Culture

« The Birth of a Nation » : Black Spartacus

Dans la Virginie du XIXe siècle, un esclave éduqué devenu prédicateur puise dans La Bible les arguments convaincant ses frères de chaîne de les briser. Le destin tant tragique que méconnu de Nat Turner inspire à Nate Parker un film digne, sans haine ni émollient. (le petit bulletin) 

“Au commencement était le Verbe”, énonce l’Évangile selon Jean dans La Bible, livre polysémique et contradictoire, justifiant comme il condamne l’esclavage. C’est justement par son savoir de ces textes aussi réversibles que paradoxaux que Nat Turner va s’élever et enclencher la première rébellion massive d’Afro-américains à l’échelle d’une région. Cultivé, ayant conscience de l’injustice frappant les siens et maîtrisant la parole, le prêcheur est devenu tel un Messie, la plus puissante des armes ; il connaîtra un destin similaire.

Sollicitée pour chanter lors de l’investiture de Donald Trump, Rebecca Ferguson a posé comme condition de pouvoir également interpréter Strange Fruit de Billie Holiday.

À ceux qui ignoreraient le sens de cette chanson à peine métaphorique, on conseillera le finale de The Birth of a Nation, illustration frontale des coutumes punitives jadis en vigueur chez les suprémacistes blancs. L’image de ces dizaines de corps lynchés pour avoir suivi la révolte de Nat Turner, conclut un film où l’humanité des esclaves est niée. Rappelant l’extrême jeunesse d’une démocratie atteignant à peine l’âge de raison — la liberté et l’égalité réelle entre les citoyens étasuniens datant de la seconde moitié du XXe siècle — et qui, à l’instar des tout-petits a pu prendre pour argent comptant d’avantageuses fables.

The-Birth-of-a-Nation-24

Telle celle déroulée dans l’antique Naissance d’une nation (1915) de Griffith. Longtemps intouchable car signée par l’un des pères fondateurs du cinéma, cette œuvre plus qu’ambiguë vantant les mérites du Ku Klux Klan (dont elle favorisa la réémergence) a depuis perdu de son lustre, minée par ses inexactitudes historiques et sa partialité.

Bien sûr, Nate Parker peut aussi être considéré comme partial, puisqu’il apporte un contrepoint notable à Griffith en détournant son titre et en se plaçant du côté des opprimés, dont il est un descendant. Toutefois, son film n’adopte pas pour autant un discours victimaire ou revanchard : il élargit le champ de la connaissance historique, dans une perspective dialectique et… critique. De fait, il envoie également se rhabiller le surévalué et démonstratif 12 Years a Slave de Steve McQueen, cet exercice de bon élève respectueux du cadre et des limites, produit autant pour complaire aux académies que pour soulager les consciences.

Ce qui blesse le plus ici, ce ne sont pas des coups de fouet filmés pour faire spectacle, mais les regards des personnages et ce qu’ils supportent comme charge : de face, de biais, de sang.

Vincent Raymond

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