Société

Un paquebot nommé désir

Pourquoi désirer mourir sur un paquebot ?

La notion de risque est à la base d’une prise de décision rationnelle : on pèse le pour et le contre d’une action, on fait un pari en connaissance de cause. Quand on s’embarque sur un paquebot en période de coronavirus, on prend le risque d’être contaminé, et de contaminer

ses enfants

sa famille

l’île entière

la Caraïbe

le monde entier.

Pourquoi alors flirter avec la mort ?

Parce que cela permet de sauver économiquement son pays !

Ce serait la première explication rationnelle. Nous serions donc des kamikazes de la croisière pour soutenir un secteur florissant, même si ce dernier est entièrement détenu par des capitaux extérieurs.

L’autre explication serait de l’ordre de la passion. Entre pulsions de vie et pulsions de mort, entre le renoncement et la vie tumultueuse sur le paquebot, entre la monotonie de nos existences et le sublime d’une croisière, notre passion nous aurait fait perdre la raison.

La raison manquerait-elle également à nos désormais célèbres activistes en Martinique, qui inversement injurient des touristes, les harcèlent, crèvent les pneus de leur bus, proférent une litanie de mots grossiers sexuels et « racialisants » ?

Ce qui est arrivé à des mères et pères de famille, bloqués aux escales par des états insulaires fermement décidés à stopper le virus pourrait prêter à rire si la mort ne rodait pas actuellement sur la planète.

Alors, nos croisiéristes baissent la tête honteux de leur passion, quand on les laisse enfin débarquer. Ont-ils comme dans la pièce de Tennessee Williams « un tramway nommé désir », à bout de forces, en chute libre, sauté dans le paquebot nommé « désir », pour fuir les fantômes de leur passé ?

Ils ont été victimes de la fièvre brûlante des modestes qui s’accrochent à leurs rêves pour ne pas tomber.

Ils sont devenus source de quolibets pour toute la Martinique et pour toute la Guadeloupe. Surtout si, comme sur la vidéo qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux, une femme hurle en proclamant qu’elle portera plainte contre la compagnie, que ses enfants ne doivent pas être victimes du virus. Nos croisiéristes antillais ne voudraient plus fréquenter les croisiéristes italiens. Les Italiens sont-ils d’un coup de baguette magique devenus des êtres veules et méchants ?

C’est l’occasion pour nous de revenir sur nos activistes anti-croisiéristes de Martinique.
On les a taxés de sauvages. Or, « la sauvagerie du processus de rationalisation générale de l’existence, par la violence avec laquelle il extirpe les éléments du monde hors de celui-ci (le désenchantement du monde) se voit confrontée à son effet pervers : un processus de rétroaction inavoué, une résurgence d’un archaïsme social, qui est une sauvagerie dont le seul but est de retrouver l’intimité dont l’abstraction grandissante du rationalisme moraliste nous a dépourvus ».

Nos sociologues sont bien gentils, mais il faut avouer que leur langage est déroutant.
Si on relit plusieurs fois la phrase, on finit par comprendre que nos activistes sont des êtres perdus dans une mondialisation forcenée, et que leur réaction à une entrée d’information terrifiante (le COVID 19), sur laquelle les populations n’ont aucune prise (réaction en chaîne comme la multiplication du virus), les fait régresser en des postures qui peuvent paraitre primitives et mutilantes pour autrui, mais qui selon eux consiste à préserver leur identité première.

Ce phénomène sauvage soi-disant irrationnel, n’est en quelque sorte que la violence sur le rationnel.

Le sacré (la défense de la Martinique) force attractive communielle et fédératrice, est aujourd’hui réinvesti à travers des formes d’être ensemble qui s’érigent donc par configurations symboliques typiquement archaïques.

Ces configurations archaïques sont présentes en premier lieu au niveau de leur philosophie « noiriste ». Parce que l’autre a une peau blanche, c’est une raison valable pour déverser toutes sortes d’ignominies et de commentaires à caractère raciste. Là est selon nous leur tare rédhibitoire.

Une autre caractéristique est que l’activiste fait étalage de mots sexuels sans équivoque.
« L’injure dans la psychose » de Damien Guyonnet, nous assure que l’injure blesse, l’injure choque. L’injure détruit. C’est son but premier.

Les conséquences pour le destinataire de l’injure, ravalé au rang d’objet, sont une forme de désignation à la fois brutale et humiliante, qui renvoie à l’instance du surmoi-sadique.

Mais s’il y a prédominance de la thématique sexuelle au sein des injures, c’est aussi qu’une extrême souffrance envahit le sujet qui profère ces insanités. Ce sont les psychanalystes qui le certifient.

Et il ne faudrait pas oublier que l’insulte ce n’est pas l’agressivité; l’insulte c’est grandiose, c’est la base des rapports humains, comme le disait Homère.

On peut soutenir que l’injure est saine, hygiénique et participe d’un certain esprit civique dans la mesure où les mots pallient les coups.
D’ailleurs, ne pouvons-nous pas remarquer, certes de manière anecdotique, qu’un étranger arrivant en Martinique afin d’en apprendre la langue commencera par y assimiler désormais les mots injurieux ? Les activistes font en quelque sorte œuvre de pédagogie active quand ils font découvrir un vocabulaire explicite à des visiteurs qui auraient séjourné autrement de manière futile dans l’île.

Si certains avaient cru pouvoir dire qu’il ne fallait pas mourir pour Dantzig alors que la Pologne était menacée par l’Allemagne hitlérienne, aux Antilles, il ne faut certainement pas mourir pour un paquebot.

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Théo LESCRUTATEUR

Théo LESCRUTATEUR

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