EvénementsMusique

Tanya St Val : Je ne peux pas chanter que « je t’aime moi non plus »

Tanya St Val est de retour à Paris et pose ses valises le temps d’un concert le 28 avril au Trianon. En quête perpetuelle d’originalité, elle se dévoile “autrement”, avec une musique aux influences multiples.

Travailler avec notre héritage musical 

97L : Comment te définis-tu musicalement ?

Tout simplement comme une chanteuse Caribéenne qui a exploité la porte ouverte par Kassav. Je m’y suis frayée mon petit bout de chemin cela fait pas mal d’années. Beaucoup plus tard j’ai pris conscience de la multitude de rythmiques que nous avons. Du coup j’essaie d’exploiter au mieux cette richesse. Sur le dernier album, il y a des chansons qui à la base sont des mendé, des lewoz au niveau batterie et percussions. On a ajouté des melodies dessus. « Arété » et la chanson d’Arnaud Dolmen sont des kalajas. Cela prouve qu’on peut travailler avec l’heritage musical qu’on nous a laissé.

Le Zouk est ma musique de prédilectation. Mais au bout de dix-huit albums, on a envie de faire des choses différentes, d’aborder d’autres thèmes. Soley est ma partie Zouk, Lune mon autre versant avec des chansons plus profondes qui dénoncent ou témoignent.

97L : Ce n’est pas possible dans le Zouk ?

Dans les années 80, on pouvait dire ces choses. Les gens dansaient. Je prends le cas d’Edith avec Marie, ca ne gênait personne. Aujourd’hui quand on travaille des chansons qui ne sont pas sur l’amour, ça dérange. Moi je ne me mets pas de frontières. Je navigue entre plusieurs univers et je tiens à ma liberté artistique.

97L : Avec un « tanbou » omniprésent…

Pour moi c’est tres important. Souvent sur scéne, je rentre avec un morceau dedié à la percu et je sors sur un solo de percu. J’aime cet instrument organique. Malheureusement on ne l’exploite pas assez. Le tambour est un élément qui nous vient d’Afrique et n’a pas d’équivalent pas aux Etats-Unis. A chaque prestation là-bas ils sont émerveillés.

J’aime beaucoup un morceau que mon pere m’a composé, « En mwé » en 2002 pour le bicentenaire de la première abolition en Guadeloupe 1802-2002. Il y a énormément de percussions avec en plus l’apport d’Akiyo. C’est un exemple de sons qui me plaisent. Mais on ne peut pas dire que je fais du gwoka.

Dans toute profession on veut les meilleures conditions de travail

97L : Qu’as-tu retenu de tes collaborations avec Johnny, Sardou ou Cabrel ?

C’est un autre level. Avec Hallyday par exemple quand on était en tournée, il y avait un camion réservé pour ses guitares. Et à chaque morceau il en changeait, quelqu’un spécialement chargé de les accorder pour lui. C’etait son job point final. Parfois ces artistes ne font pas de balance. Ils se réservent pour le concert. C’est assez impressionnant.

La première fois quand j’ai vu l’armada de techniciens j’ai eu le souffle coupé. J’avais quelqu’un qui me maquillait, une me coiffait, une autre qui m’habillait… Au niveau des micros réglés à la perfection, mon son ne bougeait pas. Et chacun son prompteur. Impossible d’oublier ton texte, tout est écrit. Je n’ai jamais retrouvé ça dans notre communauté. C’était plus que pro. Je n’avais qu’à chanter.

97L : Ce haut de gamme ne te manque pas ?

C’est une question de moyens. Hallyday c’était du lourd, je n’imagine même pas ce que ce doit être pour Beyonce. Bien sûr, comme dans toute profession, on voudrait le matériel dernier cri, les meilleures conditions de travail pour être le plus performant. Mais la passion compense. L’important c’est d’être pro, de ne pas collaborer avec les « tchoqueurs ». En un mot respecter le public.

Le 28 avril, une ballade intemporelle

97L : Qu’as-tu prévu pour le concert du 28 avril ?

Cela fait longtemps que je ne m’étais pas produite à Paris en live. Apres l’Olympia, le Casino de Paris, la Cigale, le Zénith, me voici dans la belle salle du Théâtre du Trianon. C’est une ballade intemporelle sans chronologie imposée. On va retracer ma carriere avec les zoukgold des annees 80,90, des titres de 2000 et le dernier album. Avec Victor O on interpretera le duo Doucine. Les musiciens qui m’accompagnent sont en pleine répétition : Yohan Danier à la batterie, Gwen Lahudeux basse, Boris Adelaide aux percus, Nicolas Pelage et Lina Ray choeurs et le pianiste chef d’orchestre Jonathan Jurion.

