Société

POUR LE DÉVELOPPEMENT D’UN GRAND MARCHE ANTILLAIS

Une chronique à la date du 1er septembre de Boc Lionel ancien préparationnaire à la CCI de Guadeloupe, diplômé de l’ESLSCA Paris Business School et titulaire d’un Master 2 Programme Grande École de Commerce analysant les freins au développement économique des Antilles. Nous en publions des extraits. A lire sur le JDN (Journal du net) rubrique Business.

Les départements français d’Amérique ont un niveau de vie largement inférieur à la moyenne nationale. Ce dernier se dégrade d’année en année, ponctué par un développement bancal, une résilience de la population et le dilettantisme des politiciens.

Anciennes places fortes du colonialisme …, aujourd’hui les.. DOM se retrouvent à développer dans un amateurisme accablant, une économie orientée vers le tourisme.

Durement touchée par la crise économique mondiale de 2009, la dimension économique de la Guadeloupe basée exclusivement sur le tertiaire a entraîné une paralysie notoire de la résorption des écarts avec la France. À cela vient s’ajouter l’incompétence caractérisée des politiciens qui s’accrochent à leurs fonctions et restent en poste grâce à des promesses et malversations douteuses. Nous nous retrouvons avec une Guadeloupe qui peine à se développer et dont l’économie s’essouffle.

 … Les résultats du commerce extérieur n’ont jamais été aussi décevants. Les taux d’intérêts débiteurs sont exorbitants. Les investissements, les accords régionaux, les politiques nationales sont déconnectés de la réalité économique de la Guadeloupe…

 

La dépendance énergétique

SARA (1)

Le taux de dépendance énergétique est de 89 % en Guadeloupe malgré les possibilités qu’offrent notamment l’énergie solaire et géothermique.

Les importations de produits raffinés sont opérées via la Martinique par la SARA… détenues à hauteur de 71% par Rubis et 29% par Sol, Total s’étant désengagé du capital en juin 2015. La Sara dispose de sept appontements dont un en Guadeloupe. Elle se fournit principalement de pétrole importé de la mer du Nord et récemment d’Afrique de l’Ouest. Son objectif est d’assurer l’indépendance énergétique régulier et constant des départements…

Les nombreuses pénuries et grève que connaît, aujourd’hui encore, la SARA font d’EDF et elle des champions en matière d’image souillée dans le département. Malgré la chute prolongée du pétrole, le prix du litre de carburant en Guadeloupe ne cesse d’augmenter. En Charente-Maritime le gazole s’affiche à 1.042 € le litre alors qu’aux Antilles françaises il avoisine les 1,35 €.

Pourquoi une telle différence de prix ? : le décret du 8 novembre 2010 fixant le cadre de fonctionnement économique de la SARA permet aux 3 préfets des DFA de fixer un prix maximum sortie SARA commun aux 3 régions. Le coût du raffinage par la SARA est plus élevé que celui d’une raffinerie standard européenne ce qui accentue encore le monopole des prix donc la dépendance.

L’État n’offre pas de cadre légal adéquat au gérant de station-service afin qu’il y ait une concurrence saine au bénéfice de la population. Les gérants n’exploitent pas les alternatives que leurs proposent certaines entreprises spécialisées et les marchés financiers comme les ETF sur le marché américain, les contrats futurs sur le WTI et se retrouvent assujettis à l’approvisionnement timoré de la SARA. Les sociétés de financements en Guadeloupe n’ont pas l’audace ou le savoir faire pour proposer aux gérants des solutions de couvertures sur les opérations pétrolières…

…Tant qu’il n’y aura pas un autre acteur majeur sur le marché des hydrocarbures et de électricités afin de casser les barrières monopolistiques, faute de choix, le consommateur continuera d’être la vache normande de l’État.

… Les principales industries de biens intermédiaires guadeloupéennes sont la transformation de l’acier et les matériaux de construction. Le secteur tertiaire et administratif représente 1/3 de la valeur ajoutée soit dix points de plus que la moyenne nationale.

Le BTP lui représente 9%  mais ce secteur s’effondre du fait du ralentissement de la commande publique… Certains établissements de consommation arrivent à tirer leur épingle du jeu dans des secteurs divers – mais sont asphyxiés par la dominance oligopolistique que se partagent quelques entreprises. Les coûts de productions sont élevés à tous les niveaux et c’est l’un des arguments phares de la grande distribution, qui est un sujet explosif aux Antilles.

