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Qui ne connaît pas M. DOMOTA, mais qui connaît l’origine du mot GWADA ?

La mobilisation sociale est un phénomène atypique dans la vie d’un groupe. Certains ont pu voir dans le mouvement social de 2009, une forme heureuse de dictature du prolétariat.

Pourtant ces mêmes analystes indiquent à partir des recherches de Karl POLANYI dans « la Grande transformation » , Gallimard, 1983, que ce n’est pas tant l’exploitation économique, mais la désintégration de l’environnement culturel de la victime qui est cause de ( sa ) dégradation. L’infériorité économique fera céder le plus faible, mais la cause immédiate de sa perte se trouve dans la blessure mortelle infligée ( aux sphères et institutions ) dans lesquelles son existence s’incarne.(1)

Alors devons-nous crier : Nou ganyé !

La vulgarisation des postures dites «  GWADA », a pris son essor dans les années 1980. Les sons et les danses sortis du fond des campagnes, la langue jusque-là honteuse, brandis comme des étendards, seraient-ils créateurs de liberté ?

Pourtant, Frantz SUCCAB, co-auteur de l’ouvrage « QUI ne connaît pas Monsieur DOMOTA », nous rappelle que ce terme fut inspiré par un animateur du nom de Jean Pierre STURM qui se complaisait à inciter le public à scander le nom de l’île en version espagnole  Guadalupe » ( Gwada… loupé »).

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On voyait déjà poindre l’insignifiance culturelle à travers cette autre façon de mise en exergue du pays, selon SUCCAB. On n’évalua plus le développement culturel qu’au poids, par le nombre d’équipements et d’événements divertissants.

L’espace médiatique regorge d’artistes « kréyol » de toutes sortes, dont certains font indéniablement du chiffre de vente. Créole à la radio ou à la télé aux heures de grande écoute; boulevard des Héros avec statue de Solitude et Ignace; fresque sculpturale en hommage au sacrifice de Delgrès; aucun musicien de gwo-ka qui ne se réclame des anciens; Vélo statufié au cœur de la rue piétonne à Pointe-à-Pitre; mai 1802 et Mé 67 officiellement commémorés.

 De fait, c’est comme si le droit pour la culture guadeloupéenne d’être reconnue était devenu le lieu de tous les obstacles à la créativité. On croit entrevoir sous le prétexte de culture guadeloupéenne et d’exaltation des valeurs traditionnelles, le reflet des sociétés figées.

Et quand la pensée se fige, la langue se contente des mêmes clichés, la musique des mêmes refrains et gimmicks, le théâtre des mêmes princes d’alcôve et des mêmes commères. ( Rigobè et Dédète, je crois qu’on parle de vous)

Quelque chose a tiré vers le bas. La création artistique a végété faute de culture, et cette même culture est devenue un mot-valise qu’on remplit de bric et de broc, nous explique Frantz SUCCAB. 

Traqués, sommés d’adhérer à tous les spectacles qui foisonnent, nous sommes comme des somnambules gavés de pub, de tubes et de jingles, et conditionnés à fredonner n’importe quoi à force de l’entendre, ou à applaudir à toute mise en scène créolisée, même si cette création est médiocre et privée de sens.

 Alors, qui ne connaît pas M. DOMOTA ? Moi, je ne le connais pas, pas plus que de vue et de mots dits, indiquait en préface Malik DURANTY, en ajoutant que le problème actuel n’est pas le manque de repères ( culturels* ), mais au contraire le fait que ces repères soient consciemment démultipliés,  et mystifiés.  

 1) Postface de l’ouvrage QUI ne connaît pas Monsieur DOMOTA, rédigée par Jérome Maucourant,

Editions Desnel

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Théo LESCRUTATEUR

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