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Quelle sera la politique ultramarine d’Emmanuel Macron ?

Le candidat Emmanuel Macron avait esquissé les grandes lignes de sa politique ultramarine lors de sa rencontre avec les associations ultramarines de l’Hexagone le 8 avril à QG de campagne. Des éléments de son discours.

Des assises de l’Outre-mer

« Pour les territoires d’Outre-mer, dès après l’élection, je mettrai en place des assises, qui, territoire par territoire, définiront la politique à mettre en place d’urgence sur les douze mois qui suivront…

… Il y aura un délégué spécifiquement en charge, rattaché au président de la République, qui coordonnera ce travail, et elles seront déclinées territoire par territoire… La destinée de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française, de Mayotte, de la Guyane, de la Martinique ou de la Guadeloupe, ça n’a rien à voir. Les contraintes ne sont pas les mêmes, les défis ne sont pas similaires. Et donc cette stratégie, je veux qu’elle soit déclinée avec les élus et les forces vives de chacun de ces territoires qui seront présents à ces assises ».

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La jeunesse ultramarine

« Ce que je souhaite faire, c’est d’abord d’avoir une politique de formation à la fois plus volontariste et plus adaptée à nos territoires ultramarins, avec deux points. Le premier : il y a une part considérable d’enfants qui sont concernés par les zones REP et REP+… par cette mesure de ramener à 12 élèves en CP et CE1 le nombre justement d’élèves pour que l’enseignant puisse avoir une pratique plus adaptée et aider à apprendre à lire, écrire et compter… Vous ne pouvez pas avoir une place dans la société, trouver un emploi, si vous ne maîtrisez pas ces compétences de base. Donc là il y a un investissement à faire dans l’école, un investissement différencié que j’assume totalement et qui concerne plus particulièrement les territoires ultramarins.

La deuxième chose qui concerne l’école, c’est que je souhaite donner plus d’autonomie. Donner plus d’autonomie comme on le fait, c’est aussi en permettant aux communautés pédagogiques d’adapter l’enseignement. Il y a parfois, pour enseigner les mathématiques ou la lecture, des techniques à adapter – on le fait pour des populations qui sont le plus en difficulté avec le créole ou aussi avec d’autres langues. C’est très important d’avoir ces souplesses au plus près du terrain…

… Une fois qu’on a les diplômes, il y a une grande difficulté pour les jeunes pour trouver des emplois, quand ils viennent de ces quartiers qui sont les plus en difficulté et qu’on connaît. C’est pour ça que l’engagement que je prends, c’est celui de développer, dans tous les quartiers “politique de la ville” un mécanisme d’emploi franc. Qu’est-ce que ça veut dire? Chaque personne qui vient d’un quartier “politique de la ville” qui trouve un emploi en CDI, eh bien, sans condition aucune, son employeur est accompagné pendant trois ans, il a 15 000 euros d’allègement de charges.

Enfin, il y a en effet le cadre militaire qui permet pour des jeunes en difficulté qui sont parfois en échec de retrouver une place et à la fois de retrouver des compétences de base et de se re-socialiser. C’est le SMA… Mais mon souhait est double. Comme vous l’avez vu, je souhaite développer un service national universel, certes d’un mois, qui sera un creuset malgré tout d’évaluation, d’évaluation de l’illettrisme pour toute une classe d’âge, de vie en commun pendant un mois et d’enseignement des valeurs de base ».

Dans chaque ministère un référent Outre-mer

« Ce qui est indispensable, c’est d’avoir en effet un référent Outre-mer dans chaque périmètre ministériel, pour que les négociations et les politiques prennent en considération cet enjeu. Et ça, c’est une chose que je mettrai en place, j’ai eu l’occasion de le dire. Mais c’est la meilleure façon, parce que telle que l’organisation administrative et politique est aujourd’hui faite et depuis longtemps, l’idée d’avoir une “case” Outre-mer, si je puis dire, qui gère l’Outre-mer, mais qui est aveugle par rapport aux autres périmètres ministériels, ne permet pas de régler ce problème. Donc il faut qu’il y ait un référent dans chaque ministère, qui est un référent administratif, mais qui permet de prendre en compte la spécificité liée à l’Outre-mer dans chaque politique ou dans les négociations qui sont conduites. Et on l’a vu, qu’il s’agisse de négociations commerciales, dans certains secteurs, ou de réorganisation de certaines politiques.

La deuxième chose, j’aurai à cœur de nommer sur cette fonction-là quelqu’un qui connaît déjà très bien l’Outre-mer, parce que moi, l’approche que j’ai de ce sujet, et en particulier suite à ce que nous sommes en train de vivre, ce n’est pas une approche qui consiste à gérer de manière classique la problématique ultramarine ».

Les discriminations

« Je généraliserai la pratique de testing… Il y a eu une première campagne qui a été faite… Et sur ce sujet-là, je veux de manière systématique qu’on fasse du testing… avec une politique de name and shame pour les entreprises qui pratiquent la discrimination. Ce qui veut dire que les entreprises qui, à l’embauche, pratiquent de la discrimination à l’égard de personnes en raison de leur couleur de peau, de leur quartier d’origine ou de leur nom, non seulement elles auront une sanction, mais elles seront nommément connues, avec les sanctions les plus lourdes qui seront affichées… Parce que même les entreprises qui acceptent de parfois payer des amendes pour continuer à ne pas respecter les lois de la République, le jour où vous donnez, où vous rendez public leur nom, là, elles ne le supportent plus.

