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Si tu l’ouvres, il faut que tu fasses rire, ou en tout cas que tu fasses plaisir…

Patrice Evra a craqué. Comment ne pas voir dans son coup de pied, une façon d’évacuer la haine et les quolibets qui l’accompagnaient en France ? Honni par les journalistes et les supporters marseillais, il s’était réfugié dans le rôle du « comique de service », se mettant en scène tous les lundis sur son compte Instagram.

La réaction d’Evra : « Super résultat ce soir, bien joué les gars. Je suis très fier de vous. Merci aux vrais supporters de Marseille. Je reçois beaucoup de soutien de leur part ». (5 novembre)

« I love this game » ! Ce gimmick de Patrice Evra résonne étrangement, car il est justement celui qui n’a jamais convaincu en France au niveau sportif, surtout ce dernier mois. Décrit comme prétentieux ayant la grosse tête, Jean Michel Larqué, hurlant avec les loups déclare : « Cela restera un joueur parmi tant d’autres, qui aura évolué dans des équipes avec un formidable palmarès, et en tant qu’homme, un triste sire ».

Triste ? Tout au contraire, depuis le début de la saison, Patrice Evra ne cessait de faire rire par ses vidéos. Après avoir vanné Courbis, Menez et Dugarry en 2013, Evra jouait avec son image, abandonnant son rôle de footballeur pour celui de comédien. Son corps le trahissant par le poids des années, lui qui avait toujours lutté courageusement contre l’adversité, s’adonnait aux vidéos et autres répliques cinglantes déroutantes. Avait-il compris inconsciemment que son statut d’international ne correspondait pas à ce que l’on attendait de lui ? Il fallait faire profil bas, demander pardon au peuple marseillais, implorer. Il ne l’a pas fait, choisissant de faire le clown. L’homme à l’ego démesuré a été déclaré incontrôlable. Portant à son front le sceau de l’infamie, Knysna, on attendait la chute.

L’ancien chef de presse de l’équipe de France François Manardo parle de l’homme de Knysna : « Un beau jour, il faudra crever la bulle. Dire ce que tu as avais sur le cœur en Afrique du Sud. Dire que tu t’es inutilement sacrifié sur l’autel de la sacro-sainte intimité du vestiaire, à y jouer les combattants de l’inutile ».

A la coupe du monde 2010, Patrice Evra découvre qu’il est le nouveau capitaine de l’équipe de France. Aux premières notes de l’hymne national contre l’Uruguay le 11 juin, il pleure d’émotion. En interne, l’ambiance est délétère : William ­Gallas, à qui semblait promis le brassard de capitaine boude, Thierry Henry devenu remplaçant parle peu, Ribery déprime, Gourcuff ne communique pas avec les autres, Raymond Domenech fait de la politique et maintient les joueurs dans un univers paranoïaque. Evra, investi par sa mission, tente de recoller les morceaux entre joueurs, manipulés par un machiavélique Domenech.

L’épisode du capitanat est loin pour les deux hommes (Patrice Evra, William Gallas)

Après la une de l’Equipe suite aux propos prêtés à Anelka, le président de la Fédération, Jean-Pierre Escalettes, tient une conférence de presse aux côtés de ­Patrice Evra. La chasse à « la taupe » est lancée. Il sera pardonné à tous les autres sauf à Ribery et lui. Pourquoi ?

Meneur d’hommes, Patrice Evra a cru pouvoir ressouder l’Equipe de France et affronte seul la tempête médiatique. Il ne baissera jamais la garde devant les journalistes. La pseudo enquête menée par La Fédération Française de Football se conclut rapidement et n’aboutit pas.  Evra lui, convaincu d’avoir « sauvé le groupe », ne dira jamais un mot pour se dédouaner.

