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Teddy Lacroix : Au bout de 15 ans de carnaval, nous ne sommes pas là par hasard

Teddy Lacroix est un homme de terrain. Loin de l’image du président d’association cravaté, entre deux rendez-vous, son téléphone sonnant sans discontinuer, il nous explique comment il gère la plus grande manifestation ultramarine en Ile de France et prépare un grand festival carnaval de l’été au parc Jean Duclos de Blanc-Mesnil.

 

97L : Quel est votre rôle exact ?

Je suis Président de la fédération du Carnaval Tropical de Paris, fédération officielle du carnaval qui travaille avec la mairie de Paris depuis 15 ans. On organise les manifestations en Ile de France et on essaie de faire sortir nos groupes en Europe tels Rotterdam, Londres, etc… et aux Antilles comme le groupe Ethnic 97 avec lequel on est parti en Guadeloupe l’année dernière. On voit comment on peut faire pénétrer notre musique en dehors des frontières d’Ile de France.

97L : Quel est le bilan du carnaval 2016 ?

En terme de fréquentation, on n’a pas encore les chiffres. Mais les retours sur internet sont très positifs. Les gens ont beaucoup apprécié. Au niveau mairie ils sont satisfaits de ce qui a été présenté et au niveau préfecture, zéro incident à déplorer, ce qui est encourageant pour la continuité du projet. L’édition 2017 se prépare avec un grand village, des expositions. On est déjà en train d’y travailler. La seule ambiguïté est de savoir s’il aura lieu le dernier weekend de juin ou le premier weekend de juillet. Je pense plutôt juillet. Mais attendons pour l’affirmer.

97L : Quelle est la vie d’un président du carnaval ?

C’est une année de travail bénévole, des réunions en pleine semaine, en pleine journée à l’hôtel de ville, à la préfecture. C’est vrai que le poste de président est un titre ronflant mais qui implique des responsabilités et d’avoir du temps libre. Je réussis à me créer du temps libre par mon travail. Du coup franchement, si on a des horaires de bureau, pour moi ce n’est compatible avec cette fonction. Il m’arrive de prendre l’avion le jeudi et de revenir à Paris le dimanche.

Le jour du carnaval, je n’ai pas le temps d’en profiter. En termes de protocole, je ne suis pas sur le podium. Ce sont des contraintes que j’assume pleinement, cette mission m’a été confiée : il faut aller de l’avant et ne pas compter ses heures.

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97L : Peut-on établir des comparaisons avec celui de Nothing Hill ?

Non. Notre carnaval a 15 ans et n’est comparable à aucun autre en Europe. Si on regarde la progression, à l’époque, les gens étaient en tee-shirt déchirés, il n’y avait pas de barrières, pas de parade. On arrive à rehausser le niveau en termes de costumes. Si on veut se comparer à Londres, là-bas faut savoir qu’ils sont plus de 150 groupes à pouvoir déposer des dossiers, ils en retiennent environ 50 et les participants paient environ 150 livres (200 euros).

On est sur un terrain parisien, francilien. Le carnaval de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane ont leurs spécificités : Paris est en train de construire son identité qui n’est pas qu’ultramarine : il y a des chinois, toutes sortes de communautés qui se côtoient. Rotterdam avec son million de visiteurs est un carnaval privé qui n’a rien à voir. Nous avons une grosse faiblesse. Ce carnaval a été relancé par Maurice Jallier, repris par Antoine Bordin à qui j’ai succédé. Les instances ont du mal à nous faire confiance par rapport à des antécédents, des disparitions d’argent alors qu’on avait avant la maitrise du budget.  La confiance disparaît et on est en train de tout reconstruire. On en est là.

97L : Je suis Président d’association. Quelles démarches effectuer pour  participer au carnaval ?