Le coût de la vie

… L’obligation d’afficher les prix à l’unité, au kilo ou au litre n’est pas toujours appliquée en Guadeloupe…

Le pouvoir d’achat n’a cessé de se dégrader depuis 2009 parallèlement la comparaison des prix est rendu extrêmement difficile pour le consommateur. Malgré l’allongement de la liste de produits de première nécessité et la valorisation de la production locale, les grandes enseignes arrivent à tromper les consommateurs à coup de publicité mensongère. Il faut savoir que même en période de solde les prix affichés en Guadeloupe sont deux à trois fois supérieurs aux prix de la métropole sur le même article non soldé.

8,99 € en offre spéciale au Carrefour Destrelland alors que le pack de 24 Velouté Fruix Danone s’affichent à 6,50 € en métropole hors promotion.

“ La concurrence n’a pas droit de cité en Guadeloupe. Peut-on imaginer des tomates à 6 euros le kilo, huit yaourts à 8 euros ? Pourtant, c’est notre quotidien, la faute à qui ? C’est en réalité le problème majeur : en Basse-Terre, seule une grande surface règne en maître absolu. Le concurrent le plus proche est à 60 km ! A qui profitent ces logiques monopolistiques ? Certainement pas à la population ”, par Céline L.

Les prix croissent davantage depuis 2010. Certains viennent même à dire qu’il y a encore plus de « pwofitasyon.» Les prix des services progressent de plus de 30 % en quinze ans. La variation des prix des biens et services proposés aux consommateurs (base 100 en dec 98) pour l’alimentation ont augmenté de + 36,4%, en mai 2015.

L’indice mensuel des prix à la consommation du : pain, céréales, de la viande, du poisson, des fruits de mer, du lait, fromage, œufs, huiles, graisses, des fruits, des légumes, du sucre, confitures, miel, du chocolat, condiments, produits diététiques, soupes, pâtisserie et dessert sont 10 % supérieur à ceux de la métropole.

Les ménages modestes consacrent 27 % de leur budget à l’achat de produits alimentaires. Les ventes de véhicules restent ininterrompus car la consommation est, et, reste le principal moteur de l’économie.

« Alors qu’en France, l’État, à travers le réseau ferroviaire de la SNCF, les bus, métros et RER de la RATP, met à la disposition des Français, d’importants moyens de transports alternatifs…, il encourage chez nous l’achat de la voiture individuelle et son utilisation pour les déplacements. Les DOM constituent un important marché pour leurs ventes : Plus de 14 000 voitures neuves vendues chaque année, rien qu’en Guadeloupe.

La voiture est une véritable vache à lait pour les concessionnaires autos, mais aussi pour l’État à travers la perception de la TVA (8.5% sur la valeur de chaque voiture vendue) mais aussi  pour la région, le Conseil général, les communes avec la taxe sur les Carburants,  les communes encore avec l’octroi de mer et encore la Région avec la taxe régionale (OMR)

Les pièces de voitures sont nettement plus chères qu’en France. Or, les pièces de moteur pour voitures devraient normalement être, environ au même prix qu’en France, voire même moins chères, car il n’y pas de TVA sur les pièces pour moteur de voiture dans les DOM. Or la TVA en France est à 19,60 % sur ces mêmes produits.

Il faut noter qu’un même importateur, leader dans la grande distribution, détient également  plusieurs concessions automobiles, et le quasi monopole sur les pièces détachées et les accessoires de la voiture (pneus… pots d’échappement…)  par CIPPA.

used parts

… Orange Caraïbe qui détenait plus de 75 % des parts de marché de la téléphonie mobile de 2000 à 2009 a été condamné à 59,5 millions d’euros d’amende pour avoir freiné abusivement le développement de la concurrence aux Antilles.

Même avec une assise financière conséquente, il est difficile de rivaliser loyalement face à ces mastodontes. Cela montre l’enclavement perpétuel dans lequel évolue la société qui repose sur une « économie sous serre » au lieu de « s’ouvrir » à l’international.

Alors que la Guadeloupe souhaite concurrencer les grands ports de la région, les travaux d’extension du terminal de Jarry peinent à avancer. De son coté, la Jamaïque qui a l’un des plus importants ports de la caraïbe accueillera le nouvel hub régional du groupe CMA CGM dont il en aura la concession pour trente ans. Des opportunités comme celles-là, la Guadeloupe en rate tous les jours.

Le tourisme

En ce qui concerne l’hôtellerie qui aurait pu être l’un des atouts au tourisme guadeloupéen, en plus d’être freiné à l’entrée du territoire par le prix des billets, les touristes se retrouvent le plus souvent reçus dans des établissements de mauvais standing.