5 fois champion d’Angleterre et 2 fois champion d’Italie, 5 fois finaliste de Ligue des champions (soit presque autant que l’ensemble des clubs français) et vainqueur en 2008, respecté à l’étranger, Patrice Evra arrivait au terme de sa carrière. A Marseille, dire que ses prestations n’ont pas convaincu, est un euphémisme. Mis sur la touche, il a cru pouvoir continuer, refusant d’abdiquer. Les supporters de son club l’ont « aidé » à abreger sa carrière. Son match de trop n’a même pas eu lieu puisque l’incident à Guimarães débute lors de l’entrainement par un lancer de bisous de Tonton Pat à ceux qui l’insultent. Un témoin de la scène dira : » Je ne dirai pas les mots car c’est un peu vulgaire mais il s’est retourné en insultant les mamans des supporters ». (un vrai antillais ce Pat !)

La thèse raciste

Leonora Miano a une thèse très intéressante sur les afro-descendants : « (Quand tu es un homme noir) … tu peux chanter, tu peux faire du stand-up, quand tu veux parler. Mais on voit bien sur des questions épineuses que ce sont plutôt les femmes qui parleront. Ou alors ce seront des hommes qu’on autorise, comme les rappeurs. Même si ils veulent porter une parole subversive, politique, on les verra comme des gens du divertissement »…

Omar Sy en a récemment fait les frais. Eric Zemmour estimant « flatteur d’être traité de guignol par un guignol », l’acteur populaire a préféré arrêter sa promo. Après avoir rappelé qu’Eric Zemmour a été condamné, celui-ci a renvoyé le comique à ses origines : « Un criminel, c’est quelqu’un qui a commis un crime. Je sais bien que de Trappes à Hollywood, il n’a pas eu le temps de maîtriser la langue française ».  Omar Sy a vite compris que tout ce qu’il dirait serait déformé et a préféré se taire.

Sur le plateau de 20h foot, Pascal Praud évoque l’affaire du coup de pied. Rost, chroniqueur s’interroge sur le caractère potentiellement raciste de la provocation. Pascal Praud devient hystérique : «Arrêtez ! Je vous interromps. Arrêtez de mettre les insultes racistes à tout bout de champ sur le débat ! C’est intolérable !». Rost s’apprête alors à quitter l’émission, au grand étonnement de Praud. Puis intervient un Jacques Vendroux, ancien journaliste de Radio France (à l’origine d’un putch contre Henri Michel au profit de Michel Platini, donc un modèle de vertu) s’offusquant à son tour de la thématique du rappeur.

En fermant immédiatement cette piste, Pascal Praud nie à Patrice Evra sa dimension humaine. Vous souvenez-vous de la réaction de Christiane Taubira face à une journaliste lui rappelant les insultes racistes dont elle a été la victime ? “Quand on subit une telle violence, c’est à moi de venir face à cette dame-là, ce qu’elle dit ? Je vais venir faire de grands développements philosophiques ? Enfin, où sommes-nous ? Elle attaque juste une personne, là ? Elle attaque un pays, des valeurs, une histoire. Et vous m’interrogez moi ?”, demande-t-elle à son intervieweur.

 

Désigné Ennemi public n°1, il préferait en rire

Au Canal Football Club, Menez confirme qu’Evra a été traité de singe. Un proche d’Evra souffle au journal La Provence : « Il sait que ce qu’il a fait n’est pas correct. Aujourd’hui, le plus important, c’est de sauvegarder son image, mais aussi celles du club et des supporters ». Enfant des Ulis, tu as le droit de rapper, danser, faire le pitre, mais pas de vouloir le respect.

L’enfant de Dakar parle bien et a une phrase choc pour chacun. Lilian Thuram par exemple a déjà pris pour son grade : « Il ne suffit pas de se balader avec des lunettes et un chapeau pour devenir Malcom X ». Chambrant les journalistes sportifs français, pas habitués à avoir du répondant en face d’eux, il s’est donc construit un personnage qu’il a fini par croire indestructible.

Evra, le pseudo-supporter et les médias. 

