Société

Twitter à la poursuite du chikungunya

Le réseau social a permis d’analyser l’attitude du public pendant une épidémie du virus en Martinique. A lire l’article de Jean Luc Nothias en intégralité sur Le Figaro.fr

En 2014 en Martinique, une équipe de chercheurs en «épidémiologie digitale» a recueilli et analysé les données collectées sur les réseaux sociaux en temps réel, servant de thermomètre pour connaître les sentiments des Martiniquais, leur réaction face à la propagation du virus…  Et a pu en conclure que, puisque les comportements humains sont un élément primordial de la propagation de l’épidémie, dans le temps et dans l’espace, Twitter était un excellent reflet de l’opinion publique et servait d’amplificateur aux bonnes comme aux mauvaises réactions (travaux publiés dans les Scientific Reports de la revue Nature).

Entre décembre 2013 et mi-janvier 2015, près de 72.500 personnes ont été infectées, dont 51 décès sur presque 400.000 habitants. On parle même, en prenant en compte ceux qui ne sont pas allés consulter de médecin, de 140.000 personnes touchées, soit un quart de la population.

«Compte tenu de son insularité et de sa superficie relativement modeste, la Martinique se prête bien à l’étude des facteurs de propagation spatio-temporelle.»

«Compte tenu de son insularité et de sa superficie relativement modeste, la Martinique se prête bien à l’étude des facteurs de propagation spatio-temporelle. De fait, la diffusion de la maladie s’est révélée suivre un schéma en deux ondes successives le long des axes de communication terrestre, depuis Fort-de-France, l’épicentre de l’épidémie, vers le reste de l’île», écrivent les chercheurs.

«Nous avons mené une analyse épidémiologique, écologique et digitale de l’événement», explique la socio-écologue Béatrice Gaillard, de l’université de Montpellier (IRD/CNRS), coauteur de ce travail. «Nous nous sommes appuyés pour cela sur les observations d’un réseau de médecins sentinelles sur toute l’île, sur des relevés entomologiques mais aussi sur une analyse lexicale des messages publiés localement sur Twitter à propos de l’épidémie pour pouvoir estimer le comportement des populations.»

Les messages contenant «chikungunya» ou «moustiques», près de 2000, ont été analysés pour y estimer le sentiment éprouvé, calme, peur, interrogations, etc. Les tweets, les partages, les «j’aime» sont un reflet de ce que pensent et font les gens. Et un amplificateur de certaines attitudes, qui donne une mesure en temps réel de ce qui se passe. «Intégrés dans des modèles mathématiques, ils révèlent que la prise en compte des comportements humains exprimés dans ces messages est nécessaire pour expliquer la courbe de progression de l’épidémie», explique la chercheuse.

«À un moment, il y a eu beaucoup de rumeurs, certaines propagées par des médecins, déplore Benjamin Roche, spécialiste de l’écologie des maladies infectieuses émergentes (IRD/UPMC), coauteur de l’étude. Beaucoup tournaient autour de médicaments ou de remèdes que les autorités auraient cachés. Une campagne d’informations a alors été menée pour démentir ces rumeurs.» Pour le chercheur, «le sentiment des gens a changé au fur et à mesure de l’épidémie. La panique du début s’est souvent tournée en fatalisme et en résignation. Si les Martiniquais sont habitués aux flambées de dengue le “chik” était nouveau. D’où une peur plus grande au début.»

Pour Béatrice Gaillard, «de tels travaux nous permettent de mettre au point très vite la réaction la plus efficace possible en termes d’action envers la population»…

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