Lorsqu’on voit qu’à contrario, Saint-Barthélémy, qui possède pas moins de 8 hôtels cinq étoiles, la rapidité avec laquelle a été réglé le problème de la sargasse afin de ne pas ternir le tourisme. Les infrastructures et la sécurité qui y règne dans une mentalité du « tout touristique» sur une île de 24 km2, la Guadeloupe dont elle dépendait devrait s’en inspirer et comprendre l’importance de la spécialisation.

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Tant que les corollaires indispensables du tourisme guadeloupéen seront les coupures d’eau ou d’électricité, la Guadeloupe ne sera jamais une destination de premier rang. Cette spécialisation qui manque tant à la Guadeloupe, ce coté perfectionniste ne pourra émaner que par l’envie et la richesse de sa population qui est son seul et unique salut.

La population

… La population manque pleinement de confiance et d’ambition. La jeunesse en manque d’ambition se déscolarise de plus en plus tôt. Cet échec est souvent facilité par l’indifférence du corps professoral et le défaitisme de certains parents. Les jeunes diplômés ne trouvant pas d’emplois rémunérés à hauteur de leurs compétences préfèrent s’expatrier… Aujourd’hui nous assistons véritablement à un « exode des cerveaux ». Ces exils entraînent des modifications de la cellule familiale. Parents et grands-parents sont les premiers touchés. 24 % des guadeloupéens sont du troisième âge, pourtant, le développement du secteur de « spécialisation de services à la personne » reste faible.

Peu d’infrastructures modernes ont vu le jour ces cinq dernières années. L’accès au soin d’un bon niveau, la modernisation des transports ou encore l’ouverture de maison de retraite semblent être une utopie.

Les jeunes désireux d’un avenir meilleur créent leurs propres emplois. Depuis une dizaine d’année les jeunes se risquent à exceller dans la création d’emploi notamment d’auto-entreprises. Ils ne sont pourtant que rarement soutenus par les établissements financiers.

La société guadeloupéenne, comme à l’échelle nationale, dépend cruellement des établissements de crédits tel que la Somafi – Soguafi qui applique des taux d’intérêts toujours à la limite de la légalité. Alors que 80 % des créateurs d’entreprises aux États-Unis font appel à leurs entourages avant de passer par les banques pour se financer, la société française et surtout antillaises en est lourdement dépendante. – Par manque de solidarité.

C’est un poids pour la société guadeloupéenne, un cercle vicieux. L’absence d’horizon favorable avec une conjoncture économique morose, un pouvoir politique inadéquate accentue les inégalités…  L’absence de représentation de la population dans les hautes fonctions facilite cette perte identitaire.

L’eau

… En mai 2015, le Conseil constitutionnel a validé l’interdiction totale des coupures d’eaux même en cas d’impayé.

Priver la population d’eau potable est un délit ! Et comme le distributeur Saur en France, tant qu’un usager qui connaît ses droits ne se révoltera pas en justice ces prises d’otages du consommateurs persisteront. – La création d’un conseil des sages afin de veiller à la bonne “gestion des eaux” serait la bienvenue.

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S’ouvrir au monde et à la Caraïbe permettrait d’avoir une concurrence loyale au bénéfice des consommateurs. La création d’une raffinerie indépendante en Guadeloupe pourrait être une solution afin d’échapper aux coûts sidéraux de la Sara, de casser la barrière tarifaire des prix à la pompe et ainsi offrir une concurrence loyale entre les différents points de distributions aux bénéfices du consommateur. Augmenter les échanges avec Trinidad et Tobago qui est importatrice de pétrole. Il faut arrêter de penser local, la Caraïbe est riche profitons-en !

De plus, étendre les accords régionaux et accentuer les échanges avec les îles voisines donnerait à la Guadeloupe une plus grande visibilité. D’autres marchés pourraient s’ouvrir et permettraient de diversifier nos activités…

… Le rôle fondamental de l’État est de nous aider à nous trouver en créant un contexte législatif favorable à la population, aux investissements, à la prise de risque, à l’entrepreneuriat. Il est impératif de revoir la gestion politicienne. Les vétérans de la politique doivent laisser place à la jeunesse dynamique et ambitieuse…

Croire que les dés sont truqués et se dire qu’on ne peut pas faire autrement est néfaste et faux ! Le monde des affaires est un monde de requin – il faut avoir plus faim que son concurrent pour y arriver ! Le développement d’un grand marché antillais passera par des solutions alternatives concrètes, une requalification des emplois et l’arrivée de nouveaux acteurs. Mais c’est surtout dans la prise de conscience par la population du potentiel de cette île que se trouve la clé de voûte de la Guadeloupe.

 

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