Société

René Sentenac : On a trop souvent une image réductrice de nos économies

Avec « La complexe équation antillaise », René Sentenac nous initie à l’économie. Docteur en Sciences de gestion, maitre de Conférences, chercheur au CREDDI à l’Université des Antilles, responsable pédagogique de Master II à l’UA-IUFC-Brest, il nous explique notre modèle à nul autre pareil.

97L : Présentez-nous votre ouvrage.

Mon ouvrage parle des Antilles et singulièrement de la Guadeloupe. Je cherche à mettre en avant toutes les problématiques économiques à savoir les problématiques de développement, de croissance, d’insularité. Au fond ce que je cherche à démontrer c’est comment le modèle économique guadeloupéen se développe, comment il arrive à se singulariser autour de l’insularité qui me semble plus un atout par son altérité et par singularité qu’une faiblesse.
On est complètement ouvert sur le monde. On a trop souvent cette image réductrice de nos économies. Et pourtant, on est souvent au cœur de l’activité, au cœur du monde et autour du monde.
Nous ne sommes pas forcément les seuls à être dans cette insularité, dans un système que je qualifie « d’écollardiste ». C’est un modèle qui se développe beaucoup grace à ses propres difficultés, grâce à ce « débrouillardisme » que l’entrepreneur guadeloupéen a souvent mis en avant.
Certes, c’est un modèle qui a ses faiblesses et qui montre qu’il faut une voie de normalisation pour que nos économies se structurent et se développent.

97L : Vous paraissez optimiste quand vous décrivez la situation ?

C’est justement quand un pays est en situation difficile qu’il peut s’en sortir. Il ne faut pas forcément une situation de croissance. Quand on regarde les économies occidentales, elles n’ont plus de niveau de croissance important. Dans les pays émergents, il y a du potentiel. Il ne faut pas chercher à copier, il faut développer notre propre concept. Prenez l’exemple de Jarry, l’une des plus grandes zones économiques d’Europe. Pourquoi ne pas en faire une Silicone Valley ?
Nous avons un champ des possibles. Nous avons tendance à nous enfermer et ne voir que les handicaps structurels.

L'Egalité réelle, sujet de discussion entre René Sentenac et la ministre Ericka Bareigts

L’Egalité réelle, sujet de discussion entre René Sentenac et la ministre Ericka Bareigts

97L : Que pensez-vous des propositions sur l’Egalité réelle ?

J’en parle dans mon livre. Le rapport Lurel n’était pas sorti mais quand j’en parlais, je disais qu’il fallait surtout mettre en avant non pas l’égalité sociale, s’il n’y a pas d’égalité économique et j’ai vu avec satisfaction qu’il a choisi cette voie.

97L : Et votre opinion sur la sur-rémunération des fonctionnaires ?

Oui, Victorin Lurel le voit comme un frein. Si on regarde du côté du pouvoir d’achat, forcément. Le problème c’est qu’on ne peut pas avoir à tirer les salaires par le bas car nous avons des niveaux de charges sociales extrêmement faibles. Ce qui se pose en réalité c’est que nous avons deux secteurs le public et le privé et c’est vrai que cela pénalise le secteur privé. Et là où il y a un rattrapage, c’est au niveau du secteur privé.
Il faut mettre un certain nombre de conditions, de moyens pour qu’on ait un niveau d’équilibre plus harmonieux. Ce n’est pas en tirant sur les 40 % qu’on va résoudre le problème, au contraire, on va chercher à affaiblir le modèle économique. En réalité, il faut faire évoluer le secteur privé pour que les deux soient au même niveau.

97L : N’y a-t-il pas une ambivalence pour les Antilles tiraillées entre l’Europe et la Caraïbe  ?

Dans mon ouvrage, il y a tout un chapitre sur la monnaie européenne et la manière dont les Antilles et la Guadeloupe l’ont intégrée. J’explique que nos économies n’étaient pas prêtes pour une monnaie aussi forte. On s’est adapté vaille que vaille mais il y a eu un mouvement social en 2009. On n’est pas conscients que ce mouvement est aussi lié à une problématique de baisse du pouvoir d’achat avec une monnaie forte dans une économie faible.
Aujourd’hui nous sommes considérés par l’Europe comme régions ultrapériphériques mais on ne bénéficie pas de tous ces dispositifs. De l’autre côté on est région française. Il faut développer cet aspect pour faire come Tenerife par exemple qui bénéficie de  ce rattrapage économique.

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