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Que les historiens réunionnais lèvent la main !

Le poste de l’historien Sudel Fuma est vacant depuis son décès en juillet 2014. Deux ans après, la proposition par le président de l’Université de La Réunion de nommer un Nantaise fait des vagues comme l’indique cette tribune parue sur Clicanoo sous le titre : Le mauvais signal envoyé à la jeunesse réunionnaise

Si la mise à l’écart de candidats réunionnais sur le poste de Sudel Fuma est confirmée tant par le conseil académique restreint que par le conseil d’administration de l’Université, c’est à coup sûr un mauvais signal envoyé à la jeunesse du territoire. Alors que le vivier de docteurs réunionnais en mesure d’occuper un emploi de maître de conférences en histoire n’a jamais été aussi élevé, leur représentation à l’Université n’a jamais été aussi faible. Le département d’histoire ne compte plus qu’un seul titulaire natif de l’île en la personne de Prosper Eve.

Pourtant tout s’annonçait sous les meilleurs auspices pour ce recrutement. Le président de l’université avait fait des gestes significatifs. Il avait accepté le déclassement du poste de professeur en poste de maître de conférences afin de permettre « officieusement » à des Réunionnais de candidater. Il s’était de surcroît engagé à « profiler » le poste de manière à prolonger les champs de recherche de Sudel Fuma.

Mais l’Université de La Réunion a du mal à se débarrasser de ses mauvaises habitudes. Parmi celles-ci, il en est une récurrente qui consiste à considérer que les candidatures locales sont intrinsèquement moins bonnes que les candidatures extérieures. Un rapport d’évaluation de l’université avait déjà noté cette propension au recrutement exogène. Il est, par exemple, couramment admis dans l’enceinte du campus du Moufia que, pour enseigner la connaissance du territoire réunionnais, rien ne vaut quelqu’un qui n’est pas originaire de l’île.

Sa neutralité, son objectivité et son regard extérieur sont vus comme des atouts incomparables voire des compétences permettant de sortir du nombrilisme, de l’absence d’ouverture et du parti pris qui sont considérés comme consubstantiels du chercheur local.

Cette vision du chercheur réunionnais rend caduque la définition classique des compétences. Ainsi, la possession d’un concours de l’éducation nationale comme l’agrégation qui est, en métropole, considérée comme un symbole d’excellence lors des concours de recrutement des maîtres de conférences peut, dans le contexte réunionnais, se voir ôter toute valeur.

Par ailleurs, cette vision du chercheur réunionnais au prisme du chercheur « exogène » disqualifie le lien entre la recherche et l’action. En effet, la figure du chercheur qui s’implique dans son quotidien est dans la réalité déconsidérée en dépit des beaux discours qui ont fleuri suite à la disparition de Sudel Fuma. Le chercheur qui s’investit par exemple dans la construction du patrimoine n’est pas, dans cette université, aussi reconnu du point de vue académique que les autres.

Pourtant, il n’y a pas de contradictions à ce qu’un chercheur – notamment en sciences humaines et sociales – devienne un faiseur ou un gardien de patrimoine, ce que Charles-Édouard de Suremain et Jean-Christophe Galipaud dans un ouvrage récent (2015) qualifient de « fabric-acteurs ».

Les membres des conseils en validant ce recrutement n’ont visiblement pas pris la mesure de la rupture épistémologique qui s’est opérée ailleurs dans le monde. Sous nos yeux, ils condamnent la jeunesse réunionnaise à assister à la disparition dans le paysage scientifique réunionnais des « fabric-acteurs ».

L’avenir de cette institution censée guider notre jeunesse est particulièrement inquiétant. Le retrait d’éminents spécialistes du comité de sélection est suffisamment rare pour être souligner. Nous verrons donc dans les jours prochains, avec d’autres associations, les modalités des actions à mener.

Le Club de La Réunion

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