Je pense qu’il faut avoir l’amour du carnaval. Ensuite il y une réunion par mois dès septembre. On peut consulter notre site, on nous appelle et on vient nous voir pour échanger. C’est s’inscrire dans une démarche d’intégration. On peut s’associer avec d’autres : vous êtes danseur, des musiciens cherchent un accompagnement  Mais surtout ne pas attendre pour se manifester. Le carnaval est une chose sérieuse qui se prépare des mois à l’avance avec des contraintes.

97L : Pourquoi ce carnaval n’est-il pas plus médiatisé ?

Les grandes chaines de télévision ne sont pas encore intéressées par notre carnaval. J’espère qu’elles le seront cette année. On fait un travail depuis 2011, l’année où nous avons défilé sur les Champs Elysées. Si je me souviens bien on est passé 7 secondes dans le journal. On continue de progresser en termes de costumes et en termes de visibilité. Le parcours redevient central à l’intérieur de Paris, c’est important. On a approché TF1 ou M6. Il faut franchir les obstacles.

97L : Faire venir des groupes d’Outre-mer, n’est-ce pas couteux financièrement ?

Là bas, le carnaval est sacré. Dans certains groupes en Guadeloupe les dépenses sont de 700 euros pour un costume. Les faire venir  permet d’abord de montrer aux groupes franciliens les progrès à accomplir en matière de costume, de performance musicale. C’est toujours bon de pouvoir se confronter aux autres.

Ensuite tous les groupes qui viennent au carnaval de Paris sont volontaires, ce sont des groupes organisés un an à l’avance, qui récoltent des fonds, organisant des manifestations, qui déposent des dossiers dans leurs régions pour l’aide au transport dans le cadre de la continuité territoriale.  L’organisation Mairie de Paris-Fédération prend en charge leur transport une fois sur place, ils sont restaurés deux jours et reçoivent un défraiement de 3800 euros. Cela leur coûte entre 45 000 et 50 000 euros.

97L : Le Carnaval n’est pas fini. Qu’organisez-vous les 2 et 3 juillet ?

C’est un festival carnaval de l’été qui permet à la fédération officielle de fêter ses 15 ans. C’est la 1ere fois que nous l’organisons. Le Carnaval a été avancé d’un mois par rapport à l’Euro. On ne pouvait pas faire cet évènement à Paris. On se projette donc sur la banlieue au Blanc-Mesnil avec défilé, concert live dans une ambiance familiale. Et bien sur j’invite tous vos lecteurs à y participer.

97L : On ne peut pas ne pas évoquer la polémique avec le village du Carnaval Tropical : 2 manifestations autour du même thème le même weekend.

On a une reine du carnaval élue en 2014 qui a des idées, une manière de voir, qui estime que la conclusion du carnaval n’est pas adéquate et s’achève de façon brutale : jusque-là pas de souci ! Il y a aussi des gens autour qui affichent leur carte de visite en disant : « C’est moi qui ai organisé le podium à la pelouse de Reuilly ». On a oublié les problèmes de bagarres, de gestion. Moi je suis un spécialiste de la sécurité, je ne m’improvise pas carnavalier. Si on fait de l’artistique, ça me parait compliqué de mélanger les choses au travers de ce que nous sommes en train de faire.

On essaie de rattraper du terrain par rapport à ce qui a été fait. On veut faire un final ? L’année dernière on a fait confiance à des compatriotes : on a dit « Un village oui mais sans vente d’alcool ». Tout le monde semblait avoir compris le mot d’ordre ou a fait semblant. Il y a eu vente d’alcool tout de même. Conclusion : la Préfecture n’a pris aucun risque cette année, il n’y a pas eu de village. Il faut le savoir.

Quand ça se termine mal il faut assumer les conséquences de ses erreurs et tant qu’on n’aura pas la possibilité d’encadrer parfaitement ce type d’évènement, il faut être prudent. Paris ne s’est pas bâti en un seul jour. Malgré toutes les tractations, la mairie de Paris nous fait confiance, nous avons l’appui les élus. Je présume qu’au bout de 15 ans, nous ne sommes pas là par hasard.

 

 

 

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