Société

SERGE ROMANA EN GRÈVE DE LA FAIM : TRISTES TROPIQUES DE LA REPUBLIQUE. 

 

Serge Romana, figure de la communauté antillaise, est en lutte pour la mémoire de nos aïeux esclaves et pour notre dignité bafouée depuis si longtemps ! 

Hommage au Comité Marche du 23 Mai 1998 fondé par Serge Romana après l’historique marche du même nom. Le CM98 à qui nous devons la mise à disposition de tous, de l’origine des noms et matricules d’esclaves de nos ancêtres et parfois la provenance du bateau négrier les ayant déportés.

De cet événement du 23 mai 1998 est né tout le cheminement vers la loi du 10 mai 2001, dite loi Taubira reconnaissant l’esclavage comme un crime contre l’humanité.

Une circulaire de 2008, obtenue par Patrick Karam alors délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer, a fait du 23 mai une date de commémoration reconnu nationalement. Aujourd’hui, l’état remet en question cet acquis.

Rappelons ici, les débats légitimes autour des réparations suite aux plus de 3 siècles d’esclavage. La remise en cause de la date du 23 mai comme jour de recueillement, de communion à la mémoire de nos ancêtres, résonne comme une autre humiliation à leur endroit et une insulte pour les descendants d’esclaves que nous sommes.

À ce sujet, rappelons également l’amnésie volontaire de l’Etat d’avoir toujours préféré ignorer le 27 avril 1848. C’est pourtant à cette date, sous le gouvernement provisoire de Lamartine, que Victor Shoelcher, les abolitionnistes de France, obtiennent la seconde abolition de l’esclavage de l’histoire dans les colonies françaises.

L’histoire ce sont des faits que nul ne devrait pouvoir contester. Oublier cette date pourtant républicaine fut une erreur. Remettre en question le caractère commémoratif du 23 mai est une décision plus lourde de conséquence encore.

La grève de la faim de Serge n’est pas anodine. Elle relève d’une démarche certes personnelle, mais au nom de l’intérêt général… celui de million d’individus régulièrement marginalisés car toujours peu considérés.

L’acte qu’il a choisi d’accomplir je le connais bien. C’est une violence que l’on s’inflige au nom de principes fondamentaux que l’on défend. Rester impassible face à l’injustice flagrante n’est pas dans notre nature. Beaucoup ne comprennent pas toujours ce type de décision, la jugeant excessive, prêtant à l’initiateur des visées égocentriques voire peu nobles.

On a parfois une vision globale, difficile à saisir par ceux qui ne veulent ou ne peuvent voir les motivations réelles qui nous animent au bénéfice de tous.

Le choix de Serge Romana nous ramène à l’extrême faiblesse de notre communauté, démunie ou dépouillée de ses quelques outils de communication dont elle dispose pour exister, s’écouter, se raconter, partager; des moyens de communication dans le seul but est d’exprimer nos identités et de les transmettre.

Dimanche 15 janvier 2017, j’ai eu honte face à Serge. TropiquesFM, la radio que j’ai créée pour être la vitrine, le champ de tous les possibles pour mes compatriotes, était absente. La situation de confiscation que nous subissons vous la connaissez. Chacun comprend enfin que ce n’est pas une trahison personnelle qui m’a fait révéler à la communauté la réalité du conflit mais bien La défense des intérêts des Français d’outre-mer.

Souvenez-vous, en 2009, dès le début de la grève générale en Guadeloupe le 20 janvier, puis en Martinique le 5 février, j’avais mobilisé toutes les équipes de la radio afin d’informer au nom de la mission qui est la notre. Les médias du monde se sont précipités dans les locaux saluant le travail de TropiquesFM, le seul média relatant la crise en outre-mer. Les médias nationaux attendirent eux 10 jours pour faire leur métier et informer sur cette actualité loin de la « métropole ». Ce terme colonial que nous sommes enfin nombreux à ne plus employer, prend tout son sens en pareille circonstance. Imaginez qu’à l’époque je me sois contenté d’offrir aux auditeurs trois simples bulletins d’information quotidien sur l’événement ?

L’inégalité de traitement médiatique que nous subissions, ne nous avait pas étonné. Ce constat amer n’avait fait que renforcer la pertinence vitale d’avoir une radio efficiente.

Aujourd’hui, la confiscation provisoire de TropiquesFM se voit. Certains disent « on comprend mieux pourquoi tu te bats ».

Terminé la mise en lumière des grandes dates de l’esclavage et de ses abolitions, des épisodes sociaux, culturels, historiques et de la solidarité avec les plus ambitieux parmi les nôtres. Nous sommes provisoirement (encore) muselés par des individus qui en réalité méprisent nos histoires particulières, méprisent ce que nous sommes, méprisent notre droit à nous construire aidé par l’unique radio communautaire voulue par le législateur.

Ils ne sourcillent pas à l’idée de nous piétiner.

J’ai écrit à mon associé/adversaire qui, pour l’heure, à la main sur l’entreprise et en jouis à sa guise. Je lui ai instamment demandé de tout mettre en œuvre autour de l’action de Serge Romana afin que la communauté en soit informée et puisse, si elle le désir, le soutenir dans ce combat qui nous concerne tous…aucune réaction. TropiquesFM doit (aurait du) soutenir sans faillir l’un de nos plus précieux représentants. Sans prendre une position tranchée, notre média communautaire (donc d’opinion) doit permettre une compréhension totale de l’affaire.

Cette lutte va bien au delà de notre origine ethnique, de notre confession religieuse.

Serge Romana est une éminente personnalité des Français d’outre-mer. Nous devons être nombreux à ses côtés devant le sénat.

Être présent au côté de Serge Romana est une question de dignité pour chacun d’entre nous. Celles et ceux qui entravent cette solidarité, par une obstruction volontaire, sont en réalité nos pires ennemis. Il est temps que nous sachions défendre nos intérêts compatibles avec ceux de la République. La mémoire de l’esclavage et les avancées obtenues, ne doivent souffrir d’aucune remise en cause. Le crime contre l’humanité que constitue la traite négrière et l’esclavage colonial, ne sont pas des affaires de « noirs » mais bien des histoires partagées, un pan de l’histoire de l’humanité et donc de France qui a perpétré ces crimes.

Mon grand frère Serge Romana, à tes côtés je me dresse. Je connais le chemin que tu empruntes, le courage, la détermination qu’il faut pour ne pas flancher.

Les paroles désobligeantes, les amis minimisant l’action car incapables d’en comprendre la raison profonde et la portée, seront légion. Mais plus nombreux encore seront les convaincus, les obstinés, les déterminés à ne plus courber l’échine comme nos aïeux ont été obligés de le faire dans l’humiliation des fers de l’esclavage.

Alors, ensemble, portons le débat sur la place publique nationale. Que la représentation du peuple revoit sa copie sur l’article 20A.

La crise identitaire que traverse le monde occidental et la France en particulier nous réserve dans l’avenir d’autres épisodes de ce type.

Nous l’avions anticipée. Nous pensions nous être armés médiatiquement en prévision des temps de racisme et de xénophobie qui s’annonçaient déjà.

Nous avançons démunis mais unis. Chaque média privé antillais, aussi modeste soit-il, tend son micro, sa caméra, ouvre son site et rend compte de l’action de Serge Romana.

Les ennemis de l’équité, de l’intérieur et de l’extérieur, entravent notre droit légitime à nous construire dans la liberté, l’égalité et la fraternité…

Sommes-nous encore et encore, des sujets ?juste les originaires des confettis de l’ancien empire colonial français ?

Claudy Siar

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3 Comments

  1. Louviers
    janvier 17, 2017 at 06:44 — Répondre

    Que d’erreurs et d’approximation.Voici l’état du droit
    Avant l’intervention de la loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, la loi du 30 juin 1983 dans son article unique avait institué une journée fériée en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion et à Mayotte pour commémorer l’abolition de l’esclavage.

    Le décret du 23 novembre 1983 a défini celle-ci pour chaque collectivité (Guadeloupe: 27 mai, Guyane: 10 juin, Martinique: 22 mai, Réunion: 20 décembre, Mayotte: 27 avril).

    Le décret n° 83-1003 du 23 novembre 1983 relatif à la commémoration de l’abolition de l’esclavage a été modifié par le Décret n°2012-553 du 23 avril 2012 – art. 1 pour fixer les dates de commémoration de l’abolition de l’esclavage à Saint-Barthélemy et Saint-Martin qui sont respectivement au 9 octobre et au 27 mai.

    En France métropolitaine, aux termes de l’article 2 du Décret du 23 novembre 1983« le 27 avril de chaque année ou, à défaut, le jour le plus proche, une heure était consacrée dans toutes les écoles primaires, les collèges et les lycées de la République à une réflexion sur l’esclavage et son abolition. »
    Depuis l’intervention de la loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité la date de la commémoration annuelle de l’abolition de l’esclavage est fixée par le Gouvernement.

    Ce qui a de novateur l’article 4 de la loi n°2001-434 du 21 mai 2001, dite « loi Taubira », a modifié le dernier alinéa de l’article unique de la loi du 30 juin 1983 relative à la commémoration de l’abolition de l’esclavage par trois alinéas ainsi reproduits.
    « La commémoration de l’abolition de l’esclavage par la République française et celle de la fin de tous les contrats d’engagement souscrits à la suite de cette abolition font l’objet d’une journée fériée dans les départements de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de la Réunion, ainsi que dans la collectivité territoriale de Mayotte
    -Le premier alinéa prévoit «Un décret fixe la date de la commémoration pour chacune des collectivités territoriales visées ci-dessus ».