Sur les discriminations au contrôle, je suis défavorable au récépissé, j’y suis défavorable… Pourquoi ? Parce que le problème de la confiance qui existe entre les forces de l’ordre et certains quartiers ou jeunes dans les quartiers, on ne le règle pas avec un récépissé. On le réglera en formant différemment, en encadrant différemment, en ayant une autre pratique. Avec le récépissé, si on le mettait en place, il y aurait du trafic de récépissés le jour d‘après, et on créerait de la tension, plus encore qu’il n’y en a aujourd’hui.

Par contre, ce qu’on a besoin de faire, c’est d’avoir, un, une formation différente. Nos jeunes qui sortent des concours de police et de gendarmerie, en France, sont ceux qui pratiquent le plus du contrôle systématique d’identité. Et, indépendamment des discriminations, on pratique deux à trois fois plus le contrôle d’identité systématique que dans les autres pays européens. Donc il faut les former à faire différemment, à avoir plus de jugement selon les circonstances. Ensuite, je suis favorable, dans certaines zones, à ce qu’on développe la caméra portative, ça commence à être fait, c’est la bonne réponse.

Et puis, troisième point, je veux piloter différemment les forces de police et de gendarmerie, avec des objectifs qui ne soient pas simplement le bâtonnet et donc le nombre de contrôles faits, et en recréant cette police de sécurité quotidienne qui recrée un autre rapport aux populations, c’est-à-dire qui connaît justement les populations des quartiers, qui n’est plus dans la discrimination, dans le rapport extérieur, mais qui travaille une solution de sécurité publique avec les quartiers, les habitants des quartiers, sur place. Ça, c’est pour la discrimination et c’est un élément important.

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La continuité territoriale

« Il y a deux réponses. La première, c’est de s’assurer partout et sur tous les sujets d’une juste concurrence et d’une juste politique des prix… Je ne me prononcerai pas sur une enquête qui est en cours, mais une enquête a été diligentée par la DGCCRF. Il faut renforcer, d’ailleurs au-delà même de la continuité territoriale, partout, Outre-mer, la DGCCRF et l’autorité de la concurrence auront leur rôle renforcé parce que la baisse des prix et la définition du juste prix passent par une politique de juste concurrence. On a encore sur beaucoup de sujets et dans beaucoup de secteurs des monopoles ou des oligopoles qui entretiennent des prix hauts aux dépens de la population.

Ensuite, en parallèle de ça, il y aura des lignes, on le sait très bien, et des liaisons à subventionner pour éviter l’envolée des prix ou la rupture de continuité territoriale. J’ai donné un élément de référence, dans mon programme, qui est un début, qui est d’avoir l’équivalent de 200 000 billets subventionnés – ça ne viendrait pas en substitution de ce qui existe déjà et a déjà été pour partie développé par certains exécutifs locaux, mais c’est de dire, partout, “pour assurer cette continuité à des prix raisonnables, on aura une politique soit de subvention des particuliers, soit de subvention des compagnies”.

Les rôles de France Ô et du CSA

France Ô sera maintenue, je vous rassure, il n’y aura pas de suppression de France Ô. Moi, j’aurai des objectifs dès le début du quinquennat pour l’audiovisuel public, qui seront exigeants et préservant son indépendance. Je l’ai dit, je pense qu’il y a une multiplication de chaînes qui parfois ne se justifiait pas. Mais France Ô a un programme et a une justification pleine et entière… parce qu’elle reflète justement cette diversité et les enjeux que j’évoquais à l’instant.

… Il faut avoir une politique volontariste. Le CSA doit la promouvoir et moi, j’assume dans les objectifs qui seront réactualisés pour le CSA en début de mandature, de réaffirmer ces derniers. Parce que ça participe de cette réconciliation. Parce que ce dont les Françaises et les Français ont besoin, c’est quelle que soit leur origine, quelle que soit leur couleur de peau, quelle que soit leur histoire personnelle ou familiale, de pouvoir avoir des modèles ou des points d’identification. Et ils l’ont aujourd’hui dans certains domaines – dans le sport, par exemple, ça marche très bien. Mais ils ne l’ont pas suffisamment dans d’autres.

La promotion des ultramarins

« Sur la haute fonction publique et l’Outre-mer je suis favorable, je l’ai dit sur toutes les listes de hauts-fonctionnaires, en particulier ceux qui sont nommés en conseil des ministres et ceux qui relèvent aussi d’une décision ministérielle, pour les postes à haute responsabilité, d’avoir des listes d’aptitudes qui permettent de prendre en compte deux objectifs, l’objectif de diversité et l’objectif de parité. Et dans ce contexte-là, évidemment les Ultramarins seront pris en compte.

