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REMONTE A BORD, NOS BATEAUX GUADELOUPE ET MARTINIQUE COULENT !

Nou tout rivé ò bo menm bato la alò…

Chalus, respecte enfin la loi, ou sinon … tais-toi !
Marie-Jeanne, ne conçois-tu la gouvernance que le visage grimaçant et la bouche tordue de fureur ?

@montage97land

Quand nos capitaines frimeurs s’assagiront-ils, en abandonnant leur costume de fanfarons, faisant leur mea culpa pour le culot et la vantardise qu’il ont affichés ? Les bateaux Guadeloupe et Martinique coulent inexorablement. Avec à leur tête nos commandants Schettino Gwada et Matinino.

On se souvient comment la population guadeloupéenne avait cru pouvoir faire confiance à Chalus. La multiplication des compétences entrecroisées, ( état, département, région, communautés de communes), qui est un frein à la résolution des questions lancinantes, les transports, un CHU indigne, l’eau, l’insécurité, la gestion des déchets, ne peut exonérer sa gestion approximative, et sa non-maîtrise des dossiers sur toutes les cases de l’échiquier. Le discrédit moral qui s’attache à la politique guadeloupéenne a pris encore plus d’importance sous son mandat, et le point de non-retour semble être atteint. Ses déclarations à l’emporte-pièce ne traduisent plus que la vacuité de ses propos.

Prenons l’exemple du coronavirus. Après avoir dit qu’il serait à la tête des Guadeloupéens si un blocage de l’aéroport s’organisait face à l’arrivée d’avions provenant de zones contaminées, Ary Chalus a reproché à la presse de l’avoir mal compris et avait appelé à l’apaisement pour rassurer la population.

S’agissant d’Alfred-Marie-Jeanne, les martiniquais étaient dans le déni, et semblaient oublier que son comportement original et ses prises de paroles démonstratives prêtaient plutôt à rire, en dehors de son île. Peut-être que le vieillissement inéluctable de notre population qui doit nous inciter, selon un commentateur, à plus de considération envers nos aînés, fussent-ils des présidents d’exécutif avec leurs particularités caractérielles, leur avait fait oublier un peu rapidement sa propension à l’exercice autoritaire du pouvoir.

Le dernier article de Martinique première sur les futures élections est intitulé : Alfred Marie-Jeanne dans l’œil du cyclone. Jean-Philippe Nilor, son ancien poulain, est virulent. « Celui qui est victime de surdité et de cécité, ne saurait avoir une vision globale pour notre territoire ».

Le vendredi 13 janvier 2012, le Costa Concordia s’est échoué à proximité de l’île du Giglio en Toscane (Italie). 32 personnes sont mortes dans le naufrage. Le commandant Francesco Schettino, a attendu une heure avant de sonner l’alarme, malgré le trou béant dans la coque, laissant le navire pencher au point de rendre la moitié des chaloupes inutilisables.
Il sera condamné à 16 ans de prison, par la justice italienne.

Schettino est devenu un personnage haï dans toute l’Italie, une caricature de beauf italien, de play-boy. Combien de play-boys, avons-nous, en Guadeloupe et en Martinique dans les mairies, directeurs de services, présidents d’exécutifs ?

Le dialogue qui a eu cours entre Schettino, alors qu’il a abandonné le navire, et le chef de la gare côtière italienne Gregorio De Falco, (non non pas celui de Matinik sé pli bel region) lui donnant l’ordre, par téléphone, de retourner à bord pour coordonner les opérations de sauvetage est resté dans les annales. Au lieu de quoi Schettino prendra un taxi et se réfugiera dans un hôtel.

Résumé de l’enregistrement traduit depuis l’italien

Dites- moi votre nom, s’il vous plait ?
– Je suis le commandant Schettino.
– Ecoutez Schettino. Il y a des gens bloqués à bord. Maintenant vous allez avec votre chaloupe sous la proue du navire du côté droit. Il y a une échelle de secours, et vous montez à bord et vous nous dites combien il y a de gens. C’est clair ? J’enregistre cette communication, commandant Schettino.
– Je veux vous dire quelque chose. Actuellement le navire est incliné.
– J’ai compris. Ecoutez : il y a des gens qui descendent par l’échelle de proue. Cette échelle, vous devez la parcourir en sens inverse, monter sur le navire et me dire combien il y a d’enfants, de femmes et de personnes ayant besoin d’assistance. Et vous me dites combien il y a de gens dans ces catégories. C’est clair ? Ecoutez Schettino, vous avez réussi à vous sauver de la mer mais là, ça va mal se passer. Si vous ne montez pas à bord, je vais vous causer une énormité d’ennuis. Allez à bord, bordel de merde.
– Commandant, je vous en prie…
– Non, pas de je vous en prie. Là maintenant vous y allez, vous remontez à bord. Vous m’assurez que vous êtes en train de remonter à bord.
– Je suis déjà en train d’y aller là, je suis là, je ne vais nulle part, je suis là.
– Qu’êtes-vous en train de faire commandant ?
– Je suis là pour coordonner les secours…
– Qu’est-ce qui coordonne là-bas ? Maintenant vous remontez à bord pour coordonner les secours à bord. Vous refusez là ?
– Non, je ne refuse pas. C’est juste que…
– Vous refusez de monter à bord ? Dites-moi pour quel motif vous n’y allez pas ?
– Je ne suis pas en train d’y aller parce qu’il y a l’autre bateau (chaloupe de sauvetage), qui s’est arrêté.
– Vous allez à bord, c’est un ordre… Allez-y. Il y a déjà des cadavres Schettino.
– Il y en a combien ?
– Je ne sais pas. Un c’est sûr, je l’ai entendu. Mais c’est à vous de me le dire combien, bon sang de bonsoir !
– Mais vous vous rendez compte qu’il fait nuit et qu’ici on ne voit rien ?
– Qu’est-ce que vous voulez faire Schettino, rentrer à la maison ? Il fait nuit alors vous voulez rentrer chez vous, c’est ça ? Montez sur la proue du navire par l’échelle, et vous me dites ce qu’on peut faire, combien est-ce qu’il y a de gens, quels sont leurs besoins. Tout de suite.
– Je suis avec le commandant en second (sur une chaloupe de sauvetage)
– Montez à bord tous les deux. Vous et votre second, montez à bord tous les deux !!!
– Et commandant je voudrais monter à bord mais l’autre chaloupe ici… J’ai appelé d’autres sauveteurs…
– Cela fait maintenant 1 heure que vous me dites ça. Maintenant vous allez à bord, allez à bord. Et vous venez me dire tout de suite combien il y a de gens.
– D’accord commandant.

L’échange s’arrête.

Le syndicat CFTC de la Guadeloupe nous apprenait par courrier du 25/09/2018, que le président Chalus a poussé une gueulante contre son encadrement qu’il jugeait incompétent.
Schettino devant les tribunaux s’est présenté lui aussi comme un capitaine expérimenté, victime de la médiocrité de ses adjoints et de son équipage.

Le syndicat CFTC a tancé vertement Chalus.

« Les personnels ne souffrent d’aucun déficit de professionnalisation et de formation, le système fonctionnait mieux avant toi. Mais il s’avère que des apprentis managers à l’expérience et au background très limités, ont persuadé leur apprenti président qu’il fallait jouer au changement global, et ils ont organisé le grand jeu des chaises musicales de l’encadrement de la région qui a décérébré l’institution, sans compter la cohorte des cadres laissés sur le bord du chemin, au motif fallacieux qu’il y avait sur eux des odeurs de Lurel… dont certains en sont réduits aujourd’hui à mettre la Région en justice pour avoir le droit d’avoir une activité en échange de leur rémunération ». En résumé, on leur a ôté leurs missions, et ces cadres se sont retrouvés sans rien faire.

Le syndicat CFTC ne s’est pas privé de sermonner le président de la région Guadeloupe.  « Chalus, respecte enfin la loi, ou sinon … tais-toi ! »

L’arrivée de Richard Samuel (ex-préfet) qui avait été annoncée comme un nouveau souffle sur le management des services régionaux « n’est qu’une nouvelle erreur de casting d’une Région et d’un président à bout de souffle » raille le même syndicat, qui signale que ce n’est sûrement pas « à l’aube de septante ans qu’il sera pourfendeur de méchants et des dysfonctionnements et à même de rectifier la multiplication des turpitudes, incompétences et erreurs des B.., G… ».

Et que pensent des experts reconnus de l’autre « tête pensante » de nos îles, en Martinique ?
Dans la revue Evolution Martinique du 10/05/2016, Justin Daniel, professeur de science politique à l’université des Antilles, ne machait pas ses mots.

« Les institutions politiques ne valent que par ce qu’en font les hommes. Le discours politique, dans un pays comme la Martinique, tend traditionnellement à conférer aux réformes statutaires tout à la fois une vertu démiurgique et une dimension performative ».

Or, après 120 jours de fonctionnement, il notait une « insuffisante anticipation, doublée d’une relative impréparation », – les responsabilités des deux principales formations politiques qui ont brigué la présidence de l’assemblée étant partagées – . « On comprend d’autant moins cette incapacité à anticiper les implications et à en assumer les conséquences d’un tel choix, même s’il est vrai que certains propos entendus durant la récente campagne électorale laissaient supposer la faible maîtrise de la part de certains candidats des tenants et aboutissants de la réforme ».

Sa conclusion était sans appel. L’assemblée de Martinique, selon lui, ne pouvait que devenir, un organe atrophié, miné par les incompatibilités d’humeur et clivages politiques, au risque de rater définitivement sa vocation et sa cible.

Il comparait la CTM à une construction en l’état futur d’achèvement, sans garanties de finitions. (Nous serons un peu longs sur cette notion, mais il faut savoir que le contrat en l’état futur d’achèvement implique que l’acheteur devient propriétaire du sol à la signature du contrat de vente, puis propriétaire du logement au fur et à mesure de sa construction. Ce n’est qu’à la livraison du logement que le vendeur peut récupérer la somme).

Marie-Jeanne, « le Robin populiste qui canalisait le mal-être martiniquais dans un discours protestataire identitaire, et qui préconisait une indépendance de la Martinique qui passerait d’abord par la création d’une assemblée territoriale de transition unifiée », et Ary Chalus, celui qui proclamait qu’il allait changer l’avenir des guadeloupéens, sont-ils déjà tous les deux sur une chaloupe de sauvetage ?

Le comble du raffinement politique, c’est que tous les deux sont capables de nous sortir une proclamation de foi, en reprenant le titre du livre que Schettino avait publié : « Les vérités submergées », qui se donnait pour objectif d’apporter son éclairage sur la véritable histoire du naufrage !
Encore plus incroyable, en juillet 2014, il avait ainsi donné une conférence à Rome sur « la gestion de la panique », arguant de l’expérience de ses années de navigation.

Certains internautes ont dû être désorientés et déçus car ces deux dernières semaines, nous avions évoqué d’autres sujets, que ceux relevant de nos domaines de prédilection. Nous avions côtoyé Pierpoljak, rasta blanc quasi-clochard devenu chanteur de reggae, après un séjour dans les Antilles, et nous nous étions documentés sur la place omniprésente de la drogue en Guadeloupe, grâce à un ex-flic tombé pour consommation et trafic illicite.

En fait, nous empruntions « en toute modestie » (Quand quelqu’un utilise ce terme, vous devinez un ego surdimensionné) la nouvelle démarche managériale qui consiste de nos jours à favoriser la mobilité professionnelle et intellectuelle en imaginant par exemple, une prime à la mobilité plutôt qu’une prime à l’ancienneté qui encourage le statu quo.

Si l’incompétence systémique serait une « qualité » largement répandue, dans la mesure où nos élites semblent en disposer en quantité non négligeable, « L’oligarchie des incapables », titrait Sophie Coignard et Romain Gubert (2012), le profil des grands innovateurs montre que leur force est de savoir s’affranchir des disciplines, et d’effectuer à un moment donné un « saut d’incompétence ».
Il convient à un certain moment de décider de franchir les frontières et d’affronter l’inconnu ( Michel Claessens, petit éloge de l’incompétence).

Mais nos décideurs ne franchissent aucune frontière et n’affrontent pas l’inconnu. Ils se contenteront de répéter ad nauseam inepties et schémas de développement éculés, atteintes gravissimes à l’environnement.

En 2016, la Harvard Business Review a mené une enquête sur la recrudescence de personnes incompétentes à des postes de responsabilité. Chris Argyris, professeur à Harvard, démontre que les individus adoptent des routines défensives qui isolent nos modèles mentaux de tout questionnement, ou remise en cause.

Mais méfions-nous de l’homme politique qui veut faire plaisir ! Schettino aurait voulu faire plaisir au responsable des serveurs du paquebot, un homme originaire de l’île de Giglio en passant près de ses côtes.
« Antonello, viens voir, nous sommes tout près de ton Giglio », a-t-il dit.

Paradoxalement, il y a eu au début création de comités de soutien sur les réseaux sociaux et dans son village. Quand on vous dit que l’Italie ressemble aux Antilles !

Or, il est temps de sonner l’alarme, il y a un trou béant dans la coque, le navire penche au point que la moitié des chaloupes sont d’ores et déjà inutilisables.

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Théo LESCRUTATEUR

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