Société

Samia Badat-Karam : Le programme de François Fillon en un mot serait « responsabilité »

On l’imaginerait à l’affût des sondages ou au téléphone bombardant de sms ses connaissances. C’est plus prosaïquement à consulter les menus des centres de loisirs du 16 ème que nous retrouvons Samia Badat-Karam qui nous explique son engagement politique.

97L : Quel est votre parcours ?

J’ai 39 ans, je suis originaire de la Réunion. Au niveau professionnel je suis la secrétaire générale de la FEDOM, la Fédération des Entreprises des Outre-mer depuis 5 ans, et j’ai également un mandat local d’élu : depuis 2014 je suis maire-adjointe dans le 16ème arrondissement en charge de la Caisse des Ecoles.
Je suis engagée en politique depuis un moment. J’ai été secrétaire nationale de l’UMP et depuis 2 ans Vice-Présidente du Comité Outre-mer des Républicains en charge des ultramarins de l’hexagone. Je suis sarkozyste mais à l’issue de la primaire je ne me suis pas posée de questions et je soutiens depuis notre candidat François Fillon. C’est celui qui a l’expérience, c’est important dans ce monde incertain.  Il a géré la crise aux Antilles en 2009. On parle des affaires. Moi je dis tant mieux ! Cela permettra de nettoyer le système politique qui devra se réformer pour plus de clarté et être plus vertueux.

J’ai souhaité que François Fillon rencontre les originaires de l’Outre-mer

97L : Une rencontre avec les ultramarins a eu lieu le 29 mars à son QG. Quel bilan en tirez-vous ?

Déjà cette rencontre c’est moi qui en était à l’initiative. J’ai souhaité que François Fillon comme tout politique au niveau national rencontre les originaires de l’Outre-mer. Il n’avait jamais fait cet exercice en tant que candidat. On est une communauté importante, le plus grand DOM certainement et cette rencontre me paraissait importante.
Et cela s’est très bien passé. On a eu entre 300 et 400 personnes. Au-delà du nombre il y a eu un réel engouement puisque j’ai eu moins d’une semaine pour l’organiser et que nous avons dû refuser du monde. Cela prouve que les ultramarins s’intéressent à la politique, au delà des partis, ont une réelle curiosité pour la « chose publique ». Et rien que de ce point de vue-là, c’est une réussite.

97L : Quelle est la vision de François Fillon pour les Outre-mer ?

Il a beaucoup produit sur ce sujet. Il a travaillé dessus depuis les primaires où il avait missionné plusieurs personnes. Je pense que s’il y a un mot qui devrait caractériser son programme ce serait : reponsabilité.
Pour lui l’Outre-mer, ce sont des hommes et des femmes qu’on doit respecter, qui sont capables de gérer leur territoire. Nous sommes à un tournant, 70 ans après la départementalisation, si de nombreuses avancées ont été réalisées, le développement doit être maintenant économique. Le taux de chômage en Outre-mer est de 24 % alors que dans l’hexagone il est autour de 10 %. Il souhaite donner davantage d’aide aux entreprises : 2 milliards d’euros pour baisser le coût du travail, augmenter l’outil SMA pour l’insertion des jeunes, prolonger la défiscalisation jusqu’en 2027.

La délégation interministérielle doit être un outil au service des ultramarins pour la lutte contre les discriminations

97L : La Proposition 25 propose de renforcer le rôle de la Délégation interministérielle pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer. Dans quels domaines ?

La délégation a été créée en 2007 par François Fillon sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Lorsqu’il dit qu’il veut la renforcer, c’est déjà la pérenniser, car on a entendu ces temps-ci des bruits disant que cette délégation ne servirait pas à grand chose, et sans doute veut-il lui donner plus de moyens. Patrick Karam se plaignait déjà à l’époque de son budget insuffisant, mais les actions sur les prix des billets d’avion, les testings étaient une réalité. Ces dernières années, on ne comprend plus trop à quoi elle sert : un peu de saupoudrage de subventions d’associations, l’ancienne déléguée Mme Elizeon surtout dans un rôle de représentation. C’est un outil qui a été dévoyé et qui a besoin de stabilité pour redevenir une structure au service des ultramarins pour la lutte contre les discriminations. Prenons l’exemple de la drépanocytose qui devient une cause nationale. Et j’en profite pour rendre hommage au combat de Jenny Hippocrate qui permettra de généraliser le dépistage.

