l’incarnation de la pensée raciste contemporaine a été chroniqueur pour l’émission L’Hebdo, sur RFO Tempo.

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