« ​Compte tenu de son humour, je pense qu’il a encore quand même un avenir. Je me l’imagine humoriste, avec des jeux de mots extraordinaires: Fernandez et Fernandel, Courbis et Tournevis. Ça, c’est exceptionnel ! Tu t’imagines le mec seul sur scène, en train d’expliquer les qualités qu’il avait et la carrière qu’il fait ? Ça ne peut faire qu’un tabac ! » claironne Rolland Courbis.

Qu’importe le « comportement inacceptable de la part d’une poignée de provocateurs ayant proféré des injures haineuses particulièrement graves à l’encontre du joueur », comme l’indique le communiqué de l’Olympique de Marseille. Un Marseillais parcourt 800 km pour venir l’insulter au Portugal après une série de tirs ratés. Le seul et unique fautif c’est lui. Denis Troch, ancien adjoint du PSG et préparateur mental  témoigne : « L’être humain peut être interpellé sur des mauvaises performances ou un geste manqué, mais on ne peut attaquer l’homme et la personne. Quand les sportifs sortent de leurs gonds, c’est généralement après avoir été touchés profondément ».

Pour Daniel Bravo « Evra traîne ses erreurs comme un boulet… Il se fait descendre même par d’anciens joueurs, mais quand on a été joueur et qu’on a subi des insultes, on sait que c’est difficile à encaisser… Je respecte ce qu’Evra a fait parce qu’il est courageux : maintenant, il aura les ultras contre lui, il est tout seul ».

« Un grand moment d’émotion pour ma visite à la maison des esclaves ! Pour certaines personnes je suis juste devant une porte, mais cette porte s’appelle la porte du voyage sans retour » … Pat Evra peut se montrer humble

Jean-Claude Giordanella a connu Thierry Henry et Patrice Evra, dès leur plus jeune âge aux Ulis.  « Thierry, c’était le coléreux, très difficile à vivre »… Plus calme, presque timide, Evra conserve une place à part dans le cœur de son ancien éducateur. « C’était un bon gamin. J’ai une tendresse particulière pour lui ».
Le 20 juin 2009, la commune des Ulis inaugure un synthétique, au coeur de la cité des Bosquets. Thierry Henry a financé en grande partie ces installations… Patrice est plus présent… L’an dernier, il a invité le groupe senior à Manchester pour le 8 e de finale retour de Ligue des champions contre Lyon, tous frais payés. Il est comme ça, Patrice… (Le Parisien 26 mai 2009)

Thierry Henry depuis sa retraite sportive a toujours refusé de travailler pour les médias français mais est consultant sur une chaîne de télévision anglaise.

« Je ne comprendrai jamais, s’interroge Philippe Piat, coprésident de l’UNFP, pourquoi en Angleterre – même si quelques exactions semblent venues, ces derniers temps, rebattre les cartes -, les supporters chantent et chantent encore alors même que leur équipe préférée est menée 3-0, alors que les supporters français sont capables de brûler les voitures de leurs joueurs pour un 0-0 à la pause, d’envahir un centre d’entraînement au lendemain d’une défaite, d’insulter un joueur de leur équipe, pis de vouloir en venir aux mains avec lui. Question d’éducation sans doute, de compréhension du sport, d’amour du football…

Cela n’excuse en rien la réaction de Patrice Evra, mais il n’y pas qu’un responsable, il y a aussi des coupables, protégés par l’anonymat, que l’on veut croire et que l’on appelle supporters… Patrice Evra, lui, a avancé à visage découvert, saoulé d’invectives toujours plus fortes. Ce qui ne lui donne pas raison, ce qui ne fait pas de lui un justicier, mais replace simplement les choses dans leur contexte… »

Patrice Evra doit être sanctionné, car il a commis une faute et l’Olympique de Marseille et autres clubs français feraient bien de se débarrasser de ces supporters. Une nouvelle ère de la vie du latéral aux 81 sélections commence. Qu’espérer d’autre qu’un jour, les deux protagonistes puissent s’expliquer calmement en se présentant mutuellement des excuses ? Il n’y aurait alors qu’un seul vainqueur : le « game ».

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