Société

Rolin Cranoly parmi les signataires

France Bleu a choisi d’illustrer son article sur l’inquiétude des maires d’Île de France avec le guadeloupéen Rolin Cranoly 43 ans, maire de Gagny en Seine Saint Denis.  La lettre adressée au Président de la République dans son intégralité.

Vous avez annoncé aux Français, aux élus locaux, aux acteurs économiques et à l’ensemble de la société civile, à l’occasion de votre discours du 13 avril dernier, une sortie du confinement à compter du 11 mai.

Au lendemain du discours du Premier ministre annonçant la stratégie nationale du gouvernement, nous nous adressons à vous pour tirer la sonnette d’alarme : Monsieur le Président de la République, en Île-de-France, l’Etat ne peut pas se désengager de sa responsabilité dans la réouverture des écoles le 11 mai ; et ce calendrier est, dans la plupart de nos communes, intenable et irréaliste. Les conditions sanitaires à mettre en œuvre sont sérieuses et c’est bien normal ; cela ne s’improvise pas.

Vous avez affirmé qu’il était nécessaire de rouvrir les écoles, pour résorber les inégalités sociales et territoriales. L’objectif est bien évidemment incontestable et nous le partageons, mais nous avons le sentiment que cet objectif initial a été perdu de vue et qu’il ne pourra être atteint dans ces conditions. Nous savons, également, à quel point les écoles jouent un rôle fondamental pour que les services indispensables puissent redémarrer, pour que les parents dont la profession est liée à la reprise du réseau de transports et à l’éducation notamment puissent reprendre leur activité sur le terrain, et permettre ainsi à l’activité économique de reprendre progressivement.

Les maires que nous sommes en ont fait la preuve : nous nous sommes mobilisés, à chaque étape de cette gestion de crise, pour rassurer, communiquer auprès de nos habitants et leur expliquer les nouvelles règles à respecter. Nous avons grâce à notre présence quotidienne sur le terrain, organisé la gestion de crise, trouvé des solutions pour le personnel soignant et pour l’accueil de leurs enfants, l’apport en masques, l’approvisionnement en produits de première nécessité des populations vulnérables… Au lendemain de votre intervention, nous nous sommes mis au travail pour organiser la réouverture des écoles à compter du 11 mai. La République doit rester forte et unie lorsqu’elle traverse les épreuves les plus difficiles.

Mais nous apprenons, dix jours avant la date de réouverture des écoles, qu’il appartiendrait aux maires de décider de la réouverture des écoles, et aux parents de décider du retour vers le chemin des classes de leurs enfants. Que le calendrier de la reprise progressive des niveaux de classes, initialement annoncé, n’est plus valable, s’agissant des GS, CP et CM2. Et que nous ne saurons que le 7 mai, à la veille d’un week-end de trois jours précédant la rentrée annoncée, si nos départements sont officiellement classés en zone rouge. Enfin, nombreux sont ceux qui n’ont pas encore d’informations sur les enseignants qui seraient disponibles pour nos écoles, sur le nombre d’animateurs qui pourront être disponibles pour le périscolaire, ni même des effectifs des élèves à accueillir. Nous recevons par ailleurs des instructions pour donner une dimension culturelle et civique au périscolaire. Tout cela ne s’improvise pas du jour au lendemain.

Nous ne comprenons pas comment il est possible de concilier l’objectif de volontariat et de pallier les inégalités sociales et territoriales. Comment choisir entre les enfants que les parents souhaitent remettre à l’école, ceux dont les parents doivent reprendre une activité professionnelle, et les autres enfants en situation de décrochage scolaire ?

S’agissant de la reprise économique qui est nécessaire, pourquoi ne pas avoir considéré dès le départ que le sujet des fratries était fondamental pour permettre aux parents une reprise de leur activité professionnelle ?

Nous ne comprenons pas pourquoi l’Etat se désengage de ses responsabilités en la matière, alors même que l’éducation d’une part, et la santé d’autre part, sont des compétences régaliennes.

Comment pourrions-nous prendre ce type de décisions dans un contexte de crise sanitaire extrêmement grave alors que nous n’en avons ni la compétence, ni les moyens, ni la responsabilité ?

Comment garantir enfin la sécurité des plus jeunes, de leur entourage, et de l’ensemble du personnel éducatif, du personnel d’entretien, alors que toutes les communes ne disposeront pas de l’équipement nécessaire ? Deux simples exemples concrets : il faut 4 à 5 semaines pour commander des masques. Il faut une semaine pour organiser l’apport des repas à la cantine.

La préparation du déconfinement se fait dans un calendrier à marche forcée, alors que nous n’avons pas encore toutes les informations pour préparer la population, et que les directives sont mouvantes.

La souplesse et l’adaptation aux conditions locales sont nécessaires, et les maires souhaitent bien évidemment être associés à cette concertation. La situation sanitaire varie fortement en fonction des communes et des écoles, une décision uniforme ne pourrait fonctionner sur l’ensemble de notre territoire. Mais le désengagement de l’Etat de ses responsabilités en matière éducative et sanitaire, en pleine crise et alors que l’état d’urgence va être prorogé, est inimaginable.

Notre Région capitale devrait avoir une place plus forte dans la concertation nationale menée pour la stratégie de déconfinement. Bien que les services de l’Etat en région fassent un travail remarquable en termes de mobilisation et de concertation avec l’ensemble des parties prenantes, nous avons le sentiment que le Gouvernement n’entend pas nos problématiques, celles d’une région particulièrement touchée, dont la densité et la taille de la population n’équivalent à aucune autre, et qui est habituellement marquée par des flux massifs de personnes lors des déplacements quotidiens.

C’est pourquoi, nous, maires d’Île-de-France, vous demandons solennellement :

  • De repousser la date de réouverture des écoles s’agissant des départements classés rouges et en particulier de l’Île-de-France à une date ultérieure au 11 mai, qui permettra l’application stricte d’un protocole sanitaire tout aussi strict qui commence à peine à être diffusé aux villes (ndlr : depuis le 2 mai) ;
  • Que l’Etat s’assure que toutes les conditions sanitaires sont réunies pour permettre aux enfants de reprendre le chemin de l’école, en s’assurant d’une concertation étroite entre la commune, l’IEN et la DASEN ;
  • De ne pas faire reposer sur les maires la responsabilité juridique, politique et morale de la réouverture des écoles, mais de les associer dans une concertation avec le Préfet de département, qui doit assumer l’entière responsabilité de sa décision prise sur proposition du maire ;
  • De demander à votre gouvernement de prioriser clairement les enfants qui pourront/devront reprendre le chemin de l’école en Île-de-France en tenant compte du contexte familial de chaque enfant et en suivant un impératif de justice et d’équité ;
  • Que des moyens financiers suffisants soient conférés aux communes pour qu’elles puissent assurer l’accueil périscolaire dans le strict respect du protocole sanitaire, qui induit nécessairement un coût et une mobilisation de personnel supplémentaires ;
  • De faire en sorte que s’arrêtent des logiques administratives incompréhensibles en termes d’équipements du personnel éducatif, et de privilégier un équipement pour tout le personnel d’une école par l’Education nationale, alors que de nombreuses communes pallient actuellement le manque de masques et de surblouses depuis le début du confinement en distribuant gracieusement leurs stocks aux professeurs qui n’en ont jamais reçu par leur ministère de tutelle.

Monsieur le Président de la République, nous sommes mobilisés pour éviter le pire, en première ligne sur tous les fronts de cette crise, et nous le resterons, au service de nos concitoyens. Nous comptons sur votre soutien.

 

 

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