Culture

UN FILM EN CRÉOLE RÉUNIONNAIS

Sur l’île de la Réunion, un sac en plastique posé sur une route a une signification particulière. La coutume indique qu’il ne faut jamais marcher dessus, ni le ramasser ni le toucher, car il s’agit d’un « sac la mort » et le malheur vous tomberait dessus immédiatement. Déposé à la croisée des chemins, ce sac a pour but de vous libérer du mal, en le transmettant au premier qui marchera ou roulera dessus. « 

 sac la mort

Emmanuel Parraud le réalisateur parle de Patrice, un pauvre « boug les hauts » son personnage principal, celui autour duquel tout le film est construit, en quête de vengeance. Patrice est un cafre, un descendant d’esclave.

« Être esclave… c’est l’interdiction d’avoir une femme et des enfants, de pratiquer sa religion, de garder le contact avec ses origines, c’est ne pas avoir de sépulture, c’est être un animal, un jouet de son maître… C’est aussi se faire offrir un litre de rhum à 48° d’alcool chaque soir par son maître pour oublier son désespoir et surtout oublier de se rebeller, renoncer à son projet de fuir ou de tuer son maître pourtant bien seul au milieu de tous ses esclaves…

Aujourd’hui, le rhum n’est plus offert, il faut l’acheter, 10 euros la bouteille, 10 euros qui vont dans la poche des propriétaires des sucreries, un rhum industriel qui troue les cerveaux et donne la gangrène, qui te laisse une espérance de vie d’une cinquantaine d’années au mieux.

Patrice et ses amis boivent, le film est là pour rendre le spectateur sensible à tout ce qui construit cette situation, cette complexité, pour en arriver là. Certes ils ne sont plus fouettés aujourd’hui, mais ils sont relégués, ils ne comptent pour rien, le monde leur est indéchiffrable, inaccessible – on te donne ton RSA et reste chez toi, surtout n’en sors pas, tu n’es pas présentable, tu nous fais honte.

Ils ont tenté de faire leur vie en France métropole à 10 000 km pour faire fortune puisqu’ici ce n’était pas possible. Ils se sont retrouvés dans le froid à pousser la brouette sous les quolibets de leurs amis les Blancs, à boire pour se réchauffer, pour se faire accepter. Ils sont rentrés à La Réunion parce que tout leur manquait, les copines, la famille, la chaleur. Ils sont rentrés tête basse. Ils avaient  échoué. Ils étaient des ratés. C’était la honte pour la famille. Ils sont retournés au fond de leur case, à boire et s’enfoncer dans la crainte, la crainte de ne pas être aimés, d’être oubliés, de ne pas avoir d’argent. Une situation rendue plus insupportable encore par la présence de voisins jeunes et beaux promis à un brillant avenir..

Le film veut immerger le spectateur dans la tête de Patrice, l’amener à voir, réagir comme lui, ressentir comme lui cette hostilité et cette imprévisibilité qui l’entoure et l’inquiétude qui va avec. Lui faire éprouver ce sentiment de perte et de boucle infernale, de cauchemar, de somnambulisme, de solitude et de désespérance immense ».

« Sac la Mort » est sorti sur les écrans réunionnais hier.

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