Société

Pour le New York Times « La France a du mal à faire face à son héritage colonial »

… Le récit fictif de sept pages, publié cette semaine dans le magazine Valeurs Actuelles, contient une série d’images, dont celle de Mme Obono avec des chaînes autour du cou. Samedi, des politiciens français de tous bords politiques ont critiqué le magazine pour son portrait très offensant de Mme Obono…

Yves de Kerdrel, rédacteur en chef du magazine jusqu’en 2018, a déclaré que l’histoire était «explosive» et contribuait à la «normalisation du racisme». Les rédacteurs actuels du magazine, hebdomadaire pour lecteurs de droite et d’extrême droite, eux ont nié que l’article soit raciste, mais ont présenté des excuses.

« Je regrette que les gens aient pu penser que nous étions racistes », a déclaré samedi Tugdual Denis, rédacteur en chef adjoint du magazine à la chaîne française BFMTV . « Nous sommes anticonformistes, politiquement incorrects. C’est l’ADN de ce journal ».

Cette fiction fait partie d’une série de courts récits d’été dépeignant des personnalités politiques contemporaines dans des périodes historiques antérieures et écrits par un auteur anonyme sous le pseudonyme Harpalus.

Dans ce document, Mme Obono retourne au XVIIIe siècle et se retrouve dans un petit village du Tchad. Dans un premier temps, elle est ravie de « renouer avec ses racines ». Mais elle perd bien vite ses illusions devant «l’ordre patriarcal» régnant dans le village et est victime de la traite négrière interafricaine.

… Mme Obono est emmenée sur des marchés d’esclaves, mais ne trouve pas preneur : « Danièle n’a pas trouvé d’acheteur, sans savoir si elle devait s’en réjouir ou se plaindre, et non sans ressentir, absurdement, un petit coup à sa fierté ». Elle est finalement acquise par un religieux français, libérée et emmenée dans un monastère en France pour se remettre de l’expérience.

Dans une interview, Mme Obono a déclaré qu’elle refusait de lire cet article « une représentation dégradante et avilissante de moi-même et de l’Afrique du XVIIIe siècle ». Les rédacteurs du magazine ont déclaré que leur objectif était de rappeler aux lecteurs que l’esclavage en Afrique n’avait pas seulement été perpétré par des Européens, mais aussi par des Africains.

Mme Obono, est une militante de gauche chevronnée, depuis longtemps impliquée dans des organisations antiracistes. Ses adversaires l’ont accusée d’exagérer les cicatrices laissées par la colonisation ainsi que la participation de la France à la traite négrière, un sujet sensible dans le pays.

Dans un communiqué, le magazine incriminé a affirmé avoir choisi de personnaliser cet article avec Mme Obono parce qu’elle avait contribué à «l’entreprise idéologique de falsification de l’histoire».

Pour l’offensée, l’objectif du magazine fait partie d’une «stratégie révisionniste bien connue de l’extrême droite, qui vise à minimiser la responsabilité de la traite transatlantique et ses conséquences politiques, économiques et sociales»…

La France a du mal à faire face à son héritage colonial et a souvent été accusée de ne pas réussir l’intégration des immigrants originaires de ses anciennes colonies. Les critiques affirment que l’attachement du pays à l’universalisme – la conviction qu’aucun groupe ne devrait avoir la préférence – a étouffé la discussion et protégé la France de son passé colonial…

Mme Obono a déclaré que la décision de Valeurs Actuelles de publier cette illustration était le «signal qu’une ligne avait été franchie» et que les Français commençaient à faire face au «racisme systémique et structurel du pays».

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