EvénementsSociété

Qu’est-ce qu’être martiniquais ?

Jessy Patrice originaire des Trois Ilets, récente Docteure en Sciences de l’Information et de la Communication s’appuie sur sa thèse « Identités et pratiques culturelles autour de la migration : le cas des Martiniquais installés en France hexagonale » pour y répondre.

jessy 197L : Quel était le sujet de votre thèse ?

Mon étude portait sur l’exploration de l’identité martiniquaise à travers l’expérience de la migration et sur la représentation des Martiniquais installés dans l’Hexagone.

Même si pour certains, le terme de migration est audacieux, il décrit néanmoins les réalités du passage d’un espace géographique et culturel à un autre; ce qui fait des Martiniquais des migrants-citoyens. J’ai consacré une large part de mon étude à leurs pratiques culturelles : l’usage du créole, la fréquentation des lieux culturels, leur pratique religieuse, etc…

97L : Votre choix d’étude s’est-il fait par rapport à vos origines ?

Tout à fait. Etant martiniquaise, mes travaux se sont tout naturellement tournés vers les migrants martiniquais, en analysant leur attachement à leur région d’origine. De fait, je me suis intéressée à l’usage des Technologies de l’information et de la communication comme support permettant une connexion avec le territoire d’origine, en étudiant le suivi des actualités, les appels téléphoniques, Les réponses peuvent paraître évidentes, mais dans mon étude par exemple, on constate que peu des interrogés sont membres d’associations allant à l’encontre de l’image traditionnelle de l’antillais.

 

97L : Comment avez-vous procédé ?

J’ai établi un questionnaire et un sondage diffusés en ligne, le premier en 2015 et le second en 2016. Il y a eu au total 1348 participants au questionnaire et 725 autres au sondage. J’ai mené aussi une dizaine d’entretiens auprès de Martiniquais résidant dans l’hexagone.

4 catégories ont été déterminées : les Martiniquais ayant migré vers l’Hexagone durant trois périodes distinctes, entre 2010 et 2015, entre 2000 et 2009, entre 1990 et 1999 et ceux ayant grandi en France.

Mart 1

97L : Quelles sont vos conclusions ?

Les pratiques culturelles (langue, alimentation, pratiques religieuses, engagements associatifs, goûts musicaux, etc.) sont directement affectées par les évolutions des groupes sociaux et sont transformées à l’épreuve de l’expérience migratoire.

Malgré la distance, une grande partie manifeste de l’intérêt à la vie et aux faits d’actualité propres à leur région d’origine (90,7 %). Migrants ou non, l’actualité martiniquaise, les goûts musicaux, les stations de radios écoutées sont des éléments partagés par la majorité du public sondé.

Au final, la durée de séjour en France n’influe pas sur la réception de programmes radio et télévisés, ni sur ceux relatifs à la Martinique. Toutefois, il en ressort que plus les individus sont avancés en âge, plus leurs pratiques orientées vers la Martinique diminuent.

Mart 5

Quant à la perception qu’ils ont d’eux-mêmes, près de la moitié se définissent comme plus martiniquais que français (45,8%) et une grande partie d’entre eux évoquent une double identité, « autant martiniquais que français » (39,4%).

Les relations familiales sont conservées à distance et le rapport avec l’île est maintenu, que ce soit à travers la nostalgie ressentie ou encore par les objets culturels présents dans leur domicile. Les réseaux sociaux et le téléphone restent les moyens les plus employés pour garder le contact avec les proches. De plus, les nombreux allers-retours effectués en Martinique participent également au maintien des relations familiales et amicales, mais aussi à l’attachement au territoire.

Mart 2

97L : Si je vous demande qu’est ce qu’être martiniquais  ?

J’ai constaté que les discours des uns et des autres vivant en Martinique, en France, mais aussi ailleurs, étaient plus ou moins similaires. Pour la majorité d’entre eux, être martiniquais c’est partager une culture avec un folklore et des traditions, avoir le sentiment d’appartenir à une communauté, parler et comprendre le créole.

Mart 5

Ces individus vivent selon deux temps : l’un se référant au territoire d’origine et l’autre, au territoire d’accueil. Les Martiniquais vivant en France ont la volonté de rester attachés à leur culture d’origine, tout en étant acceptés et intégrés, en tant que français à part entière. D’autre part, en dépit du fait qu’ils soient des citoyens, nombreux sont ceux qui font face à diverses discriminations (travail, logement, école, etc.). C’est la remise en cause du modèle républicain français qui ne prend pas assez en compte l’appartenance communautaire des individus vis-à-vis de la question identitaire.

 

Unami 1
Previous post

Des rues de la Possession à Got Talent Espana

RAMDINI 2
Next post

Philippe Ramdini : Rien de grand ne s'est jamais fait sans passion

Joël DIN

Joël DIN

1 Comment

  1. février 10, 2017 at 09:33 — Répondre

    Auteure du roman La Mal-blanchie, j’ai décrit dans mon livre les difficultés d’une enfant puis d’une adolescente mi antillaise, mi française à partir des années 50 ; j’y ai abordé le comportement « colonial » des Français de l’époque et la difficulté à être accepté.
    Ca n’a pas beaucoup évolué ; je pense même que ça se dégrade.

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *