Société

TONY DELSHAM : ACCEPTER LE DEVENU ET PENSER LE DEVENIR

Nos idéologues majeurs, Aimé Césaire et Edouard Glissant, à travers le concept de la Négritude pour le premier du Tout… Monde pour le second, de leur vivant nous ont demandé de ne pas oublier les différentes composantes de notre personnalité. L’Afrique fut donc toujours présente au Festival Culturel de Fort-de-France, manifestation initiée par le Sermac ( Service d’actions culturelles) mis en place par le maire de la capitale afin de répondre à ce qui, à l’époque, semblait être offensive guerrière du Cmac, ( Centre Martiniquais d’Actions culturelles) qui lui fonctionnait avec des fonds d’état via la Préfecture.

On décida d’aller chercher cette Afrique jusqu’en terres sénégalaises grâce à « Air-Martinique », éphémère compagnie aérienne qui vit le jour avec un capital 100% martiniquais. Hélas, le rêve dura le temps d’une … éjaculation . En effet, la colonne dépense très vite pulvérisa la colonne recette. Edouard Glissant, pour sa part, nous suggéra au nom du Tout-Monde de renoncer à la constitution du Lieu et de l’identité « car la notion d’identité est une création des cultures occidentales et qui a été imposée au reste du monde »

Enfin, troisième proposition initiée par Raphael Confiant, Patrick Chamoiseau et Jean Bernabé au nom du refus de la domination silencieuse : la Créolité. Concept qui, péremptoire et arbitraire, prétendit accompagner le processus de la Créolisation. Non pas dans le fond mais dans la forme en cannibalisant la langue du sieur Voltaire.

Avec cette troisième proposition, on pourrait conclure à une démarche qui tel Jean-Paul Sartre voudrait « mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence ». En réalité, ne sommes nous pas face à une interprétation complaisante de l’existence qui, comme l’observe Edouard Glissant, « érige le multilinguisme et le multi ethnisme en dogmes » sources, évidemment d’exclusion. La difficulté serait de déterminer le jour J, symbolisant la base de départ de la grande renonciation quant au parlé et à l’écrit du dominant tueur de civilisation. Devons-nous retrouver et ne conserver que le souvenir africain ? Ou la mémoire du nègre de l’Habitation ? Devons-nous extraire l’épisode de la Plantation, pourtant émaillée de nos grandeurs et de nos faiblesses, de nos lâchetés et de nos héroïsmes, de nos luttes et de nos renoncements ? Par quel puissant sortilège la femme pourra-t-elle éradiquer la blessure du viol dans ce mécanisme naturel : refus jusqu’au désespoir du violeur mais triomphe de l’amour maternelle qui toujours reprend ses droits, grâce au miracle de la vie ? Et quelle serait la légitimité de celui qui, prétentieux et fat, ferait réponse, forcément accoucheuses d’injonctions, à ces questions ? « Ni Africains, ni Européens, nous nous déclarons créole », imposent les concepteurs de « l’Eloge de la Créolité ».

Bien, bien, bien, admettons, mais quelle est l’époque de notre histoire, après la mise en relation maître-esclave, qui nous restituerait, aujourd’hui, une authenticité vierge de toute aliénation et libérée de la domination silencieuse ? Celle des Caraïbes finalement propriétaires légitimes d’une Martinique gagnée militairement sur les Arawaks ? Celle de Louis XIV, de Napoléon, du 22 Mai, de l’Amiral Robert, de la Négritude, de la loi d’assimilation de 1946 ? Et pourquoi pas celle de l’arrivée d’Alfred Marie-Jeanne, homme politique acharné a domicilier le pouvoir martiniquais, à la Martinique ?

La fin du vingtième siècle fut riche d’observations, d’autopsies, de conclusions, quant à nous-mêmes par des techniciens du verbe. Alors la mise en relation des cultures qui se sont affrontées en terre de Martinique, tressautant de nos hésitations et de nos convictions, de nos bravoures et de nos lâchetés, accoucha au final d’une manière de compromis, d’où émergea la personnalité martiniquaise. Elle aurait du être base d’une grande ouverture. Hélas, pendant longtemps, les propositions de nos penseurs pauvres du refus d’assumer notre « Devenu » ont accouché, aux cours des cinquante dernières années du vingt et unième siècle, de freins majeurs. Notamment une navrante philosophie de la victimisation où nous ne sommes coupables de rien : nos problèmes et notre mal-être s’expliquent par notre passé d’esclave, par l’oppression coloniale, par l’exploitation Békée pendant et après l’esclavage.

Cette attitude a durement pénalisé notre avancée en nous transformant en citoyens en digestion difficile, juste capables de messes incantatoires, de révoltes de crabes aux mordants coupés. Les arguments de l’un ou de l’autre camp n’ont pas toujours été à la hauteur de ce que l’Histoire attend de nous. Celui-là, niant nos ressources, niant nos potentialités, niant notre capacité à intégrer la tête haute l’ensemble français, avec autre chose que la main tendue et la terreur d’être précipités dans le club des pays pauvres de la Caraïbe, à développé une théorie misérabiliste chez beaucoup d’entre nous.

Cet autre, au contraire, surévaluant nos possibilités, magnifiant à l’excès ce que nous aurions pu réaliser hors tutelle française. Chacun s’installa, petit à petit, dans le confort hallucinant des révolutions virtuelles ou le yaka est souverain. Attitude qui déboucha, finalement sur un navrant arrêt sur image transformant notre passé en tentacules de pieuvre geôlière. Ce dernier, au contraire, doit-être tremplin d’un humus fertile. Aujourd’hui, nous avons tous les éléments de notre dossier.

Nous sommes un peuple domien d’une extrême originalité n’ayant pas obéi au mécanisme classique de la colonisation et de la décolonisation connu par les sociétés d’origine atavique. Les racines domiennes sont abreuvées par toutes les civilisations de la planète Terre et offre à la capitale parisienne une formidable surface maritime. En effet, le drapeau tricolore agace le nez chatouilleux de beaucoup de capitales notamment celui de ces prétentieux d’américains.

Tony DELSHAM.

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