97L : François Fillon veut « enseigner aux enfants une histoire de France qui les rende fiers de leur pays ». Qu’en pensez-vous ?

C’est un sujet très complexe à prendre avec des pincettes. Ses propos ont besoin d’être précisés. On est tous français et on doit enseigner aux enfants une image positive de notre pays. Au secondaire, on peut parler de la colonisation, d’esclavage, un des plus grands crimes contre l’humanité. Je suis d’origine indienne et ça ne me choque pas qu’on fasse référence à des ancêtres « gaulois » c’est symbolique. Je suis de la 4ème génération d’immigrés du Nord de l’Inde mais j’assume toute l’histoire de France avec ses défauts et ses qualités.

Il faut savoir que les premiers à s’être soulevés (en Guyane) sont les chefs d’entreprise.

97L : François Fillon a annoncé l’envoi en Guyane du futur ministre des Outre-mer dès sa nomination. Qu’en est-il de la demande d’évolution institutionnelle ?

Le problème est que la crise en Guyane a été gérée en dépit du bon sens. La ministre a pris 10 à 15 jours pour se décider à y aller. Le signal qu’elle a donné a été de dire qu’elle n’irait pas. Forcément les choses se sont enlisées.

Je connais bien ce qui se passe en Guyane. Il faut savoir que les premiers à s’être soulevés sont les chefs d’entreprise. Et c’est en cela que la crise guyanaise est très différente des autres crises comme celle de 2009. Il y a un vrai travail de pédagogie à faire ici dans l’hexagone. La crise en Guyane, ce n’est pas une demande de plus d’aide sociale, de plus d’allocations, c’est une revendication légitime de guyanais de toutes classes sociales confondues car ils en ont assez de la violence, de l’immigration illégale, des hôpitaux qui font penser à ceux du tiers monde, le manque de lycées…

Vous me demandez comment un nouveau gouvernement va gérer la crise guyanaise, ça va être très compliqué car il y a la spécificité guyanaise, il y a le fait aussi que malheureusement le gouvernement actuel n’a pas du tout pris la mesure du mouvement. Pour eux c’était un caprice des guyanais, les 500 frères cagoulés, les chefs d’entreprise, un mic mac de gens qui contestaient à tort.

Pour la réforme institutionnelle, il y en a eu une en 2010, mais je n’ai pas l’impression que c’est ce qu’attendent les guyanais. Ils veulent des hôpitaux, des lycées, des routes décentes. Il ne faut pas raisonner en milliards, mais en infrastructures concrètes permettant d’améliorer leur vie et une immigration contrôlée.

97L : Quel serait le profil idéal du prochain ministre des Outre-mer ?

Ce ou cette ministre doit d’abord bien connaitre les Outre-mer. C’est fondamental. Doit-il en être obligatoirement originaire ?

J’ai trouvé très bien que Nicolas Sarkozy nomme une ultramarine à cette fonction mais je ne peux pas dire que Mme Penchard ait été une grande ministre des Outre-mer. Elle était tellement contente d’être ministre qu’elle ne s’est pas battue lors les arbitrages, elle ne voulait pas se fâcher avec le gouvernement. Et je suis à l’aise pour en parler puisqu’elle est de droite.

Il faut nommer quelqu’un de compétent, d’un poids politique affirmé pour être entendu. Quand on est ministre, on a face à soi Bercy qui dit toujours non à tout.  Ce sont des bras de fer constants avec Bercy et Matignon pour le moindre projet. Il faut donc du courage politique pour défendre les Outre-mer et ne pas avoir peur de perdre sa place.

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Joël DIN

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