Musique

Respect : des propos de macho transformés en un hymne féministe

Comment un plaidoyer machiste d’Otis Redding promouvant le repos du guerrier va devenir avec Aretha Franklin un hymne féministe.

Respect ! A ce cri surgit Aretha Franklin et les hommes n’en menent pas large. C’est pourtant un Parrain de la Soul au destin tragique qui composa cette chanson devenue l’un des classiques de cette musique soul, combinaison de musique profane le rhythm’n blues et de sacré le gospel.

Le crooner Otis Redding après un premier album qui a bien fonctionné cherche à surfer sur la vague. Dans le second, en 1965, il réinterprète des classiques comme Satisfaction, des Rolling Stones, Rock me Baby de BB King et ajoute quelques titres personnels dont une ballade, vague histoire d’amour, destinée au départ à Speedo Sims et son groupe the Singing Demons. L’interprétation n’a convaincu personne et le morceau a eté mis en stand by en attendant des jours meilleurs (et des idées) d’un commun accord.

Mais Otis est pressé. Il décide donc de récupérer son oeuvre (tant pis pour son ami) et d’en accélèrer le tempo. Il ne lui manque plus que les paroles. Or, Otis, de retour chez lui après une tournée est en froid avec sa femme. Ayant une conversation à cœur ouvert avec son ami Al Jackson Jr, un batteur, ils concluent que leurs épouses acceptent les avantages matériels de leur profession mais pas ses inconvénients. L’idée est trouvée : Respect ! Respect pour celui qui ramène l’argent dans le foyer.

Ce que tu veux, chérie, tu l’as
et ce dont tu as besoin, tu l’as
Tout ce que je demande
C’est un peu de respect quand je rentre à la maison…

En 1967, on propose à Aretha Franklin de reprendre Respect. Mais pas question pour la chanteuse de 25 ans d’etre soumise. Sa version devient celle d’une femme sûre d’elle, qui sait détenir tout ce que dont a besoin son homme. Elle ne lui cause aucun tort et exige son « respect ».

Enregistré en février 1967, dans les studios d’Atlantic Records à New York, un saxophone ajouté pour différencier de l’original, c’est un succès planétaire. Les propos d’Aretha portent plus que les soucis domestiques d’Otis en pleine lutte pour les droits civiques.

Ce que tu veux
Chéri, je l’ai
Ce dont tu as besoin, je l’ai…

Tout ce que je demande
C’est un peu de respect quand tu rentres à la maison…

Mais c’est le refrain  » Sock it to me « , terme atégorique au sens équivoque « montre moi ce dont tu es capable » ou  » Suck it »  » suce la » qui en fera un triomphe bien qu’Aretha se soit toujours défendue de toute allusion graveleuse. Et le R.E.S.P.E.C.T epellé lettre par lettre n’est plus demandé mais réclamé et imperatif par la puissance de l’interprétation de la Queen of Soul.

« C’est une chanson écrite par Otis Redding, considéré comme l’un des plus emblématiques soul men de tous les temps » déclare Reiland Rabaka, professeur d’études africaines, afro-américaines et caribéennes à l’université de Colorado « mais Aretha y a réinjecté sa sensibilité fémine. »

Aretha Franklin, devenue une icône de la cause feminine, a chanté aux obsèques de Martin Luther King en avril 1968 et interprété une version gospel de l’hymne américain lors de l’investiture de Barack Obama en 2009. « Tout le monde veut le respect, tout le monde a besoin de respect. Les plus jeunes comme les plus âgés, les hommes, les femmes (…) et nous voulons tous être valorisés » expliquait-elle.

Un concert sera donné jeudi soir en son souvenir, avant les obsèques vendredi, auxquelles assisteront Steevie Wonder, Bill Clinton, Ariana Grande et tant d’anonymes dans sa ville de Detroit.

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