    Le second alinéa indique « En France métropolitaine, la date de la commémoration annuelle de l’abolition de l’esclavage est fixée par le Gouvernement après la consultation la plus large ».

    Le troisième alinéa prévoit qu’«Il est instauré un comité de personnalités qualifiées, parmi lesquelles des représentants d’associations défendant la mémoire des esclaves, chargé de proposer, sur l’ensemble du territoire national, des lieux et des actions qui garantissent la pérennité de la mémoire de ce crime à travers les générations. La composition, les compétences et les missions de ce comité sont définies par un décret en Conseil d’Etat pris dans un délai de six mois après la publication de la loi no 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. »

    Le décret n°2004-11 du 5 janvier 2004, pris en application de l’article 4 de la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité modifiant, comme indiqué ci-dessus loi n°83-550 du 30 juin 1983, institue un « Comité pour la mémoire de l’esclavage » (CPME) composé de 12 membres.

    Ce Comité pour la mémoire de l’esclavage placé sous la présidence de Madame Maryse Condé, dont les nommés par décret du 15 janvier 2004 pour une durée de 5ans sont choisis « en considération de leurs travaux de recherche dans le domaine de la traite ou de l’esclavage », « de leur activité associative pour la défense de la mémoire des esclaves », et « de leur connaissance de l’outre-mer français »

    Le 12 avril 2005, le Comité pour la mémoire de l’esclavage (CPME) rend son premier rapport au Premier ministre, intitulé « Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions ».

    Il dresse un constat assez critique sur la mémoire de l’esclavage en France et remarque d’une part, que les mémoires de l’esclavage en France sont fragmentées et territorialisées. D’autre part, il signale les insuffisances de l’enseignement scolaire et des travaux de recherche consacrés à la traite négrière.

    Le Comité pour la mémoire de l’esclavage propose le 10 mai comme jour de commémoration annuelle de l’abolition de l’esclavage en France métropolitaine.

    Il faut rappeler que d’autres dates avaient été proposées : celle du 4 février en référence à la première abolition de l’esclavage en 1794, celle du 27 avril en souvenir de la seconde abolition décrétée par Victor Schœlcher en 1848, et enfin, celle du 23 mai recommandée par les associations antillaises et le Comité Marche du 23 mai 1998.

    Suivant les recommandations du Comité pour la mémoire de l’esclavage (CPME), le décret n°2006-388 du 31 mars 2006 a fixé le 10 mai comme jour de commémoration en France métropolitaine, intitulé « Journée nationale de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions ».

    Article 1

    « En France métropolitaine, la date de la commémoration annuelle de l’abolition de l’esclavage est fixée au 10 mai Article 1erdu n°2006-388 du 31 mars 2006».

    L’article 2 dispose que

    « Chaque année, à cette date (le 10 mai), une cérémonie est organisée à Paris » et précise qu’ « une cérémonie analogue est organisée dans chaque département métropolitain à l’initiative du préfet ainsi que dans les lieux de mémoire de la traite et de l’esclavage »

    Désormais, conformément aux dispositions du décret n° 2006-388 du 31 mars 2006, la France a fixé le 10 mai comme jour des « mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions », l’article 2 du décret du 83-1002 du 23 novembre 1983 devient obsolète.

    Par souci de cohérence le décret n °2006-583 du 23 mai 2006 abroge l’ article 2 du décret du 83-1002 du 23 novembre 1983.
    Notons qu’en métropole des associations originaires d’outre-mer organisent le 23 mai une journée commémorative en souvenir de la marche silencieuse du 23 mai 1998 qui avait réunit des personnes se désignant descendants d’esclaves.
    La Circulaire du 29 avril 2008 relative aux commémorations de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions souligne que
    « La date du 23 mai sera, pour les associations regroupant les Français d’outre-mer de l’Hexagone, celle de la commémoration du passé douloureux de leurs aïeux qui ne doit pas être oublié.

    • Christine Krysta
      janvier 17, 2017 at 19:22 — Répondre

      Merci pour ce texte, je comprends mieux.

    • Gilbert
      janvier 19, 2017 at 01:26 — Répondre

      A lecture de ce pavé, donc oui le 23 mai doit être une journée nationale ! Lorsque j’assiste à un 10 mai pète-sec et un 23 mai où je peux célébrer dans la joie, j’ai envie de dire oui. Le 10 mai n’est pas fait pour être enfermé dans un jardin. J’espère que ce monsieur tiendra jusqu’au bout.

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