Culture

Taylor : « Je prie pour que d’autres ne subissent pas cet affreux préjugé qu’est le racisme »

Au dėbut du 20ème siècle, le vélo est un symbole de vitesse et de liberté. Aux États-Unis, un noir Marshall Taylor ose exercer son art, avec talent, dans un pays où le Ku Klux Klan impose la loi. Pour raconter son calvaire, Denis Chabroullet a choisi de mettre « le Nègre Volant » dans une dimension familière et intime, plaçant sa fille Sidney au centre de la scène, incarnée par une extraordinaire Carine Jiya à Lieusaint le 15 février au Théatre de la Mezzanine.

 

Taylor est né le 26 novembre 1878 dans l’État de l’Indiana. A Indianapolis, la riche famille blanche  qui emploie son père en tant que cocher a un fils du même âge et les deux garçons deviennent des amis. Taylor considérera des lors les blancs comme ses semblables.

Marshall reçoit un vélo et attire l’attention du propriétaire d’un magasin de cycle Tom Hay qui lui offre un emploi : 6 $ par semaine, plus un vélo gratuit d’une valeur de 35 $. En plus de nettoyer la boutique, Taylor organise un spectacle quotidien devant le magasin en uniforme de soldat ce qui va lui valoir le surnom de «Major». Ses performances attirent l’attention mais aucun officiel ne veut prendre le risque de l’opposer å des blancs.

Participant finalement à une course de 10 milles face aux meilleurs cyclistes amateurs de l’État, Taylor l’emporte largement. Il est alors pris en charge par Louis Munger, un ancien cycliste, rencontre les plus grands noms du vélo, dont le champion américain Arthur Zimmerman. « Je vais faire de ce garçon un champion », promet Munger à Zimmerman.

En 1895, Taylor participe à sa première course professionnelle à 18 ans au Madison Square Garden et se classe huitième. Par la suite, il doit lutter contre l’hostilité des coureurs blancs qui refusent d’être défiés par un Afro-Américain. Ses concurrents lui crient des insultes, le bloquent au sein du peloton, sont en collusion contre lui. Taylor terminant second d’une course à Boston, le troisième, une fois la ligne d’arrivée franchie se jette sur lui et cherche à l’étrangler, lui provoquant une perte de conscience durant 15 minutes.

Hors-piste, il est victime d’autres formes de racisme. Des hôtels lui refusent l’hébergement, des restaurants de le servir. On lui a attribue très souvent le dossard 13 pour lui porter malheur. Qu’importe ! Le  13 deviendra son nombre fétiche et il réclamera désormais partout la chambre n°13.

Taylor persévère. Malgré le comportement mesquin de ses concurrents et le défi quotidien des préjugés de son temps, il reste fair-play. Son hygiène de vie est saine – ni alcool, ni tabac, ni drogue. C’est également un chrétien dévot. Jusqu’au crépuscule de sa carrière, il refuse de courir le dimanche par respect pour sa foi baptiste.

Fin 1898, Taylor a établi 7 records du monde, non sans peine. Menacé de mort s’il prend le départ d’une course, on lui jette une autre fois de l’eau glacée au visage ou des punaises sous ses roues. Il lui est interdit de concourir dans le Sud. Remportant une épreuve au sprint, la victoire est attribuée au second, malgré les protestations du public blanc pour une fois acquis à sa cause.

Après avoir remporté un autre championnat national de sprint en 1900, il concourt pour la première fois en Europe l’année suivante. À Paris, il est traité comme une célébrité, devient « le Negre Volant ». Il est invité partout. L’accueil est tout aussi chaleureux en 1903 en Australie.

Revenu aux Etats-Unis, il redécouvre la ségrégation. Chaque course est une épreuve. Il ne s’entraîne plus avec la même  ardeur. Son adversaire français Gabriel Poulain analyse son mal-être : « Peut-être est-ce la tristesse, la disgrâce de se voir méprisé, insulté dans son pays natal après avoir connu à l’étranger l’admiration et l’hommage enthousiasme des foules ».

En 1910, Taylor arrête sa carriere sportive.  Il n’a que 32 ans. « Dans la plupart de mes courses, j’ai non seulement lutté pour la victoire mais aussi pour ma vie », avoue Taylor dans son autobiographie. «Seul mon courage intrépide et l’esprit de combat indomptable m’ont permis de continuer face à d’énormes difficultés.»

La suite de sa vie ne sera pas un long fleuve tranquille. Bien que respecté par la communauté noire, il va d’échec commercial en désastre financier. En 1924, le journal la Pédale se délecte de ses déboires. Ne manque en conclusion que le : « Y’a bon Banania » !

«Il paraît que le pauvre Major est dans une mouise épouvantable. Plus un maravédis. Toutes ses économies, il les a enfouies dans un tas de mauvaises affaires. Aujourd’hui, il est sur le point de redevenir plongeur à bord d’un transatlantique. La vie pour certains n’est qu’un éternel recommencement. Et Kramer en rigole en pensant à celui qui le gêna tant en 1902 et qui, décidément,  ne vaut pas un blanc !

Major Taylor ! Quel as, tout de même et comme il est navrant pour un vieux comme nous de se dire que « li bon neg » va être forcé, pour vivre, de vendre des cacahuètes.»

La crise de 29 le mettra sur la paille. En 1932, malade, Taylor décède seul. Il est enterré dans la section des pauvres du cimetière local. Des années plus tard, un groupe de cyclistes décide de lui rendre hommage. Sa dépouille est déplacée et sa pierre tombale est une ode à son essence profonde :

«UN CHAMPION DU MONDE DE VÉLO QUI A SUIVI SA VOIE SANS HAINE DANS SON CŒUR, AVEC HONNÊTETÉ ET COURAGE DANS LA CRAINTE DE DIEU. UN GENTLEMAN SPORTIF QUI A TOUJOURS DONNÉ LE MEILLEUR DE LUI. PARTI MAIS PAS OUBLIÉ. »

Extrait du livre Beyond Dr. King : More Stories of African-American Achievement

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