Aujourd’hui quel est le problème que nous avons ? C’est un problème de consanguinité pour la capacité à monter les échelons au sein de la fonction publique quand on est né en Outre-mer et qu’on est déjà entré dans la fonction publique…

Et donc on ne règle cela qu’en ayant une vraie politique de promotion qui est beaucoup plus transparente, sinon c’est l’entre-soi. Je vais vous dire, je l’ai vu faire, c’est que vous faites la promotion des gens que vous avez autour de vous et donc dont vous voyez au plus près les responsabilités. Et donc ça ne peut fonctionner que si vous avez des nominations qui se font sur liste d’aptitudes paritaire et prenant en compte la diversité à tous les postes importants.

Et moi, je commencerai, pour ce faire, avec tous les postes nommés en conseil des ministres qui se feront sur une liste d’aptitudes transparentes et après un choix final de l’autorité qui est en charge de la nomination, mais la base de départ doit prendre en compte ces critères.

… Il y a la délégation interministérielle pour l’égalité des chances des Français d’Outre-mer qui est aussi un élément important. Je la maintiendrai, je souhaite d’ailleurs renforcer son action dans le paysage qu’on évoque, et je souhaite à cet égard que Monsieur MORMECK puisse avoir un rôle renforcé d’accompagnement, justement, des transformations dont nous parlons, en lien fort avec les associations que vous représentez.

Ni hégémonie, ni repentance

Sur l’état d’esprit général, vous l’avez rappelé, moi, je me suis exprimé à plusieurs reprises sur ce sujet. Je pense que la défiance elle est double et que nous sommes encore en France avec en quelque sorte un conflit des mémoires. Il y a des mémoires traumatisées et il y a une partie de la France qui ne veut pas voir une partie de son passé et une autre partie, du coup, qui est renvoyée à son identité et aux traumatismes de celle-ci…

Dans la France d’Outre-Mer, dans les quartiers, parce qu’on aura des jeunes qui d’ailleurs, en quelque sorte, feront revivre un passé qui n’est pas forcément le leur, mais qui donne à leur imaginaire une force, en quelque sorte, d’opprimés, et revivre toute l’Histoire partagée à travers ces traumatismes. Et de l’autre côté, une partie de la France qui considère qu’il y a une vérité française et qu’elle existe, en quelque sort, dans une part extrêmement réduite de l’Hexagone et que les autres n’ont qu’à s’y soumettre.

L’histoire de la République ce n’est pas ça, notre histoire commune, et moi, je veux en faire la pédagogie mais le porter politiquement. Et le porter non pas pour ressasser le passé, non pas pour être dans une approche victimaire ou de repentance – pas une seconde -, mais pour pouvoir construire l’avenir et dire “l’histoire de la République, et même d’avant la République, est faite de pages sombres, de vrais crimes et en même temps de choses formidables” et que tout ça, maintenant, doit nous permettre de construire dans ce qui est l’universel de la République entre citoyens, une nouvelle étape.

Et donc ni hégémonie, ni repentance. Mais la construction d’un avenir commun. Ce qui suppose d’avoir un discours politique décomplexé sur le sujet. Je l’ai. D’avoir ensuite un travail mémoriel honnête, très décomplexé et quand je me suis rendu en Guadeloupe, j’avais vu le mémorial, à ce titre, qui joue un rôle extrêmement fort et qui, je crois, est un élément extrêmement symbolique et dont nous pouvons être fiers sur ce sujet. Il faut l’enseigner et il faut réconcilier les mémoires. Et l’enseigner ne doit pas être pour assigner à résidence mémorielle les enfants de la République mais il est pour reconnaître la part de notre Histoire dans toutes ses composantes et permettre à chacun de se construire dans la République et d’y réussir.

Enfin, ça passe par une vraie politique de représentation, vous l’avez dit. C’est une représentation qui est d’abord politique. C’est pour ça, moi, que je me suis engagé, dans les critères que j’ai donnés, d’investiture aux élections législatives – qu’elles concernent d’ailleurs l’Hexagone comme l’Outre-mer -, d’avoir une politique où la diversité sera reflétée dans les investitures que je ferai. Parce qu’on ne peut pas avoir une sous-représentation des Français d’Outre-mer et des Français d’Outre-mer vivant en Hexagone, dans le personnel politique actuel que l’on voit et dans tous les responsables politiques.

Les congés bonifiés

« Je ne vais pas vous faire de clientélisme. Mon point n’est pas de changer drastiquement le système, de vous faire des promesses ou de vous garantir telle ou telle chose qui n’existe pas aujourd’hui. Je ne vais pas vous mentir, sinon vous diriez que je fais un tapis rouge pour les campagnes, aux Ultramarins.

Comme vous m’avez compris, ce n’est pas le cas, mais je vous parle comme à des gens qui ont des responsabilités associatives et politiques et qui sont concernés par les sujets des Ultramarins vivant en Hexagone et les sujets de l’Outre-mer plus largement. On regardera donc s’il y a des problèmes spécifiques qui existent sur les congés bonifiés après 20 ans et qui justifient, dans certains cas familiaux, de faire des aménagements mais je ne compte pas, sur ce sujet, changer les règles existantes ».

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