97L : Qui est le public de Tanya Saint Val ?

Je pense qu’il y a de tout. Ceux qui me suivent depuis le début, les fans qui ne ratent aucun concert, ceux qui m’ont découverte en cours de route. Il y a des gens âgés qui me considèrent comme leur fille, des gens de 20 qui me disent : « Ma mère m’a fait écouter vos musiques ». Une dame me confiait qu’elle a rencontré son mari sur « Calins ». C’est du pur bonheur d’être ainsi intégrée dans leurs vies ! La musique a beaucoup changé mais le public reste fidèle.

Je ne peux pas chanter que « Je t’aime, moi non plus »

97L : Entre ta 1ere apparition télévisuelle avec ton père et aujourd’hui, es-tu la même ?

Non, ce n’est pas possible ! Les premiers temps sont les moments d’insouciance puis viennent les responsabilités. A chaque âge on découvre des choses. Ma musique est aussi le reflet de l’évolution de mes réflexions. Je suis femme, mère, épouse et mon rôle est de témoigner de mon vécu.

Mes préoccupations ne sont pas les mêmes qu’il y a 10 ans. J’ai envie de m’adresser aux jeunes. Je ne peux pas chanter que « Je t’aime, moi non plus », j’ai des choses à raconter à mes fils, je partage les mêmes soucis que toutes les femmes. Ça fait peur à certains, dirait-on.

97L : Ton opinion sur l’avenir de la Guadeloupe entre Chlordecone, CHU en péril et Sargasses ?

Moi je pense que la Guadeloupe n’est pas plus mal lotie que n’importe quel pays. En France c’est pareil. Quand on regarde les États-Unis ce n’est pas la panacée. J’ai même envie de dire que c’est pire. Il y a de nombreuses villes mortes aux USA quand les usines ferment comme à Detroit.

Il faut faire face au changement climatique et aux pollutions. Je pense que ça ira de mal en pis. Vini fou est mon cri contre les industriels pollueurs. Mais sommes nous vraiment préparés ? A t-on conscience de ce qui nous attend ? Et puis l’ère change. Par exemple, le papier monnaie est en train de disparaître. On est au début d’une révolution digitale. On ne sait pas comment vont évoluer les choses.

On ne peut céder aux malfrats sous prétexte de notoriété

97L : A propos de digital, qu’en est-il de la tentative de chantage sur internet à ton encontre  ?

J’avais reçu un message Whatsapp d’un gars avec deux petits yeux (je l’ai gardé pendant très longtemps) me menaçant de fermer tous mes comptes dans un délai de 14 jours après avoir réussi à en clôturer un. Des années de travail. Je n’ai pas accepté le chantage. Je lui ai dit : « Ferme tout ». J’ai flippé je me suis dit que je devrais tout recommencer à zero. Mais je l’ai fait. On ne peut pas céder aux malfrats sous prétexte de notoriété.

Souvent on oublie de revoir et réinitialiser ses codes. Mettre énormément de chiffres. J’ai compris pourquoi ça m’était arrivé. J’ai eu la chance de recréer des comptes assez rapidement. J’ai été à la gendarmerie. Je savais que ça n’irait pas très loin mais c’était pour le principe. Mais je trouve ça audacieux et très surprenant. Je ne suis pas quelqu’un de riche. Je pense que ce sont des gens de ma communauté. Sinon quel est le mobile ? Je ne suis pas un footballeur. Peut être aura-t-on la réponse un jour ?

C’est un métier oú il faut savoir tout mener de front

97L : Quels conseils donnerais-tu à un jeune voulant se lancer dans cette carrière  ?

Déjà se renseigner pour savoir si on a un véritable talent avec des gens neutres qui n’auront pas peur de vous dire la vérité. Si c’est du chant, choisir un professeur qui vous permette de progresser, d’acquérir les techniques vocales. Ce sont les premiers conseils. Mais il faut savoir si c’est une fille que c’est un metier oú la vie de femme est mise entre parentheses. Il faut pouvoir consacrer du temps à sa famille, mener tout de front et déterminer ses priorités.

Il n’y a plus de maisons de disques. Il faut être aussi chef d’entreprise, gerer sa carrière et sa société quoique chez nous il n’y a pas véritablement d’intermitents du spectacle, parcequ’il n’y a aucune structure qui paye les charges sociales pour les artistes. Il y a tout à faire.

Previous post

Pouthandu Vajtoukkal à la communauté Tamoul de La Réunion

Next post

Soutien du CHU de Martinique au CHU de Guadeloupe

Joël DIN

Joël DIN

No Comment

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *