Divers

« Quid de la Guadeloupe, alors que c’est une crise économique mondiale qui s’annonce »

Coronavirus : « Quid de la Guadeloupe, alors que c’est une crise économique mondiale qui s’annonce »

Le coronavirus fait peser un risque important sur l’activité mondiale et donc, l’économie française. La Guadeloupe ne sera pas épargnée par la récession, mais elle devrait tenir le choc vu sa proximité institutionnelle avec le modèle social français.

En Guadeloupe, depuis plus de 50 ans de départementalisation, le développement économique s’est accompagné d’une augmentation de la population, de l’allongement de l’espérance de vie, d’une baisse de la fécondité et d’une concentration de la population dans les grandes villes. C’est en gros ce que l’on appelle la «transition de la départementalisation ».

Aujourdhui, la seconde transition en cours se caractérise tout à la fois par l’accentuation du vieillissement de la population et la multiplication des familles monoparentales et des personnes vivant seules. Elle prend place dans un contexte économique caractérisé par la stagnation du pouvoir d’achat de la majorité de la population.

Dit trivialement, nous sommes en plein dedans ! Aujourd’hui, le débat se focalise sur les conséquences du vieillissement de la population, avec en particulier les incertitudes liées à la baisse de la dépense publique en cas de crise économique et financière, au financement futur des retraites et à l’explosion des coûts de la santé. Une nouvelle thématique devrait bientôt occuper le devant de la scène : le déclassement social des guadeloupéens du fait d’un déclin économique de la France hexagonale. Ce phénomène de déclassement social s’effectuera selon toute vraisemblance de pair avec une probable récession économique en France. D’ailleurs, la banque de France vient d’annoncer une révision à la baisse de ses prévisions de croissance. Et tout ceci intervient dans un contexte où la Cour des comptes dans son dernier rapport étrille la politique du gouvernement en matière de gestion des finances publiques. Les magistrats estiment la situation « préoccupante ». C’est là une situation qui devrait préoccuper les décideurs de la Guadeloupe. En effet, tout ce qui se passe en France hexagonale aura des conséquences en chaîne sur la Guadeloupe.

Ainsi de même qu’une loi sociale votée en France s’applique automatiquement en Guadeloupe, il s’ensuit qu’un ralentissement économique en France se traduira par moins d’investissement des entreprises et moins de consommation en Guadeloupe. Un programme d’austérité budgétaire décidé par Paris aura forcément des conséquences sur la situation financière des ménages et des collectivités locales de Guadeloupe. Cela explique que les guadeloupéens doivent en finir avec le syndrome trompeur du « 1010 ». C’est à dire que nous ne pouvons analyser les problèmes et solutions de la Guadeloupe dans un prisme étroit et dans un confinement politique sans avoir au préalable étudié et analysé les problématiques de la société française.

Les guadeloupéens n’ont aucun moyen de peser sur la politique française mais le contraire n’est pas vrai. Nous guadeloupéens, sommes les plus vulnérables, d’autant que quand la situation économique se dégrade en France hexagonale, nous n’avons d’autres choix que de recourir à des outils contracycliques autres que ceux qui ont déjà été validé par la politique du gouvernement.

Or si l’on examine, sans aucun a priori, la situation économique de la Guadeloupe, on verrait rapidement que notre pays est caractérisé, relativement aux autres pays de la Caraibe, par des inégalités plus faibles et stables, par un taux de pauvreté aussi plus faible et stable, par des dépenses de protection sociale (santé, famille, retraites, logement) plus élevées, par une indemnisation du chômage plus généreuse, par un salaire minimum plus élevé par rapport au salaire médian, par un âge de départ à la retraite moins tardif. On verrait aussi qu’en Guadeloupe les salaires réels ont augmenté plus vite que la productivité, ce qui est l’inverse de ce qui se passe dans les autres pays de la Caraïbe. Cette donne est imputable à notre situation de département français.

Mais cela peut évoluer en fonction de l’état futur de la société française.

Le cas de la France est intéressant et important à connaître pour les responsables guadeloupéens, car il montre que dépenser beaucoup dargent public en protection sociale, en retraites, en emplois publics en Guadeloupe ne suffira pas à éviter une crise « sociale », si la crise économique montre le bout du nez.

En foi de quoi, il convient désormais pour tous les guadeloupéens conscients des risques à venir, d’éviter les analyses simplistes et les fausses évidences de solutions sensées régler toutes nos erreurs de jugement

C’est pourquoi l’expression de « syndrome du 1010 » est utilisé par nous pour définir cet espace convivial où des personnes s’adonnent au commérage et à l’échange d’informations concernant la vie du pays autour d’une partie de domino et d’un verre de rhum. En ce sens « le syndrome du 1010 » qui affecte certains guadeloupéens doit être éradiqué dans les meilleurs délais pour ne pas prêter le flanc au théâtre d’une discussion oiseuse et sommaire sur les problèmes de la Guadeloupe.

 

Jean-lou Dolto économiste financier

 

Previous post

Démenti à propos du rapatriement des étudiants d’outre-mer

Next post

Didier Robert : L’urgence n’est pas celle des alliances en vue d’un 2ème tour

97land

97land

Des infos, des potins, des événements... Toute l'actu du 97.

No Comment

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *