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Simon et Jean-Philippe deux apôtres du Zouk en quête d’absolu

Se retrouver entre Simon Jurad et Jean-Philippe Marthely c’est côtoyer deux monuments de la musique martiniquaise. Leurs propos peuvent être classés comme évangiles dans la bible du Zouk et le premier à prêcher la bonne parole est le disciple…

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97L : Pipo d’abord ton bilan des 3 jours de Kassav ?

Je dirai exceptionnel, intense. Ca s’est très bien passé : un super public, trois salles au top. Pour nous c’était l’apothéose, on était vraiment contents. On a essayé de faire le maximum. Les retours sont très positifs. On continuera à transporter cette musique dans le monde entier.

97L : Justement on a vu beaucoup de métropolitains. Est-ce une surprise ?

Moi je ne suis pas étonné. Ils ont commencé à arriver en masse ça fait 3/4 ans. En province, c’est pareil, l’ambiance est chaude. Cette musique elle te prend par les tripes, tu perds la tête positivement.  On aurait dit qu’ils acceptent mieux notre musique que dans la communauté.

97L : Jocelyne est très critique par rapport au zouk en français. Es-tu de son avis ?

Absolument. On cherche à défendre la  langue créole au maximum. Attention ça ne me gêne pas de chanter en français, je n’ai pas de soucis dessus mais il faudrait faire appel à quelqu’un qui sache écrire dans la langue de Molière. A la Réunion, j’ai vu comment ils se moquaient de certains chanteurs antillais avec leurs morceaux français et je ne peux que leur donner raison. Cela prouve qu’il faut être bien entouré quand on est un artiste et respecter le public.

97L : Tu chantes sur l’album de Simon Jurad. C’est un retour aux années 70.

Nous avons cette musique en nous. Et les gens se disent : ça c’était de la musique ! C’était plus profond qu’on ne le pensait et on verra de plus en plus de reprises d’anciens morceaux si certains sont malins. Avec ce CD, « Intemporel » Simon prouve qu’il est toujours au top. C’est un retour aux sources. Quand on voit que sa musique « Woulé » a été reprise par le grand Carlos Santana avec plus de 11 millions d’albums vendus on ne peut que regretter que chez nous Opération 78 n’ait pas été plus soutenu.

97L : Simon, parle nous de ta musique.

Après 6 ans avec la Perfecta, pour des raisons personnelles j’ai monté mon propre orchestre pour exprimer ce que je ressentais dans mes entrailles avec des amis qui étaient sur la même longueur d’onde que moi. C’était en 1978 c’est devenu Opération 78.

Ensuite, j’ai pris du recul au niveau discographique mais je faisais du live : c’est vivant et cela ne me dérangeait pas dans la mesure où cela se passait bien. Les jeudis de Simon Jurad faisaient se déplacer des foules entières. Je pense que les gens sont revenus aux vraies valeurs. Le public a été frustré. Le Zouk-love s’est dilué dans une absence de mélodies, de recherche. Le « Mwen assiz en lè on woch, ou pa ka vini, mwen maléré » est à bout de souffle.

Lorsqu’on compose, il faut être soi, ne pas tricher, composer sans se poser de questions. Très souvent, on agit en fonction d’un succès : Kassav fè tel bagay… En nou fèy on manyè. Non !!! Tu as une idée, développe là.

97L : Pipo comment définirais-tu ta collaboration sur l’album de Simon ?

On appelle cela des retrouvailles. C’est plus que de l’amitié. C’est lui qui m’a lancé. Simon persévère dans ce qu’il fait. C’est un combattant, il se bat pour sa musique, pour l’amour de son boulot. Et je suis très fier d’avoir participé à son nouvel album.

97L : Simon comment as tu découvert Marthely ?

Je cherchais un chanteur et deux jeunes ont attiré mon attention. C’est vrai que c’était un débutant. Comme on dit chez nous : « I té ka tchoké ». Jean-Philippe est arrivé et a chanté « 10 ans plus tôt » de Sardou. Tu vois son évolution !!! Il y avait Pognon arrivé en même temps et qui était plus avancé techniquement. Mais j’ai pris les deux et j’ai dit à Pipo qu’on allait travailler. Il habitait le Vert-pré et tous les matins Pipo venait à Fort de France quelque soient les circonstances. Je lui ai appris tous les rouages du métier. Il était à l’écoute. Le travail il n’y a que ça qui paye. Tu as vu sa maitrise de l’espace au Zénith ?

97L : Pipo parlait de manque de reconnaissance à ton endroit. Es tu amer ?

Pour la reprise par Santana sous le nom Hermès, c’est plutôt une satisfaction personnelle. Je pensais au départ à une plaisanterie. C’est quand ses avocats se sont manifestés que j’ai compris que la proposition était sérieuse. Mais  en Martinique on ne m’a guère félicité pour cela. J’entendais : « Ah bon ? I dwet touché ti bwen lajen » et très peu de félicitations.

La musique doit être universelle, on ne doit pas faire de nombrilisme, mais je suis pour la formule : « Nous d’abord, les autres après ». Quand je vois en Martinique le pourcentage de musique étrangère qui passe au détriment de la musique antillaise, je dis qu’il y a un problème. Pour une diffusion aux Antilles, il faut être ami avec l’animateur ou lui donner du blé…

Lionel Richie (grand artiste respect !) sort un album. Je pense qu’il ne l’a pas envoyé aux animateurs locaux, il bénéficie pourtant d’une promotion sans faille. Nous les artistes régionaux, on a du mal à passer même quand l’album est de qualité.

Pipo : Il faudrait analyser cela mais ce n’est pas seulement dans la musique…

97L : Sur ton album, retrouve-t-on le son Simon Jurad ?

Bien sur mais sans prétention il a un son 2016 voire 2020. Nous avons mis les ingrédients adéquats tout en gardant la couleur Simon Jurad avec les apports de Pipo et de Pognon. On s’est toujours apprécié. C’est Jean-Philippe qui m’a boosté : « Mwen disponib. Lè a rivé pou nou fè on bagay ». J’ai aimé cette stimulation. On a sollicité Ronald Tulle qui a fait les arrangements, les chœurs avec Rodrigue Marcel. Patrick Chamoiseau, Wilfried Fontaine ont écrit des textes. Je pense que cet album mérite d’être écouté !

Pipo :  Les 8 titres sont tous différents, c’est vraiment éclectique ! Ecoute, danse… On chante la situation sociale de l’île… Le wacha de Simon et une ligne de piano dans « Richess nou » à tomber par terre.

97L : Pour les vacances, des retrouvailles avec la Perfecta…

Oui… Comme l’évènement du siècle Mohamed Ali/Joe Frazier en 1974. Opération 78 et la Perfecta à la Pallouza tous les vendredis pendant les vacances : « Evé nou dé sé ké le pied ! » (rires)

Simon Jurad 3

Simon Jurad poursuit sa route

 

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Joël DIN

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