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Reprise de Corsair : une partie de poker menteur

Pour AirMag, Luan Pommier s’interroge sur les « investisseurs antillais » annoncés prêts à se lancer à l’assaut de Corsair. Extraits.

… Nous vous annoncions que Corsair attendait son salut auprès d’un mystérieux actionnaire français…

Une opération de sauvetage tripartite s’est alors organisée avec des acteurs tels que TUI, le gouvernement et un fameux homme masqué.

La semaine dernière, les rôles ont été redistribués par nos confrères de Challenges… « Un attelage original qui comprend le département de Guadeloupe et un consortium d’hommes d’affaires antillais et l’Etat »…

Une indiscrétion aussitôt démentie par la collectivité territoriale… « Ils ont fait une confusion plutôt surprenante, car aujourd’hui les départements n’ont plus de compétence économique. C’est l’attribution de la Région et il est inenvisageable que nous puissions y participer… »

… Bizarrement du côté de la Région, l’étonnement est aussi de mise, car à aucun moment la collectivité ne serait partie prenante…

… Depuis silence radio des parties prenantes. La direction de Corsair ne souhaite pas faire de commentaire et les syndicats non plus.

Et si derrière les actionnaires antillais se cachait le vieux serpent de mer « Air Caraïbes » ?

Au début de l’année 2015, Air Caraïbes présente un dossier de rachat de son concurrent.Alors que tout semblait en bonne voie, le deal capote, pour différentes raisons, mais qui ont laissé depuis un goût amer au Groupe Dubreuil…

5 ans plus tard et une pandémie ayant cloué au sol tous les avions de la planète, la donne est différente. Corsair aux abois se doit de trouver un actionnaire, pour se renflouer et obtenir le soutien financier de l’Etat.

« Les fuites de Challenges viennent d’Air Caraïbes. Ils n’ont pas aimé le mariage loupé avec Corsair en 2015. Ils cherchent à faire capoter l’affaire de la reprise, »…

Pour un représentant du personnel du Groupe Dubreuil, les informations sur une reprise par le département de la Guadeloupe et des actionnaires antillais seraient « tout simplement du fake »… Ce qui fait dire à certains qu’Air Caraïbes chercherait à récupérer une compagnie concurrente à moindre coût…

« Ce n’est pas une théorie si improbable. Surtout que si ce n’est pas Air Caraïbes, je ne vois pas d’investisseur antillais avoir la surface financière suffisante pour assurer la pérennité de l’entreprise, » analyse Christophe Hardin…

… Au lendemain des révélations de Challenges, un CSE extraordinaire se déroulait chez Air Caraïbes avec pour objet : « nouveau partenariat financier ».A la suite duquel nous apprenions l’arrivée dans le capital du groupe Dubreuil Aéro de la Compagnie marseillaise maritime d’affrètement CMA-CGM, qui apportera 50 millions d’euros pour booster le développement de la branche fret…

… « Je suis assez étonné par cette nouvelle. En soi les compagnies aériennes n’ont pas connu la crise, bien au contraire, nous assisterons peut-être à une conversion importante de la flotte d’Air Caraïbes vers le cargo. Après si c’est une opération capitalistique, je ne suis pas au courant, » ajoute l’ancien patron d’APG.

Et pourtant cette théorie ne paraît pas si improbable, bien que tout soit en pointillés à l’heure où nous écrivons, tant les portes des deux compagnies sont bouclées à double tour et les voies des dirigeants impénétrables.

Ménage social en vue du côté de Corsair ! Et pour cause, nous parlons gros sous.

Alors qu’en juin, Pascal de Izaguirre cherchait plus de 100 millions d’euros, cette somme serait devenue caduque et aurait nettement été revue à la hausse. L’actionnaire devant assurer l’opération sauvetage doit inévitablement avoir les reins solides et une connaissance précise du secteur…

D’après nos informations, … la nouvelle directrice des Ressources Humaines, mène des discussions et négociations ardues pour faire le ménage social et économique au sein des rangs de la compagnie.

« Il y a un certain chantage à l’emploi, en nous disant que les suppressions d’emplois seront moindres si les baisses de salaires sont signées. Elles sont espérées, au sein de la direction, à hauteur de 20% pour l’ensemble du staff, » nous précise-t-on.

Pour l’heure les représentants du personnel tentent de limiter la casse au niveau des salaires et des conditions de travail. Pour la direction, il est temps de redimensionner l’entreprise en accord avec ses capacités actuelles.

« Nous sommes staffés, notamment au niveau des bureaux, pour 12 avions alors que nous n’en avons que cinq, » déplore-t-on du côté de Corsair.

Aux dernières nouvelles, les discussions seraient bloquées, tant les positions sont éloignées. Le projet de reprise n’a pas été présenté pour le moment aux salariés. En somme ce qu’espérait Air Caraïbes il y a 5 ans…

« Ce rapprochement permettra au Groupe Dubreuil Aéro de bénéficier entre autres de l’expertise logistique CMA CGM contribuant ainsi au développement de l’activité cargo du Groupe. »

Avec des charges diminuées, l’argent des avions cédés dans les caisses et une entité Dubreuil Aéro financièrement requinquée… Air Caraïbes se retrouverait alors avec une acquisition à moindre coût, de quoi créer un pôle Atlantique assez conséquent pour tenir tête à Air France.

Dans le même temps, un tel mariage pourrait plaire à la compagnie nationale et au gouvernement, car la concurrence serait alors maîtrisée et maîtrisable.

Une chose est sûre : « ce genre de négociations ne se fait que dans la discrétion… Tant que c’est discret, c’est plutôt bon signe. Quand les négociations n’avancent plus, l’information est étalée sur la place publique, » lâche Jean-Louis Baroux.

Les cartes sont distribuées, la partie de poker est engagée.

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